L'EXPÉRIENCE DU DEUIL

Lm 2, 10-12 ; Mt 21, 33-46

(12 septembre 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Stèle funéraire

 

F

 

rères et sœurs, la première lecture que nous avons entendu tout à l'heure est tirée de ce livre bien connu qu'on appelle "Les lamentations" et qu'on devrait plutôt appeler "les chants de deuil". C'est comme cela en réalité que s'intitule le nom grec traduisant ce livre de l'hébreu.

Chants de deuil pourquoi ? Parce que Jérusalem a été détruite, elle a été dévastée, et tout le poème, et plus spécialement le passage que nous avons lu aujourd'hui, nous décrit les survivants, ceux qui ont échappé à la mort, au massacre, à la déportation, et qui restent là sur les ruines de Jérusalem qui est considérée comme une mère, et cette image est très belle. Evidemment, on comprend que les petits enfants qui peut-être rôdent dans les rues qui sont détruites, sont en train de demander : y a-t-il du pain ? Evidemment, si la ville est détruite, c'est comme dans l'après guerre, dans les villes bombardées, les gens sont errants et ils essaient de découvrir un tout petit peu de nourriture parce que tout est désorganisé et il n'y a plus rien. A un moment donné, ces petits enfants ont dit qu'ils "versent leur âme sur le sein de leur mère". C'est une manière de dire la tristesse des enfants à cause de la destruction de Jérusalem, ils versent leur âme, c'est-à-dire, tout ce qu'ils ont sur le cœur. Ils sont là au milieu de Jérusalem, et ils déversent leur cœur, ils le donnent, ils l'épanchent sur la personne de la ville qui a été détruite, qui est morte.

Je trouve cette image très belle et qu'elle peut nous aider, car les uns et les autres, à un moment ou l'autre, nous faisons l'épreuve du deuil. Cette formule si simple mais très belle veut bien dire ce que cela veut dire. Qu'est-ce que le deuil ? C'est évidemment le moment où nous épanchons notre cœur, notre âme sur le cœur de celui ou de celle qui est mort, qui a disparu. Ce geste est indispensable. Il y a un moment dans notre vie, quand on affronte la mort d'un être proche, d'un être que l'on aime, où effectivement, il faut pouvoir déverser son chagrin sur celui-là même qui peut-être n'est plus là, mais qui est cependant mystérieusement présent et à qui l'on peut confier notre peine. C'est une sorte de première approche de ce qu'on appelle la communion des saints. La communion des saints, c'est le fait qu'entre les vivants et les morts, le fil n'est pas rompu. Il y a des liens de communion qui durent et qui s'enracinent d'une autre manière que sur la terre quand on connaissait les gens, mais d'une manière plus profonde, par un lien spirituel d'affection, de mémoire, de prière. Tout ce que nous vivons à ce moment-là, c'est comme le dit ce texte, verser son âme sur le sein de celui que l'on a aimé. Ce geste est déjà un geste d'espoir. C'est cela qu'il faut comprendre, le deuil n'est pas un geste de désespoir comme si tout était fini, mais puisque précisément, on veut déverser son cœur sur le cœur de celui qu'on a aimé, de celle qu'on a aimé, c'est le signe que ce geste n'est pas vain. D'une certaine manière, mystérieusement, sans qu'on puisse exactement le comprendre ou le mesurer, par la puissance de la résurrection du Christ, par la puissance de la foi, par la puissance de la promesse de Dieu, il y a comme quelque chose de notre cœur qui peut aller rencontrer le cœur de celui ou de celle qui nous a quitté.

Frères et sœurs, que ce petit texte, qui est tout en images, en suggestions, nous aide nous-mêmes à mieux reconnaître ces moments dans lesquels la mort a frappé dans notre vie et de reconnaître que cette blessure, cette souffrance, ce deuil, n'est pas simplement le moment où l'on accuse le coup comme si c'était par profits et pertes. Non, c'est le moment où l'on rencontre l'autre d'une autre manière, plus insaisissable, plus profonde, plus spirituelle, dans la prière notamment, parce qu'à ce moment-là, avec les larmes et la peine qui sont dans notre cœur, on peut déverser notre cœur sur le sein de ceux que l'on aime.

 

AMEN