SIGNES DE LA PRÉSENCE DE DIEU

2 Ch 5, 7-8+11 a+13-14 et 6, 1-6+16-21 ; Lc 21, 5-7+29-33+36-38

Vigiles de la Présentation de Jésus au Temple

(4 février 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e Temple était le lieu de la Présence de Dieu parmi les hommes, pourtant, Dieu n'avait pas cédé immédiatement au désir de David de construire un Temple, Il avait même refusé d'abord, de peur que ne soit trop matérialisée cette Présence de Dieu, et quand Salomon construit le Temple, nous l'avons entendu tout à l'heure dans la première lecture, "la Gloire de Dieu remplit le Temple comme une nuée obscure", au point que les prêtres ne peuvent pas ac­complir le service de l'autel dans le Temple, et dans la prière qui suit, Salomon dit : "Dieu a décidé d'habiter la nuée obscure. Toi Seigneur, que ne peuvent conte­nir les cieux et les cieux des cieux, combien moins encore cette Demeure que je t'ai construite".

Quand Jésus vient dans le Temple, ce que nous célébrons aujourd'hui, Il ne vient pas dans le Temple pour y rencontrer Dieu, ce n'était que le lieu symbolique de la Présence de Dieu, "le marche-pied" sur lequel reposaient les pieds de Dieu nous dit la Bible, Jésus ne vient donc pas pour rencontrer Dieu dans le Temple, Il vient pour amener la vraie Présence de Dieu dans ce Temple. Car la véritable Présence de Dieu dans le monde, ce n'est pas dans les édifices, les temples ou les églises qu'elle se réalise, mais la vraie Présence de Dieu dans le monde, c'est Jésus, le corps de Jésus, Jésus homme et Dieu, c'est Dieu qui vit parmi les hommes réellement. Quand Jésus entre dans le Temple, d'une certaine manière, la première Al­liance qui n'était encore que symbolique et comme une sorte de pressentiment et d'espoir, s'accomplit et s'achève. C'est pourquoi Jésus pourra dire du Temple "qu'il n'en restera pas pierre sur pierre". Ce Temple est révolu, ce Temple de Jérusalem est désormais passé, il n'était que l'ombre des choses à venir. Le Temple véritable c'est Jésus Lui-même qui dans sa chair nous fait contempler dit saint Paul "la plénitude de la divinité, en Lui habite corporellement la pléni­tude de la divinité". Dieu cesse d'être étranger au monde, il cesse d'être Celui que les cieux et les cieux des cieux ne peuvent contenir, Celui qui se cache dans une nuée obscure mais Dieu vient parmi nous, un homme parmi les hommes, Jésus au milieu de la foule. Il vient pour que nous puissions le voir, le tou­cher, le saisir, Lui l'insaisissable, Il se laisse saisir par nos mains, Lui l'invisible, Il se laisse voir de nos yeux.

Mais là ne s'arrête pas le mystère, car si Jésus est le Temple véritable, si Jésus est la Présence de Dieu parmi les hommes, si Jésus est "la pierre angu­laire de ce Temple nouveau", sur cette pierre angu­laire s'édifient d'autres pierres spirituelles, d'autres pierres vivantes, nous tous, car Jésus est venu non pas seulement pour être la Présence de Dieu parmi les hommes, mais pour que nous soyons unis à Lui comme les membres le sont à la Tête, pour que nous ne formions avec Lui qu'un seul Corps, et que le Corps du Christ Présence de Dieu dans le monde soit Lui et nous, nous faisant partie de Lui, nous devenant son Corps, son Eglise, et c'est pourquoi saint Paul pourra le dire : "le Temple de Dieu c'est vous".

Frères et sœurs, désormais la Présence de Dieu dans le monde n'est plus dans un édifice si sacré soit-il, que ce soit le Temple de Jérusalem ou saint Pierre de Rome ou quelque basilique ou église que ce soit, la Présence de Dieu parmi les hommes c'est l'Église, c'est vous, c'est moi, c'est nous le peuple de Dieu, le Corps du Christ, c'est le Christ nous rassem­blant en Lui pour que nous soyons avec Lui et par Lui, présence de Dieu dans le monde, véritable Épi­phanie de Dieu. Et si transparaît sur nos visages la Lumière de Dieu, si nous nous laissons transfigurer comme le dit Guerric d'Igny "par cette lumière que nous portons dans nos mains", si rayonne dans notre visage cette Présence de Dieu alors le monde croira. Si le monde ne croit pas c'est parce que nous ne som­mes pas assez transparents à la Présence de Dieu en nous, c'est parce que nous ne faisons pas assez partie de ce corps du Christ, nous ne sommes pas assez liés à ce Christ Seigneur qui est notre Tête, dont nous sommes les membres et dont la Vie se répand en nous comme la sève dans la vigne, car Il nous l'a dit aussi : "Je suis le cep et vous êtes les sarments". Les sar­ments ne peuvent vivre que greffés sur le cep, pour que la sève de la vie divine passe du cep dans les sar­ments.

Le Temple de Dieu, c'est nous, frères !

 

 

AMEN