LA RÉSURRECTION SIGNE DE MISÉRICORDE

Vigiles du onzième dimanche du temps ordinaire - B

(16 juin 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous avons lu un très beau texte de saint Gré­goire de Nysse sur la miséricorde. A ce pro­pos, je voudrais vous suggérer comment la Résurrection du Christ est la manifestation la plus grande de la miséricorde de Dieu.

Saint Thomas d'Aquin dit que "Dieu a fait le monde par miséricorde". Cela peut paraître bizarre car au moment de la création du monde il n'y a pas de péché. Comment avoir de la miséricorde alors qu'il n'existe rien ? saint Thomas d'Aquin explique les choses de la façon suivante. Habituellement, quand nous aimons quelque chose, c'est parce que cette chose existe et suscite en nous un désir. Et le désir éveille en nous le mouvement par lequel nous tendons vers un accomplissement en rencontrant la réalité que nous aimons et qui a suscité le désir. Par conséquent, d'une certaine manière, nous, nous n'aimons jamais par miséricorde. Nous aimons par ajustement.

Tandis que pour Dieu, il n'y avait rien. Avant que nous ne soyons, nous n'étions rien. Par consé­quent quand Dieu nous aimait avant de nous créer, Il nous aimait déjà quand nous n'existions pas. Lui qui est tout, Lui qui est totalement, Il nous aimait alors que nous n'étions pas. Il accordait son cœur et son amour créateur à la plus grande pauvreté, le fait de ne pas exister. Ce n'est pas simplement une entourlou­pette métaphysique. C'est vraiment le mystère même de Dieu. Il nous a aimés alors que nous n'étions pas encore, et c'est dans la mesure où son Etre est infini­ment capable de s'accorder avec la pauvreté que nous sommes au point de départ, c'est-à-dire rien du tout, qu'Il a pu tirer de la prodigieuse initiative de son amour miséricordieux le fait étonnant de dispropor­tion entre Lui qui est tout et nous qui n'étions rien, Il a su tirer cette grande merveille qu'est la création.

Et c'est la raison pour laquelle, lorsqu'il a fallu sauver la nature et le monde et la création quand l'homme a été pécheur, il s'est agi, avant tout, de re­nouveler un prodige de miséricorde. C'est pour cela que saint Grégoire de Nysse raconte cette parabole du bon samaritain comme la parabole par excellence de la miséricorde, parce que quand cette création s'est enflée de ce qu'elle était, s'est enorgueillie de ce qu'elle était, s'est approprié ce qu'elle était, elle a mé­connu la miséricorde qui l'avait créée. Par conséquent, il a fallu que Dieu "renouvelle ses miséricordes" comme dit le psaume. Et la Rédemption, c'est le re­nouvellement des miséricordes de Dieu. Au moment même où nous, nous méconnaissions la miséricorde, Dieu la renouvelait pour nous. Et la Résurrection, c'est la résurrection de la création, en tant que Dieu lui dit : "Viens et reconnais que, pour toi, Je ne suis que miséricorde ! Dès le début, J'ai été miséricorde. Et aujourd'hui encore, lorsque Je viens te ressaisir, pé­cheur, abîmé sur le bord de la route, dévasté par le brigandage du péché, "la moitié de ton être voué à la mort", comme, il le dit si bien "puisque l'autre moitié est immortelle", quand Je viens te voir, toi qui as mé­connu la miséricorde, reconnais ce qu'est la miséri­corde créatrice de ton Seigneur. Car même quand tu l'as méconnue, ce n'est pas une raison pour que ton Seigneur se décourage dans sa miséricorde. Et Je renouvelle, pour toi, ma miséricorde. Et Je la renou­velle si bien que je vais te donner le signe par excel­lence de la miséricorde : Ce qui est dans la mort, Je le fais vivre. Et Je ne le fais pas vivre simplement d'une durée au d'une vie de l'ordre de la Création, mais Je le fais revivre de Ma vie éternelle."

Et vous comprenez pourquoi, la Résurrection est le signe que Dieu a renouvelé pour nous ses misé­ricordes. Qu'en nous enfonçant dans cette nuit où nous préparons à célébrer demain la Pâque de Dieu, demandons simplement au Seigneur, qu'à travers no­tre prière et la vigilance de notre cœur, Il renouvelle pour nous ses miséricordes.

 

 

AMEN