TOUT CE QUI EST ÉCRIT DE MOI
Lc 24, 35-45
Vigiles du vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire – C
(16 octobre 1983)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Voyons si Dieu viendra le délivrer !
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ésus, prenant avec Lui ses disciples et les emmenant sur le chemin de la montagne des Oliviers vers Béthanie leur dit : "Il faut que s'accomplisse tout ce qui est écrit de Moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts, le troisième jour." Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Il leur fait comprendre tout ce qui est écrit de Lui dans la Loi, les psaumes et les prophètes. Si nous lisons l'Ancien Testament, si nous chantons les psaumes, c'est parce qu'il y est écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts.
Nous avons entendu tout à l'heure ce texte de la Sagesse qui est, avant la lettre un évangile de la Passion. Souvenez-vous : "Les impies, dans leur faux calcul disent : Poursuivons le Juste qui est pauvre. Eprouvons-le par l'outrage. Condamnons à une mort honteuse." Et dans l'évangile nous lisons : "Jésus enseignait chaque jour dans le Temple, et les grands prêtres cherchaient à le faire mourir." Les notables du peuple cherchaient aussi à le faire mourir. Puis, dans le livre de la Sagesse, les impies disent : "Il se vante d'avoir Dieu pour Père. S'il est fils de Dieu, Dieu l'assistera et le délivrera de nos mains." Nous voyons en concordance les sarcasmes de ces mêmes scribes et grands-prêtres devant la croix de Jésus : "Il en a sauvé d'autres, Qu'il se sauve lui-même s'il est le Fils de Dieu." Dans la Sagesse : "Les âmes des justes sont dans la main de Dieu." - "Père, entre tes mains je remets mon esprit !"
Ce qui est vrai de ce texte de la Sagesse est vrai aussi de tant de psaumes. "Ils ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os" - Dans ma soif, ils m'ont donné du vinaigre." C'est vrai aussi de tant de textes des prophètes. Souvenons-nous de cet admirable chant du Serviteur Souffrant que donne par avance le prophète Isaïe : "Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. Comme une racine en terre aride, sans beauté ni éclat, objet de mépris, homme de douleur familier de la souffrance. C'était nos souffrances qu'il portait, nos douleurs dont il était chargé."
Il y a ainsi, à travers l'Ancien Testament, aussi bien dans ces hymnes et cantiques, ces chants de délivrance ou de supplication que sont les psaumes que dans les récits historiques (l'histoire d'Abraham, d'Isaac, de David et tant d'autres), aussi bien dans les textes prophétiques qui annoncent le Jour du Seigneur, la venue du Messie, d'un Sauveur une sorte de chaîne qui se tisse progressivement. Bien sûr ceux qui ont écrit ces chants, ces poèmes, ces récits n'en avaient pas l'idée. Ils ne pouvaient pas savoir ce qui était prophétie de la venue du Christ. Ils ne pouvaient même pas pressentir qu'ils étaient dépassés par la science de Dieu. Bien sûr aussi quand le peuple lisait ces textes ils ne pouvaient pas y deviner ce que serait la vie et la mort du Fils de Dieu. Et pourtant à travers tous ces innombrables oracles, c'est bien son visage qui est dessiné en filigrane. Et quand le Christ est venu sur la terre, sur ses lèvres ces textes et ces psaumes sont revenus sans cesse. Et les évangélistes, en les écoutant, ont compris que les Écritures, l'Ancien Testament, contenaient déjà tout le mystère de la révélation du Christ.
Quand nous lisons l'Ancien Testament nous ne devons pas faire des rapprochements trop précis car la résonance la plus sécrète, la plus profonde c'est cette lente préparation du cœur pour qu'il devienne le cœur d'un peuple porteur du Messie. C'est cette longue accoutumance à la présence de Dieu, à la miséricorde de Dieu, à la grâce de Dieu, à cette manière de Dieu de partager notre histoire, de partager nos épreuves et finalement de prendre sur lui le péché des hommes. Petit à petit, le cœur humain est ainsi préparé à connaître en son sein cet épanouissement de la force de Dieu, de Dieu venant au milieu des hommes non pas dans l'éclat de la magnificence mais dans le secret des cœurs. Et si le peuple élu n'a pas su reconnaître ne Jésus Celui qui était envoyé ce n'est pas parce que l'Ancien Testament n'avait pas préparé le peuple à cette rencontre, mais parce que le péché est venu compromettre ce dessein et, détournant le sens de la Loi les juifs n'ont pas compris ce dessein du Père et ce sacrifice offert. Il y a là un mystère, un message.
Ne cessons pas de nous plonger dans tout ce déroulement de l'histoire du peuple de Dieu. Laissons-nous prendre par ces Paroles du Christ, laissons le Christ ouvrir notre cœur à l'intelligence des Écritures afin de pouvoir entrer en profondeur dans son mystère et devenir ses disciples.
AMEN