LES TÉMOINS DE LA RÉSURRECTION

Mt 28, 1-10+16-20

Vigiles du vingt-cinquième dimanche du temps ordinaire – B

(19 septembre 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Issoire : Les femmes au tombeau

I

 

l ne faut jamais abuser des bonnes choses. Je voudrais simplement que nous méditions quelques instants, sur le moment même où Jésus ressuscite et sur le changement qui s'opère à travers tout l'univers. En effet, quand on lit ce premier récit de la Résurrection, on s'aperçoit qu'il y a un certain nombre d'acteurs ou de témoins de la Résurrection du Christ.

Le premier témoin, c'est le ciel et la terre presque physiquement, le ciel qui est traversé par l'éclair, qui est déjà le signe de l'annonce de la fin des temps, et la terre qui se fend et qui s'entrouvre "pour laisser germer le Sauveur." Par conséquent, à partir du moment où le Christ ressuscite, c'est tout le grand processus du jugement, c'est la terre ancienne qui commence à craquer de l'intérieur, ce sont les cieux qui sont déchirés par la lumière de l'éclair qui symbolise la présence de Dieu, la communication retrouvée, la réouverture des liens entre le ciel et la terre qui sont, pour ainsi dire, fissurés et craquelés pour que puisse apparaître le ciel nouveau et la terre nouvelle. C'est véritablement le début de la résurrection cosmique qui commence au moment où le Christ Lui-même est ressuscité.

Les seconds acteurs en présence, ce sont évidemment les anges. Eux les anges comme le dit saint Paul ailleurs, "se penchent avec convoitise sur le mystère qui arrive aux hommes" c'est-à-dire qu'eux qui sont les frères aînés s'émerveillent de ce qui arrive parmi les hommes, de ce que le Christ soit ressuscité. Et ils sont vêtus de lumière c'est-à-dire que, désormais, ils peuvent, eux aussi, resplendir parce que, a rejailli sur eux aussi la lumière de la résurrection. Et leur rôle d'ange trouve, à ce moment-là, sa pleine signification car, à partir du moment où le Christ est ressuscité, ils peuvent eux aussi avec le monde entier, avec tous les chrétiens, avec tous les disciples du Christ, annoncer et proclamer l'unique bonne nouvelle. Tous les exercices préparatoires qu'ils avaient faits auparavant, au cours de l'histoire de l'Ancien Testament trouvent maintenant leur accomplissement. Ils vont être véritablement des évangélistes, c'est-à-dire des anges de bonne nouvelle, des bons anges, des anges qui annoncent aux hommes, le salut. Et leur joie sera d'autant plus grande qu'ils pourront y associer leurs frères les hommes. C'est pour cela que l'ange a comme mission d'annonce d'indiquer aux saintes femmes la présence du Christ, pour qu'à leur tour, elle le manifestent, elles l'indiquent aux disciples.

Et puis, il y a peut-être une troisième catégorie d'acteurs qu'on a moins remarqués, ce sont les soldats. Les nations sont présentes au moment où le Christ est ressuscité. Ceci est très important. Il est très important que les païens, et les païens dans leur côté le plus rude et le plus terrible de cette époque, la soldatesque romaine en garnison dans la ville de Jérusalem, soient des témoins de la Résurrection. D'ailleurs à la différence des anges on dit qu'ils ne brillaient pas puisque eux, "ils étaient comme morts !" Et ce que veut dire l'évangéliste, c'est que les nations sont à la fois présentes à la manifestation de la résurrection du Christ, mais elles y sont présentes sans comprendre, sans encore aimer, sans encore pouvoir entrer dans le mystère de la résurrection. C'est pour cela qu'elles sont comme mortes. Elles ne peuvent pas véritablement entrer dans le mystère même de la Pâque. Pour qu'elles y entrent, il faudra qu'elles reçoivent le signe du baptême, le signe de cette présence physique du Christ au milieu d'elles, le Christ proclamé pour leur résurrection et pour leur salut.

Et enfin, les derniers acteurs que nous présente cet évangile, ce sont les saintes femmes qui représentent à la fois Israël, puisque ce sont des membres du peuple d'Israël. Elles représentent aussi celles qui ont suivi le Christ et qui, d'une certaine manière, par cette fréquentation de tous les jours sont déjà un peu plus entrées dans le mystère du Royaume et de l'annonce du Royaume. Et surtout, elles symbolisent l'Église. Elles symbolisent le fait que, à partir du moment ou le Christ est ressuscité, l'Église reçoit la parole de l'ange : "Allez dire aux disciples qu'Il vous précède en Galilée !" Et la Galilée ne sera pas un point final, mais un relais dans de nouvelles courses, de nouvelles étapes qui conduiront les disciples à travers le monde tout entier.

A partir même du moment où le Christ ressuscite, l'Église court, l'Église est en marche, l'Église annonce l'évangile, avec les anges, envoyé à la fois par les anges messagers et messagère elle-même comme les anges. Et en même temps, elle rencontre son Seigneur. Et c'est là la fin de ce récit de Résurrection. C'est qu'effectivement, au moment où les saintes femmes partent dans la confiance à la parole de l'ange, à ce moment-là le Christ vient à leur rencontre. C'est à ce moment-là que l'Église devient vraiment l'Église, c'est-à-dire ce peuple qui a déjà marché obscurément aux côtés du Christ, qui a reçu l'annonce de l'ange qu'il faut se mettre en marche. Et à ce moment-là, Jésus, comme le dernier acteur, vient au-devant d'elles et leur parle en leur disant la bonne nouvelle, en leur demandant de ne plus avoir de crainte, c'est-à-dire de vivre désormais dans la fidélité et la confiance avec Dieu.

Que ce soir où, une fois de plus, nous entrons dans le mystère de la Pâque, nous retrouvions, nous aussi, tous ces grands éléments qui sont un peu nous-mêmes. A la fois, nous sommes fils de cette terre, nous sommes aussi de ces nations, nous sommes aussi du peuple qui reçoit le bonne nouvelle de l'ange, nous sommes aussi accompagnés par les anges messagers et anges comme eux de la bonne nouvelle, et puis aussi surtout, nous aussi nous recevons cette interpellation du Christ qui se met, pour ainsi dire sur notre chemin, et qui nous dit de ne plus craindre mais d'avancer, avec confiance, vers son Royaume.

 

AMEN