VOICI MES MAINS
Za 12,1-3+9-11 + Za 13,1+ Za 14,4-6, 9+16 ; Jn 20, 19-31
Vigiles du septième dimanche ordinaire – A
(22 février 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Auzon : Main du Christ en croix
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A |
vant que Thomas ait pris la parole, pour exprimer à Jésus ses doutes, son incrédulité ou sa réticence, le Seigneur ressuscité lui dit simplement, en ouvrant ses bras : "Voici mes mains". Ces mains, ce sont celles qui se sont rejointes, au début du monde, les mains de Dieu qui ont servi de source à la création première. Ces mains de Dieu qui ont façonné, dans le souffle de l'Esprit, le visage de l'homme, à son image et à sa ressemblance. Ces mains, ce sont celles du Fils de Dieu, celles qui ont multiplié le pain, celles qui ont touché et béni les petits enfants que les apôtres repoussaient, celles qui ont façonné de la boue pour la poser sur les yeux de l'aveugle-né, celles qui ont guéri, celles qui ont reçu la tête de Marie-Madeleine, alors qu'elle venait d'essuyer les pieds du Seigneur avec ses cheveux et que le Seigneur l'a embrassée sur ces mêmes cheveux.
Ce sont les mains du pardon, de la guérison. Ces mains qui ont relevé la petite fille morte de Jaïre. Ces mains qui ont reçu les pleurs du Christ lorsqu'il a pleuré sur Jérusalem. Ces mains qui se sont fermées une dernière fois au moment de l'agonie, dans cette ultime prière du Christ tourné vers son Père, cette ultime prière aux mains jointes qu'ont suivi ces mains ouvertes, grandes ouvertes sur la croix au moment où elles furent transpercées par l'amour. "Voici mes mains", dit simplement le Seigneur à Thomas. Il ne lui donne pas d'autre signe, il ne lui donne pas d'autre discours, il ne lui donne pas d'autre témoignage de la création, de la nouvelle création, et de sa résurrection.
L'évangile dit bien que Thomas, en voyant ces mains, sans y mettre son doigt, comme le Seigneur l'y invitait, Thomas n'a pu que dire : "Mon Seigneur". Seigneur, fils de Dieu, Seigneur de la résurrection, "Mon Seigneur et mon Dieu", Dieu de la création. Et le Seigneur a confié à Thomas et aux disciples cette ultime béatitude de l'évangile : "Heureux ceux qui croient sans voir." Alors, frères et sœurs, nous autres, souvent nous voulons voir. Nous sommes comme ces juifs qui sans cesse demandaient des signes. Demandaient à avoir la certitude concrète, rationnelle, logique, humaine, d'abord de l'existence de Dieu, puis de la présence de Dieu le monde d'aujourd'hui, de la résurrection du Christ, au cœur même de tout ce qui reste encore de mort au milieu de nous.
Nous sommes, comme les disciples d'Emmaüs, extrêmement lents à croire, parce que, comme Thomas, nous voulons voir. Et nous avons raison. Nous avons raison de désirer voir, car cette vie nous laisse encore dans l'obscurité. Or Zacharie le disait : "Un jour merveilleux viendra où le soir sera aussi clair que le jour." Nous voulons voir, mais nous ne voyons pas encore parce que le jour de notre résurrection n'est pas encore tout à fait levé. Il commence simplement à poindre à l'horizon de notre cœur, de notre vie, lorsque nous nous tournons, aujourd'hui encore, vers le Seigneur ressuscité qui continue de recréer ce monde, qui continue de pardonner les péchés, qui continue de bénir dans l'eau les enfants, qui continue de guérir les malades en versant sur leurs plaies, le parfum de la sépulture du Christ, signe de sa mort, mais déjà odeur de sa résurrection ce parfum de myrrhe d'aloès. Ces mains du Christ qui continuent encore de rompre le pain, de briser son corps, pour achever, aujourd'hui, ce qui manque à sa passion, non pas dans la qualité, mais dans le développement ultime de ce don qu'il fait continuellement, ce développement ultime qui doit atteindre les limites extrêmes du cœur de l'homme, du cœur du monde.
Nous sommes comme Thomas, nous voulons voir. Or aujourd'hui encore, le Christ, avec les yeux de notre foi, ces yeux de notre foi qui voient plus intense, qui voient plus profond, qui voient plus vrai que les yeux de notre chair, le Christ ne nous dit qu'une seule chose : "Voici mes mains." Et aujourd'hui encore, ce soir, il fera clair pour nous, car, des mains du Christ, des mains de l'Église qui sont le prolongement des gestes du Christ, va venir, va jaillir le témoignage premier, le témoignage essentiel, le témoignage unique de sa résurrection : ce corps brisé et livré, ce sang versé.
Frère et sœurs, que cet évangile des mains ouvertes, des mains tendues, des mains blessées du Christ, que cette eucharistie où le Christ va, une fois encore, non seulement se montrer à nous, mais plus encore, se donner à nous, que cette Pâque que nous allons célébrer, soit pour l'intime de notre cœur, la béatitude qui nous fait vivre aujourd'hui, dans la foi, sans voir. Que ce soit pour nous, l'espérance, qu'un jour, ces mains du Christ qu'il a montrées à Thomas, se montreront à nous, se tendront vers nous, comme l'exprime cette icône où le Christ ressuscité tend ses mains à Adam blessé à mort par son péché pour le relever et le faire entrer dans la lumière de sa résurrection.
AMEN