SOUFFLE ET RASSEMBLEMENT
Za 12, 1-3+9-11+ Za 13,10+ Za 14, 4+6-9 ; Jn 20 19-31
Vigiles du vingt-troisième dimanche du temps ordinaire – C
(7 septembre 1980)
Homélie du Frère Michel MORIN
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a liturgie de ce soir est dominée par deux réalités : le souffle et le rassemblement. C'était déjà le message de la première lecture, lorsque le prophète Zacharie évoquait le vent qui tournoyait au moment où Dieu déployait le ciel, au moment où Dieu fondait la terre, ce vent qui était le souffle de l'Esprit, venu du ciel, descendu du cœur de la Trinité pour féconder ce chaos et le rendre habitable. Ce souffle que Dieu a envoyé comme pour une respiration, dans la chair de l'homme, lorsqu'Il l'a créé, au moment de premier signe de sa tendresse pour l'humanité qui sortait de terre.
A la fin de ce texte, le prophète Zacharie évoquait aussi le rassemblement, lorsqu'il disait que le peuple se rassemblerait à nouveau dans la ville de Jérusalem pour la fête des Tentes, pour la célébration de la présence de Dieu au long de l'exode de ce peuple de Dieu vers la terre promise.
Voici que Jésus, dans l'évangile de ce soir de Pâques que nous rapporte saint Jean, dit à ses disciples : "La paix soit avec vous !" et Il souffle sur eux. Ce n'est pas une image, c'est un geste concret. Il a soufflé sur ses disciples, et les visages endoloris et meurtris des disciples ont senti sur leur peau un souffle nouveau. En soufflant sur eux, au même moment, Il les envoie proclamer cet évangile, Il les envoie proclamer ce dont ils sont témoins : à savoir, la mort et la résurrection du Christ, c'est-à-dire, le chaos de la mort, mais la nouvelle création de la vie du Christ donnée par sa Résurrection. Ces disciples sont envoyés avec ce souffle de l'Esprit Saint non pas pour n'importe quelle œuvre, mais pour rassembler. Ils doivent aller jusqu'aux extrémités de la terre, ils doivent aller jusqu'aux limites du temps, pour porter le signe et la réalité de la création nouvelle dans l'Esprit, dans ce même Esprit qui fut celui de la première création, mais que l'homme a laissé étouffer en lui, à cause de son péché. Le Christ venant prendre ce péché sur Lui, le portant jusque dans sa mort, redonne à l'humanité ce premier souffle.
La création nouvelle, ce n'est plus uniquement l'humanité dans ce qu'elle a de concret, de terrestre, de charnel, c'est aussi l'humanité dans ce qu'elle a de plus profond, de plus spirituel, de plus intime à elle-même, c'est-à-dire l'Église. L'Église est le fruit de ce souffle du Christ au soir de la Pâque, sur le visage, dans la chair, jusque dans le cœur des disciples.
Les disciples ont reçu l'Esprit Saint et ils sont partis le porter. Les disciples ont vécu l'intensité de la Pentecôte et nous savons que, pour l'évangile de Jean, le mystère de la Pentecôte est associé, même dans le temps, à celui de la résurrection, puisque, dans l'évangile de Jean, le don de l'Esprit se passe au moment de la mort et de la résurrection du Christ, lorsque le Christ, remettant son Esprit au Père, en fait, le transfère, le donne aux disciples, signe qu'Il accomplira, qu'Il donnera en ce jour où Il soufflera sur eux.
Les disciples sont porteurs de cet Esprit, mais ils vont en vivre. Et, partout où ils iront, ils seront le lieu d'où l'Esprit partira, d'où l'Esprit jaillira, pour rejoindre les hommes qui n'ont pas rencontré le Christ dans sa chair de Ressuscité. L'Église est cette assemblée d'apôtres qui vit, partout où il y a des hommes, et qui est chargée de souffler sur les hommes, pour leur transmettre l'Esprit, pour leur donner ce signe, cette fécondité de la création nouvelle apportée en totalité, mais non encore partagée à l'ensemble de l'humanité.
Le Christ a peu parlé de l'Esprit Saint quand Il vivait sur la terre. Nous savons, cependant, qu'Il en était rempli, puisque l'Esprit signait chacune de ses oeuvres, chacun de ses miracles, chacune de ses paroles. Tous ses enseignements était signés par cet Esprit qui habitait en Lui, qu'Il n'avait pas cessé de quitter en venant sur la terre. Mais on pourrait dire que l'Esprit Saint, pendant l'Incarnation du Christ, était circonscrit à sa chair, était limité à sa personnalité, gardait, comme fécondité, uniquement ce que le Christ faisait avec ses gestes, avec paroles de pardon.
Mais le Christ commence à révéler la réalité de l'Esprit Saint, et bientôt le don de l'Esprit, au moment, justement, où Il va les quitter, au moment où son individualité, sa chair, sa réalité physique va disparaître. Et ce sont les disciples qui vont retenir cet Esprit, qui vont le recevoir et qui vont être chargés de donner au corps du Christ, sa véritable dimension, sa dimension mystique, l'Église. Ainsi, quand l'Église agit, parle à travers chacun des chrétiens c'est l'Esprit du Christ qui continue d'agir en eux, avec la même force, la même efficacité, la même fécondité que lorsqu'Il agissait dans les gestes, dans les paroles du Christ. Tout simplement, cette fécondité, cette vie est enténébrée, est limitée par notre péché, qui étouffe l'œuvre de l'Esprit.
Il y a, en Afrique, des phénomènes naturels de vent que l'on peut suivre à travers la brousse. Tout d'un coup, il y a un tourbillon très fort, très violent, d'un vent qui passe à un endroit et qui va rassembler, de façon très rapide, tous les éléments épars sur cette surface et les concentrer en un seul point. Tous ces éléments se mettent alors à tourbillonner et à monter dans le ciel.
Je crois que ce phénomène de la nature est une image de l'Église. L'Esprit, le Souffle de Dieu vient tourbillonner sur le monde, à travers l'œuvre de l'Église, pour rassembler tous les hommes qu'elle rencontre, et ensuite, les emporter dans l'Esprit vers le Père.
Ainsi, comme dit saint Paul, nous-mêmes sommes ballottés à tout esprit de doctrine, à tout vent d'idéologie. Nous savons qu'il y a un seul Esprit, qu'il nous faut chercher, qu'il nous faut rencontrer. Il faut disposer notre voile à ce vent unique qui vient de Dieu et qui nous conduit vers Lui. C'est ce souffle-là qui, à travers l'Église, touche les hommes, les rassemble, non plus pour la fête des Tentes à Jérusalem, mais pour la fête éternelle de Dieu, dans ce temple nouveau qu'est l'Église qui, petit à petit, se construit, à chaque Eucharistie, pour devenir, un jour, la bâtisse complète, la construction totale du Corps du Christ, de la grande fête de l'Esprit éternelle de Dieu, où tous les hommes seront rassemblés dans ce Souffle, dans cette création nouvelle qui ne connaîtra plus de fin.
AMEN