LE CHRIST MARCHE AVEC NOUS
Is 55, 1-11 ; Lc 24, 13-35
Vigiles du douzième dimanche du temps ordinaire - C
(22 juin 1980)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e contexte dans lequel il faut relire le récit des disciples d'Emmaüs, rappelle singulièrement celui que nous avons entendu tout à l'heure lorsque saint Augustin parlait de sa jeunesse et de son passé, cette solitude, cette obscurité, cette ténèbre qui enveloppe notre cœur et notre intelligence lorsque nous sommes loin de Dieu. Il en est ainsi que l'homme ne découvre Dieu que de manière négative, c'est-à-dire, par ce manque, par cette faille à l'intérieur de lui-même et dans son univers, qui lui révèle qu'il lui manque quelqu'un.
Les premiers pas vers Dieu sont toujours comme cela : ils sont toujours empreints d'une nostalgie et d'un manque. C'est ce que nous appelons une quête de Dieu. C'est le fait de sentir obscurément, dans son cœur et dans son esprit, que nous sommes destinés à autre chose, que nous avons besoin de quelqu'un. Et comme le dit encore saint Augustin, "notre cœur est inquiet, notre cœur est sans repos, notre cœur est toujours en marche jusqu'à ce qu'il repose en Toi".
Et c'est pour cela que les disciples marchaient le long de la route. La tristesse et la ténèbre qui pesaient sur leur cœur n'avaient pas eu totalement raison d'eux. Ce qu'ils cherchaient, c'était le repos de leur maison, c'était le repos d'un univers connu, repéré, facilement accessible, celui de leur pays vers lequel ils se rendaient après de grandes déceptions. Ils cherchaient le repos, mais ils étaient en marche. En marche, enveloppés dans l'obscurité, même s'il faisait jour.
Et voici que le Christ fait route à côté d'eux. Le Christ se tient près d'eux et les interroge sur leur chagrin, sur leur tristesse. Il ne leur demande pas comment ça va ! Il leur demande : "De quoi parliez-vous en chemin ?" Dieu a toujours cet à-propos qui fait que, Il veut se révéler et se manifester, précisément à l'endroit où il y a difficulté, à l'endroit même où il y a inquiétude et ténèbre. C'est toujours dans cet aspect de nous-mêmes que Dieu nous interroge et nous surprend ! Non pas qu'Il se fasse le complice de notre péché ou de nos désespoirs, mais c'est là, dans cette situation-là, que nous sommes le plus sensibles à la présence de Dieu. Et c'est normal ! C'est normal, au fond, qu'une mère ait davantage souci de son enfant lorsqu'il est malade ou lorsqu'il se sent triste et affaibli. Et c'est normal que Dieu déploie plus de tendresse et d'affection pour cet aspect de nous-mêmes qui est toujours blessé, maladif, chancelant et fragile. Et Dieu fait route avec les disciples, et Il commence à réchauffer leur cœur, Il leur explique les Écritures. Dieu est à leurs côtés ! Dieu est comme un feu brûlant qui réchauffe ! Dieu est comme cette présence qu'on sent côte à côte, tout près de soi et qui est prête à vous guider, à partager un pas, puis encore un pas ! Dieu vigilant, qui regarde la marche de ses disciples ! Dieu étonné de ce qu'ils marchent encore et que le désespoir ne les a pas gagnés totalement !
Mais, tout de même, on ne peut pas marcher comme ça indéfiniment ! Il y a un moment où l'homme s'arrête. Le Christ Lui-même serait prêt à continuer. Il fait semblant d'aller plus loin. Lui qui connaît, maintenant, le chemin du royaume n'en est pas à deux pas près, n'est-ce pas ? Il serait bien prêt à faire encore des kilomètres avec eux, si cela pouvait leur apporter la joie de sa manifestation complète. Mais c'est eux qui lui demandent : " Seigneur, le jour baisse, c'est la nuit, alors, si tu le veux, viens avec nous partager le repas !" Et c'est alors que Jésus accepte : la seule condition qu'Il pose, c'est que ce ne soit pas eux qui lui donnent à manger, mais que ce soit Lui qui prépare ou donne à manger.
Et c'est alors que se produit le signe. Le Seigneur prend le pain et Il le leur donne. Pourquoi le signe se reproduit-il ? Pour une raison toute simple. C'est que, jusqu'ici, Dieu marchait à côté d'eux, mais voici que, maintenant, Dieu se donnait à eux, dans l'intimité de leur cœur et dans l'intimité de leur joie de le rencontrer. Dieu n'était plus à côté d'eux. Dieu ne les réchauffait plus comme un feu vers lequel on tend les mains, mais Dieu était le feu qui brûlait au cœur de leur amour et de leur soif de Dieu. Alors, ils ne pourront plus tenir en place. Ils vont courir jusqu'à Jérusalem, ils diront que Dieu a choisi ce moment de la nuit, ce moment où le soleil se couche, pour que se lève en leur cœur la lumière qui ne finit pas.
Ainsi en est-il de nous. Lorsque nous sentons les ténèbres nous envahir de toutes parts, soyons très attentifs au mystère de la lumière. Car la lumière ne vient jamais là où nous pensons qu'elle devrait naître. Elle naît au plus intime de nous-mêmes. Et si nous n'acceptons pas que le Seigneur soit Lui-même ce flambeau au plus intime de nous-mêmes, alors, nous nous créerons toutes sortes de lumières artificielles, mais cela ne nous guidera pas bien loin. Laissons-nous, ce soir, réchauffer par l'Écriture expliquée par le Seigneur Jésus-Christ. Laissons-nous surtout brûler par cet amour qui s'est fait chair et sang pour nous sauver. Laissons-nous illuminer par la présence du feu de Dieu.
AMEN