L'IMMENSE AMOUR DONT DIEU NOUS AIME
Rm, 5, 6-9 ; Lc 23, 33-43
Mercredi Saint - Célébration pénitencielle de réconciliation - année B (4 avril 2012)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Le bon larron (Pleyben)
Nous avons tendance quand nous nous préparons à la confession, pour recevoir le pardon de nos péchés, nous avons tendance à centrer notre regard sur nos fautes, pour les regretter, pour manifester que nous n'avons pas su aimer, que nous n'avons pas su écouter la Parole de Dieu. Mais cette manière que nous avons de nous lamenter, de nous reprocher nos peu de progrès, de nous constater toujours aussi pauvres et aussi médiocres, cette tendance que nous avons à nous réjouir de ces quelques progrès que nous avons cru arriver à réaliser, au fond, c'est encore une manière de nous regarder nous-même. C'est encore une manière de tourner autour de notre propre être. Nous ne sommes pas libres vis-à-vis de nous-même, nous sommes prisonniers du regard que nous portons sur nous.
Pourtant, si nous y réfléchissons, nos progrès ou nos reculs n'ont vraiment aucune importance, cela n'a pas beaucoup d'intérêt par rapport à l'immensité de la sainteté de Dieu, tous les efforts que nous pouvons faire ou tous les péchés dans lesquels nous pouvons tomber ne sont que de la poussière. La seule chose qui compte en réalité, c'est de découvrir à la lumière de notre expérience, à la lumière de nos péchés, de découvrir l'immensité infinie de l'amour de Dieu et de sa miséricorde.
Dieu, au moment même où nous étions pécheurs, a accepté de mourir pour nous. C'est ce que nous disait saint Paul dans son épître aux Romains. C'est au moment où nous étions encore enfouis dans notre péché que le Christ est mort pour nous. C'est la preuve d'amour la plus extraordinaire. Certes, notre vie est parsemée de la découverte de l'amour de Dieu, toujours plus profonde, mais rien n'est plus bouleversant que de découvrir à la lumière de nos fautes et de notre égoïsme, combien Dieu nous aime puisqu'il nous aime d'autant plus que nous sommes si peu enclins à aimer.
Oui, Dieu non seulement nous aime mais il crée en nous le visage qui mérite d'être aimé. C'est au moment où il expie ses péchés sur la croix que le larron est converti et reçoit la promesse inouïe : "Aujourd'hui, (pas dans huit jours ou pas dans une éternité ou après un long séjour au purgatoire), aujourd'hui même tu seras avec moi en Paradis". Le Christ donne sa vie pour ce larron qui a probablement tué pas mal de gens, et voici que parce que ce larron se tourne vers Jésus, parce qu'il le regarde, il est sauvé.
Le Christ sur la croix prie pour ceux qui le persécutent, pour ceux qui le mettent à mort : "Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Oui, mourir pour quelqu'un de bien, donner sa vie pour un juste, c'est souhaitable, mais ce n'est rien à côté de la réalité de la miséricorde de Dieu, car Dieu nous aime au moment même où nous ne sommes pas aimables.
C'est pourquoi, l'important, c'est ce que nous allons faire aujourd'hui, ce soir. Nos péchés, nous les avons jetés dans la miséricorde de Dieu, et maintenant, la seule chose qui compte, c'est cet amour infini, sans limites que Dieu a pour nous et qui recouvre tous nos péchés, toutes nos fautes, tous nos progrès aussi. Rien de tout cela n'a d'importance sinon l'immensité de l'amour de Dieu qui se révèle à nous. Cette célébration de la réconciliation met un terme à ce chemin de carême, nous sommes parvenus dans les bras de Dieu, nous sommes parvenus dans le cœur de Dieu, nous sommes parvenus à la découverte émerveillée de l'amour de Dieu pour nous, cet amour qui surpasse tout ce que nous pouvons avoir d'imparfait et de pécheur en nous. Moins nous sommes aimables, et plus nous sommes aimés. Moins nous sommes capables d'aimer, et plus Dieu vient combler dans notre cœur ce manque. Dieu veut que nous soyons heureux et il n'y a pas d'autre bonheur que d'aimer, et c'est pourquoi Dieu met dans nos cœurs la racine, la semence de cet amour infini qui ne cessera jamais pendant toute l'éternité.
AMEN