DIEU NOUS AIME LE PREMIER
1 Jn 4, 7-21 ; Jn 1, 43-51
(5 janvier 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Dampicourt : Saint Jean
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ous dire le fond de ma pensée après la lecture de la première épître de saint Jean, je n’ai pas tellement envie de prêcher parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire après ce texte si beau, si complet, si parfait, mais comme l’usage est de prêcher, eh bien, prêchons !
Je vais m’arrêter uniquement sur un verset de ce texte, le verset 10 : « En ceci consiste l’amour, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés. En ceci consiste l’amour, ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés ». Bien ! Généralement, nous sommes à peu près d’accord sur cette assertion, nous savons que Dieu étant éternel, nous précédant, nous pouvons accepter que Dieu nous aime avant que nous l’aimions. Cependant, je vous rappelle que dans la plupart de nos expériences personnelle, c’est souvent l’inverse qui se passe. Je vous rappelle saint Augustin qui dit comment il a cherché Dieu, et qu’il a trouvé Dieu, jusqu’au jour où il a découvert que ce n’était pas lui qui avait commencé à chercher Dieu, mais que c’était bien Dieu qui l’avait cherché en premier. Nous sommes d’accord théologiquement sur cette assertion, c’est Dieu qui nous aime en premier, même si très souvent, dans notre vie spirituelle nous faisons l’expérience inverse. Dans un deuxième temps, nous acceptons théologiquement que ce soit Dieu qui nous aime le premier.
Mais qu’en est-il de nos relations entre nous ? C’est une autre affaire et c’est beaucoup plus compliqué. Comment pourvoir dire que c’est mon frère, c’est ma sœur, c’est mon époux, c’est mon épouse, qui m’a aimé le premier ? C’est beaucoup plus difficile et il faut bien reconnaître que si nous sommes d’accord pour être redevables de quelque chose de la part de Dieu, nous sommes bien moins d’accord pour être redevables de la part des autres et d’accepter que l’autre m’ait aimé avant que je l’aie aimé ? C’est quand même très difficile. Quand on pose la question à des fiancés qui viennent se préparer pour un mariage, ce n’est pas évident. Quel est le critère qui permet de dire que c’est le fiancé qui a aimé avant que la fiancée ne commence à aimer ? Que dire dans une communauté fraternelle ? Et dans une communauté paroissiale ? Je crois que ce que veut nous dire saint Jean, c’est quelque chose de fondamental. Il veut nous dire que l’amour dont il est question dans une communauté, ce n’est pas d’abord des marques d’affection, il en faut, heureusement, mais c’est de reconnaître que l’amour de Dieu, en général est avant mon amour. L’amour de la communauté ou l’amour de mon frère, peut-être même précède ce que je suis prêt à lui donner. Cela, nous ne le voulons pas beaucoup. Nous ne fonctionnons pas sur ce registre. Pour nous, l’amour c’est plutôt d’abord s’empresser de donner des marques d’amour aux autres, et ce qui, soit dit en passant, consciemment ou inconsciemment, nous permet de nous attacher les autres à ce que nous voulons qu’ils soient.
Saint Jean, que ce soit dans son épître, et comme en écho, dan s le chapitre premier de son évangile, nous dit : ne craignez donc rien, en fait, le véritable amour, c’est d’accepter qu’il y ait une origine autre qu’humaine dans l’amour que je porte à mon frère. Si je crois fondamentalement que l’amour que j’ai pour mon frère vient au-delà de mon amour, à ce moment-là, je ne peux en aucun cas m’approprier mon frère. Car enfin, même si je pourrais dire qu’expérimentalement, je l’ai aimé avant qu’il me connaisse, cet amour qui me meut, qui me mène vers mon frère, il ne m’appartient même pas, puisqu’il vient de Dieu. C’est très important. C’est cela qui constitue une communauté, c’est cela qui constitue même la nativité, la naissance de Dieu dans une communauté. Quand nous lisons l’appel des disciples dans ce temps qui suit Noël, j’ai envie de l’appeler autrement, ce n’est pas l’appel des disciples, c’est la nativité de Dieu dans le cœur des disciples. C’est la crèche, pour reprendre cette crèche que les provençaux ont lancée et que nous aimons venir contempler dans nos églises, ce que Jésus constitue au début de son évangile, c’est la crèche des disciples. C’est-à-dire que Jésus est véritablement le centre du regard des disciples, et quand un disciple a découvert Jésus, il s’empresse de faire venir l’autre auprès de Dieu, non pas pour le garder pour lui, mais pour le renvoyer à Dieu.
La communauté chrétienne, la communauté des disciples, c’est la capacité que nous avons à désigner Dieu pour lui amener nos frères. C’est cela l’amour. Regardez bien, saint Jean-Baptiste ne se garde pas cette prérogative qui était que tout le monde pensait qu’il était le Messie. Il accepte de désigner Jésus à ses disciples et de les emmener pour qu’ils le rencontrent personnellement. Et quand ses disciples ont découvert que Jésus était le Fils de Dieu, ils continuent à faire découvrir Jésus à d’autres. Comment chacun est capable d’emmener chaque frère, chaque sœur qu’il rencontre au pied de la crèche, aux pieds du Christ. D’abord, ici, il a plus que trente ans, ce n’est plus un petit bébé, mais c’est la contemplation de Dieu.
Vous voyez, frères et sœurs, dans ce texte admirable de saint Jean, il nous est rappelé deux choses : aimons Dieu et j’ai envie de dire, c’est très facile, il y a des milliers de gens qui se targuent d’aimer Dieu et qui d’ailleurs pour vous expliquer qu’ils aiment Dieu, se permettent de tuer leurs frères et leurs sœurs, mais ce qui est beaucoup plus difficile, c’est de nous aimer les uns les autres. Or, comment Dieu nous demande-t-il de nous aimer les uns les autres ? C’est en acceptant de découvrir que même quand j’aime mon frère ce n’est même pas moi qui suis à l’origine de cet amour, mais c’est véritablement Dieu. C’est là que nous avons véritablement la pierre d’angle, la pierre de fondation à tout amour. Car, entre nous soit dit, il n’y a rien de plus miraculeux que le fonctionnement d’une communauté paroissiale. Comment se fait-il que des gens qui sur des tas de points n’ont rien à voir, soient capables de venir, de prier, de célébrer ? On n’est pas dans un club de philatélie, ou de je ne sais pas quoi, tous motivés par la même passion. C’est véritablement le Christ qui nous amène ici, et pas uniquement parce qu’on le veut bien. C’est la réponse de l’homme qui fait que nous venons à la messe, comme on le dit, mais en réalité, c’est le Christ qui nous y amène.
Frères et sœurs, en ce temps de Noël, que nous sachions à l’image de Jean-Baptiste, à l’image des disciples amener nos frères et nos sœurs au pied de la crèche, aux pieds de la communauté paroissiale, mieux, dans la communauté paroissiale pour qu’ils puissent vivre ce que saint Jean résume de la manière la plus laconique et la plus parfaite : Dieu est amour.
AMEN