L'AMOUR FRATERNEL
1 Jn 3, 11-17 ; Jn 1 35-42
(4 janvier 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Moissac : l'aigle de saint Jean
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a première épître de Jean pourrait nous laisser supposer lorsqu'on la lit d'une traite, qu'il y a une sorte de leitmotiv qui revient sans cesse, c'est celui du commandement de l'amour, de l'amour les uns pour les autres. Ce pourrait être la grande description de saint Jean sur l'amour. Et là, on a si souvent l'impression que ce qui se répète c'est qu'il n'y a pas grand-chose à dire et que parfois on peut penser que c'est une sorte d'amour mièvre dont parle saint Jean, cet amour qui sert quasiment de virgule à chaque phrase, ou à chaque idée que développe saint Jean.
Or, dans le court passage que nous avons entendu, à y regarder de près, saint Jean développe trois aspects de cet amour qui sont, me semble-t-il, d'une importance capitale. Pour lui, l'amour est une Pâque. Quand il dit : "Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, nous le savons parce que nous aimons nos frères". Le point de vue est très intéressant. D'abord parce que souvent on croit qu'on est chrétien parce qu'on a été baptisé. Or, le baptisé, effectivement, c'est bien celui qui vit la Pâque avec Jésus-Christ. Mais Saint Jean nous montre que le critère de discernement que nous sommes vraiment chrétiens, ou si vous préférez que nous sommes pascalisés, que nous sommes donc passés de la mort à la vie, c'est le critère de l'amour, et de l'amour pour notre frère. L'amour est une Pâque, parce que nous passons par nos frères pour comprendre ce que nous sommes nous-mêmes en régime chrétien, des êtres passés de la mort à la vie.
Deuxième aspect qui me semble important et fondamental, c'est le fait que l'amour est un don : "A ceci nous avons connu l'amour : "Celui-là a donné sa vie pour nous et nous devons nous aussi donner notre vie pour nos frères". Il s'agit donc d'un amour non pas tarte à la crème, mais bien d'un amour qui va jusqu'au bout, et l'amour est toujours de l'ordre du don. C'est-à-dire qu'on ne peut pas se reprendre. On ne peut pas passer en faisant semblant d'aimer, un peu comme ces gens qui disent : on aime tout le monde. Certes, tant que les gens ne me dérangent pas, je peux les aimer. Mais l'amour, c'est non seulement de passer par ses frères, mais de ne pas se réserver une quelconque part pour soi, de ne pas se mettre à l'abri. L'amour n'a pas peur, l'amour n'est pas un refuge, l'amour est un don. Autant dire que c'est une aventure.
Troisième aspect fondamental dans ce passage, c'est que l'amour est communion. "Si quelqu'un jouissant des biens de ce monde voit son frère dans la nécessité, et lui ferme ses entrailles (le mot est beau), comment l'amour de Dieu demeurerai il en lui ?" Un amour qui ne partage pas, un amour qui n'est pas compassion, un amour qui n'ouvre pas à la communion, n'est pas un véritable amour.
Voilà me semble-t-il, trois aspects qui devraient nous faire réfléchir dans notre quotidien. Comment au jour le jour, ce don, cet amour fondamental, cette vie de baptisé qui est la mienne se vérifie dans un amour qui est une Pâque, un amour qui est un don, et un amour qui est communion. Cela nous est laissé en témoignage et en héritage, non pas comme une chose vieille, mais comme la chose la plus nouvelle qui puisse arriver aux chrétiens, aimer, et découvrir ainsi sa vocation de baptisé, aimer et réaliser cette vocation de baptisé dans le don, aimer et voir le fruit de cet amour dans la communion.
AMEN