JUGER TON PROCHAIN
Jc 4, 8-12 ; Mc 11, 27-33
(20 juin 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN

Crépy-en-Valois : Saint Jacques
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ui es-tu pour juger ton prochain ?" nous rappelle l'apôtre saint Jacques. Or dans l'évangile, il semble bien que les grands-prêtres et les pharisiens posent justement une question à Jésus sur son autorité pour le juger. Ils veulent avoir un nouveau critère d'accusation. Au fond, ils veulent que le Christ leur dise clairement ce qu'eux-mêmes soupçonnent, et avec raison, c'est-à-dire que l'autorité du Christ vient de Dieu. Mais c'est pour pouvoir le juger. Et sans que le Christ ait répondu à la question, Il sera quand même jugé et condamné.
"Qui es-tu pour juger ton prochain ?" Il est vrai que bien souvent nous ne nous situons pas vis-à-vis des autres comme il le faudrait, mais avec des questions, avec un regard qui juge. Or saint Jacques nous le dit d'une façon très claire : "Si tu juges ton frère, tu juges la Loi, tu juges Dieu, car c'est Lui le seul législateur !" Saint Jacques nous propose une autre relation à créer et développer les uns avec les autres, la relation même que nous acceptons de développer avec Dieu. Et ici il rejoint ce que Jean dit de façon extrêmement claire :"Si tu n'aimes pas ton frère que tu vois alors que tu dis aimer Dieu que tu ne vois pas, tu es un menteur !" Or pour Saint Jean ce mensonge ce n'est pas une bagatelle quotidienne. Pour saint Jean, le mensonge, c'est le démon, ce sont les ténèbres, c'est l'anti-Christ c'est-à-dire c'est la division même que nous établissons entre Dieu et nous. Tant et si bien que nous avons quand même une mesure pour juger notre amour de Dieu qui est l'exacte mesure de notre amour ou de notre non amour pour les autres. Il n'y en a pas d'autre. C'est celle-là même que saint Jacques nous rappelle : "Vous n'aimerez Dieu que si vous aimez les autres. Et vous êtes assez connaisseurs de l'évangile pour, au lieu de passer votre temps à juger les autres, essayer de vous laisser juger par la Loi, c'est-à-dire purifier par la Loi, éclairer par la Loi. "Purifiez vos mains, sanctifiez vos cœurs, pécheurs ! Approchez-vous de Dieu et Il s'approchera de vous ! Humiliez-vous devant le Seigneur et Il vous élèvera !" Il vous élèvera c'est-à-dire Il vous mettra à la hauteur de vos frères, car vous-même, vous vous croyez beaucoup plus haut qu'eux en les jugeant. Mais en définitive, est-ce que vous n'êtes pas en train de vous abaisser justement en deçà de la Parole de Dieu quand vous prenez cette Parole de Dieu comme critère de jugement pour les autres ?
Que cette eucharistie où nous rencontrons le Christ vivant, le Dieu de la vérité, le Dieu de la miséricorde et de l'amour, puisse nous aider, au moins aujourd'hui, à vivre nos relations avec nos proches, avec nos frères, comme nous disons, vivre, comme nous voulons vivre notre relation avec Dieu. Comme je le dis souvent aux enfants du catéchisme et ils le comprennent très bien, peut-être parce que ce sont des enfants, nous n'avons qu'un seul cœur, un cœur pour aimer Dieu qui est le même pour aimer les autres, qui est le même pour s'aimer soi-même. Nous n'avons pas trois cœurs. Il n'y a pas de division en nous. C'est pour cela d'ailleurs que Jacques dit : "Vous êtes des gens à l'âme partagée" parce que vous êtes des gens qui vivez avec plusieurs cœurs, un pour Dieu, un pour les autres et un pour vous. C'est cela même, en nous, le résultat de toutes nos connivences de toutes nos complicités avec le péché.
Que Dieu, puisqu'Il nous donne son cœur de chair, réunifie notre propre cœur de chair afin que notre amour pour Lui, pour les autres et pour nous-même soit exactement le même, c'est-à-dire le sien pour nous.
AMEN