VOUS TUEZ !
Jc 4, 1-3 ; Mc 11, 11-25
(18 juin 1990)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Colonne Trajane : L'armée romaine
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e passage s'adresse à une communauté chrétienne sans doute marquée par ses origines juives. Saint Jacques essaie de répondre à des difficultés provenant de dissensions, de rivalités ou de jalousies. On pense que lorsque saint Jacques dit : "Vous tuez !" il s'agit là d'une image et non d'une communauté où l'on s'entre déchirait jusqu'à la mort. On pouvait s'attendre à ce que Jacques dise : un peu de discipline, soyez plus tranquilles. En réalité il explique les choses autrement.
"D'où viennent les guerres ? D'où viennent les batailles parmi vous ? C'est à cause des passions qui combattent dans vos membres." Donc les difficultés de relations viennent des difficultés intérieures. "Ce sont les passions qui combattent dans vos membres et cela provoque les tensions entre les membres de l'Église. Toute cette désunion à l'intérieur de la communauté vient de ce que ses membres ne sont pas unifiés à l'intérieur d'eux-mêmes". Et saint Jacques poursuit : "Vous convoitez et ne possédez pas, alors vous tuez !" La distorsion intérieure vient du désir de possession. Vous préférez détruire ce qui existe.
C'est extrêmement profond du point de vue de l'analyse du cœur humain. Quand le cœur humain ne peut pas posséder, à la limite, il préférerait que les choses n'existent plus. C'est une analyse extrêmement profonde du péché. Quand je ne peux pas posséder, quand je ne peux pas maîtriser, je préfère que cela n'existe plus. C'est tout à fait étonnant de rencontrer sous la plume d'un auteur du premier siècle une vision du cœur humain aussi fine et aussi suggestive pour nous. Car c'est bien là une des racines profondes du péché. Le péché est une perversion des passions. Le fait que notre cœur soit en mouvement, c'est normal. Mais que notre cœur s'attache tellement que s'il ne peut posséder il préfère que les choses soient détruites c'est la racine même du mal. Plutôt détruire que ne pas posséder C'est bien d'ailleurs une des grandes logiques de la guerre. A partir du moment où la possession, la maîtrise de l'autre n'est pas possible, on préfère le détruire.
Saint Jacques poursuit : "Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas !" Il commence à retourner le mouvement. Vous ne savez pas vraiment ce qu'il faut demander. Au lieu de se perdre dans une économie de la possession qui veut mettre la main sur les réalités recherchées, il faut demander à Dieu et demander bien. Car à certains moments, on est capable d'utiliser notre prière aux fins de notre propre possession. Il faut demander la seule chose qui soit à demander c'est-à-dire l'amour de Dieu.
Vous voyez comment dans ce petit texte très simple, quelques petites phrases simples qui s'enchaînent avec une simplicité étonnante, c'est toute une vision de l'homme et du chrétien qui nous est exposée. Cet homme qui, dans le déchaînement de ses désirs et de ses passions, préfère la destruction que la possession manquée et de l'autre côté cet homme qui se laisse ouvrir à une véritable attitude de demande, non plus de possession mais de réception, et se trouve alors prêt à recevoir la grâce qui n'est en aucun cas le fruit d'une conquête.
Cela transforme complètement notre vision de la vie spirituelle. La vie spirituelle n'est pas une conquête. On peut appliquer ce texte non pas à des batailles mais à la vie intérieure. Si nous concevons notre vie intérieure comme une conquête, comme le fait de nous maîtriser, comme le fait de nous posséder nous-mêmes, ce qui est souvent une énorme tentation, nous risquons à tout moment de nous perdre et de préférer nous voir détruire nous-même plutôt que de ne pas être conforme à l'image que nous nous sommes fait de nous-même ce qui est un redoutable péché dans notre cœur. Et saint Jacques nous dit : à partir du moment où vous avez le cœur prêt à recevoir et non pas à conquérir, il est certain que Dieu vous donnera sa grâce.
AMEN