NOTRE CITÉ EST DANS LE CIEL !

Ph 3, 17 – 4, 1 ; Mc 8, 22-26

(29 mai 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Cité de la terre, Jérusalem

F

rères et sœurs, après avoir évoqué dans les passages précédents de l'épître aux Philippiens sa vie spirituelle personnelle, Paul qui a expliqué que toute la vie spirituelle avec le Christ était comme ce mouvement de l'athlète qui s'élance pour saisir la borne à la fin de la course, ici Paul va en tirer les conséquences pour les Philippiens. Il leur donne quelques consignes très simples : "Soyez mes imitateurs". On pourrait penser que Paul devrait dire : soyez les imitateurs du Christ, cela serait une référence sûre. Là, bizarrement, il dit : soyez "mes" imitateurs. La manière dont Paul veut essayer de convaincre les Philippiens, c'est qu'il veut leur montrer que l'expérience spirituelle dont il vient de parler c'est l'expérience spirituelle qu'eux aussi doivent faire pour avoir cette relation au Christ, c'est-à-dire ce mouvement ultime de l'athlète qui veut aller à la rencontre du but de la course.

Du coup, après avoir dit cela et s'être plaint de ceux qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ, il conclut par un tout petit passage : "Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d'où nous attendons ardemment comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ". Ce tout petit texte qui fait allusion à la cité qui se trouve dans les cieux, est très important. Pourquoi ? Lorsque Jésus parle de la fin des temps, il en parle comme d'un banquet. La manière de se représenter la fin des temps dans la tradition juive, c'est le banquet. Paul qui devait connaître cette tradition et qui savait que c'était un des thèmes volontiers prêché pour expliquer la fin des temps, n'a pas voulu s'y rallier. Est-ce parce qu'il considérait parce que cela pouvait être ambigu vis-à-vis des autres repas sacrificiels que l'on voyait faire aux païens autour d'eux, ce n'est pas impossible.

En revanche, Paul prend une référence qui elle n'est pas tellement évangélique et qui est la référence de la cité. Il explique que le but du monde ce n'est pas l'image du banquet qui la figure le mieux pour les Philippiens d'origine païenne, c'est la cité. La cité est la cohésion d'un peuple dans une structure à la fois architecturale dans les rues et l'agora de la cité, et aussi la structure politique, c'est-à-dire la cohésion des gens qui forment la cité. C'est nouveau dans la manière dont Paul présente la vie future comme la vie d'une cité. Par la suite, dans l'Apocalypse, saint Jean reprendra cette méditation sur l'avènement du Royaume comme une cité, Jérusalem.

Cela nous aide à comprendre que ce soit l'image de la ville, du repas, dans les deux cas, la fin des temps n'est pas envisagée comme individuelle, il dit : nous serons heureux ensemble là-haut. Il donne aux Philippiens la référence idéale de la cité comme étant capable d'organiser des fêtes, des mouvements de vie commune intense. C'est une eschatologie collective. Il n'y a de Royaume de Dieu que dans la joie de tous partagée par tous. Et autre élément, il en parle au présent. Il ne dit pas : notre cité "se trouvera" dans les cieux, mais il dit : notre cité est dans les cieux. Là, Paul affirme clairement que la fin des temps est déjà commencée puisque déjà nous appartenons à cette cité. Chez les anciens, il faut bien comprendre qu'il n'y a rien de plus essentiel que le lien civique. C'est beaucoup plus que le passeport et la carte d'identité. C'est le lien concret qui unit chaque membre de la cité à tous les autres. Il n'y a pas pire châtiment dans le monde antique que le bannissement. Bannir quelqu'un de la société de la cité, c'est quasiment le vouer à une mort honteuse et lente puisque la cité la renié.

Ici, c'est exactement ce que saint Paul veut suggérer aux Philippiens. Il leur dit : notre cité, à partir du moment où nous sommes baptisés nous vivons la vie de l'Église ici-bas sur la terre, nous appartenons déjà à la cité des cieux. C'est un des thèmes assez fondamentaux qui va se développer dans la théologie chrétienne. Quand le Concile Vatican II a parlé de la liturgie, il a dit que la liturgie céleste descendait dans la liturgie terrestre que nous célébrons à chaque eucharistie. Le Concile voulait par là, en s'inspirant du passage que nous venons de lire, dire que la célébration eucharistique était déjà la célébration de la cité sainte. C'est la cité céleste qui vient sur terre pour nous engager et nous faire prendre place dans la fête de la cité sainte, même si nous sommes encore sur terre.

Les premiers auteurs chrétiens ont réfléchi de manière très profonde sur le rapport de ce que nous vivons déjà et de ce qui est notre avenir, des réalités ultimes du Royaume de Dieu. Cela peut encore nous inspirer très largement aujourd'hui quand nous célébrons l'eucharistie, même si notre assemblée semble bien modeste, mais c'est déjà la présence de la liturgie céleste au milieu de nous, la présence de la cité de Dieu au milieu de la cité de la terre, de cette petite cité que nous formons lorsque nous nous rassemblons dans cette église.

 

AMEN