QUE LE CHRIST SOIT GLORIFIÉ EN MOI ! 

Ph 1, 20-25 ; Mt 23, 13-22

(6 septembre 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Chardon bleu

L

 

'épître de saint Paul aux Philippiens est une de celles où apparaît avec le plus de spontanéité le cœur de saint Paul. L'Église de Philippes lui était particulièrement chère et cette lettre ne porte aucun reproche particulier. Sans doute cette Église a-t-elle été toujours paisible et stable dans la foi de telle sorte que Paul se sent à l'aise avec les Philippiens et peut librement laisser son cœur s'ouvrir et s'épancher.

Le passage que nous avons lu souligne un des thèmes fondamentaux de l'épître qui est l'identification du chrétien, et plus particulièrement de saint Paul puisqu'il parle de lui, avec le Christ. "L'attente de mon ardent espoir c'est que le Christ soit glorifié en moi." Plus précisément il dit "glorifié en mon corps" manifestant bien que sa personne qu'il offre au Christ pour que le Christ y habite, ce n'est pas seulement une part spirituelle de lui-même mais c'est son être tout entier, sa chair aussi bien que son esprit sont la demeure du Christ et le lieu où se manifeste la gloire du Christ.

Puis saint Paul parle de la vie et de la mort, le Christ devant être glorifié en son corps "soit que je vive, soit que je meure." Pour saint Paul qu'est-ce que la vie sur cette terre, qu'est-ce que la mort ? Pour saint Paul la mort c'est le Christ. D'ailleurs cette mort est pour lui la vie véritable. "Mourir m'est un gain parce que grand est mon désir d'être avec le Christ, et cela serait de beaucoup préférable." Pour saint Paul, pour un chrétien la mort n'est pas un accident dramatique, ce n'est pas l'interruption de la vie, ce n'est pas la fin de toute chose. La mort, c'est le Christ. La mort c'est être avec le Christ. La mort c'est l'objet de son désir parce que c'est la vie véritable qui va entièrement transfigurer ce corps et cette âme par la présence de la gloire du Christ en lui. Et l'on sent que son désir, son attente sont remplis d'un grand élan vers cette rencontre avec le Christ qui est, pour lui, la signification de la mort.

Alors, est-ce que la vie sur cette terre ne serait qu'un long délai, une attente impatiente, un moment difficile à subir ? Point du tout. La vie sur cette terre est une autre forme de la présence du Christ, une autre forme de l'amour, c'est se donner à ses frères. "Demeurer dans la chair" (n'entendez pas que par la mort le Christ cessera d'avoir une chair car dans le langage paulinien cela veut dire demeurer sur la terre) est urgent pour votre bien." Saint Paul se sent appelé par un désir urgent qui le fait brûler à cause des Églises de Dieu, à cause de ses frères. "Qui est dans la joie sans que je me réjouisse avec lui, qui est dans l'épreuve sans que je brûle avec lui ?" dit-il aux Corinthiens. Par conséquent vivre sur cette terre c'est être dévoré par le même amour, non pas peut-être dans la même paix que le Christ nous donne après la mort, non pas peut-être dans la même plénitude de gloire, mais avec la même intensité de vie, la même intensité d'amour qui se consacre à ses frères pour leur venir en aide et leur apporter son soutien.

Nous n'avons peut-être pas l'habitude de considérer notre vie sur la terre et notre mort, la vie dans le paradis, sous cet angle-là. Souvent, quand nous pensons à la mort et à la vie c'est comme à un séjour bien agréable pour nous sur cette terre et à la crainte de perdre ce séjour sur la terre, ou bien quelquefois comme le fardeau des soucis et des épreuves et le désir d'en être débarrassé. Saint Paul ne prend ni l'une, ni l'autre de ces perspectives. La vie n'est ni une charge dont il faudrait se débarrasser ni un plaisir auquel il faudrait s'attacher de toutes ses forces. La vie véritable c'est l'union au Christ, mais cette union au Christ, dès maintenant, est vécue en participant à cet amour du Christ pour nos frères, en nous sentant envoyés les uns aux autres par le Christ et comme Lui.

Alors essayons d'envisager notre vie sur la terre, et par conséquent aussi notre départ de cette terre et notre vie véritable qui sera l'épanouissement de la vie avec le Christ, essayons de les envisager comme saint Paul sous cet angle de l'amour, sous cet angle du désir, sous cet angle de la présence du Christ en nous, sous cet angle de notre présence à nos frères et non pas sous l'angle un peu égoïste du plaisir ou des épreuves que nous traversons ici-bas et auxquels nous avons envie de nous attacher ou, au contraire, d'en être débarrassés.

 

AMEN