UNE SAINTETÉ JOYEUSE 

Ph 4, 4-9 ; Lc 6, 43-45

(26 mai 1989)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Réjouissez-vous !

S

 

aint Philippe Néri était un drôle de saint au sens le plus exact du terme parce que c'était un saint drôle. Il aimait les plaisanteries et pour éviter d'avoir en public trop d'extases, quand il célébrait la messe, il avait toujours un petit chien entre ses jambes pour l'empêcher de "monter au ciel". Quand des personnes pieuses se pressaient à ses sermons, il faisait exprès de bégayer afin que ces personnes soient ramenées de l'admiration du prédicateur à la recherche du seul visage de Dieu.

C'était un saint jeune, passionné pour les jeunes de Rome et surtout les jeunes de milieu populaire. Il a essayé de les rassembler autour de quelque chose qui les intéresserait. Aujourd'hui on aurait inventé les patronages, lui il avait inventé les oratoires qui étaient à la fois des lieux de prière et des lieux de culture où l'on chantait et où l'on composait de très belles mélodies, des oratorio, dont certains sont célèbres dans l'histoire de la musique. Inlassablement Saint Philippe évangélisait et catéchisait les enfants, il s'occupait des malades, des pauvres, laissant à travers toute la ville de Rome comme une trace de joie.

C'est pourquoi nous avons lu ce texte de saint Paul dans l'épître aux Philippiens : "Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur !" Saint Philippe Néri nous invite à réfléchir sur la joie, la joie chrétienne, la joie qui ne vient pas simplement de ce qu'on est bien dans sa peau ou de ce qu'on est content, mais la joie qui vient de Dieu Lui-même. Et c'est pourquoi cette joie peut demeurer au plus profond de notre cœur, même dans les moments de détresse que saint Philippe Néri a connu, lui aussi, sans perdre pour autant la joie.

Saint Paul dit : "Réjouissez-vous, le Seigneur est proche !" C'est cela la raison d'être de notre joie. Le Seigneur est proche. Proche non pas seulement parce qu'Il va revenir à la fin du monde ou à la fin de notre monde personnel, à la fin de notre vie, mais parce qu'Il est proche maintenant, aujourd'hui, à tout instant. Le Seigneur est à la porte de notre cœur, à la porte de notre vie. Le Seigneur est plus intime à nous-même que nous ne le sommes nous-mêmes. "Il est plus moi que moi-même !"dit Paul ailleurs. Et "ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Christ qui vit en moi !" C'est pour cela que nous sommes joyeux.

C'est pour cela que, quoi qu'il arrive, nous ne devons pas entretenir de soucis. Les soucis consistent à se rendre en difficulté parce que telle épreuve, tel problème, telle complication s'impose à nous et que nous voulons les résoudre par nos propres moyens et nos propres forces. Mais si le Seigneur est proche, si le Seigneur est là à la porte de notre cœur, nous pouvons avoir confiance en Lui, parce que ce qui est souci pour nous est aussi souci pour Lui. Et ce qui nous fait de la peine, ce qui est pour nous une épreuve est une épreuve pour Lui, car le cœur du Christ est un cœur proche. Le Seigneur partage nos épreuves, partage nos inquiétudes. Il les fait siennes, Il les prend sur Lui.

C'est pourquoi, dit saint Paul, "quoi qu'il arrive, recourez à l'oraison, à la prière pénétrée d'action de grâces pour présenter vos requêtes à Dieu." Quels que soient nos soucis, nos épreuves et nos difficultés, présentons ces soucis, ces épreuves, ces difficultés à Dieu, comme une requête déjà pénétrée d'action de grâces. Car déjà dans la prière dans l'oraison, nous expérimentons à quel point le Seigneur est proche et à quel point ce qui est pour nous souci est déjà résolu par Lui qui le prend dans son cœur. C'est pourquoi nous pouvons déjà lui rendre grâces. Lui rendre grâce du moins d'être là avec nous, de nous prendre par la main et de marcher à nos côtés sur cette route qui est une route d'épreuve, mais qui, à cause de sa présence, est aussi une route de joie.

"Alors la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus.” Que saint Philippe Néri nous apprenne à fonder notre joie à ce niveau-là, non pas une joie facile, superficielle. Non pas une joie purement sensible et affective, mais une joie profonde, une joie enracinée en Dieu car Dieu ne nous décevra jamais et tout ce qui est dans notre cœur est déjà dans le cœur de Dieu. Nous pouvons donc avoir en Lui cette confiance apaisée.

 

AMEN