LA DYNAMIQUE DE LA VIE CHRÉTIENNE 

Ph 3, 8-14 ; Mc 8, 11-21

(28 mai 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Fleurs de mûrier

F

 

rères et sœurs, le passage de l'épître aux Philippiens que nous écoutions tout à l'heure est un des plus beaux textes de Paul, un de ceux où le fond de son cœur apparaît comme aussi je pense, le fond de notre foi et de notre vie chrétienne. Essentiellement, Paul dit ceci: "Je m'efforce de saisir, ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus".

C'est toute la dynamique de la vie chrétienne qui est contenue dans cette phrase. D'abord fondamentalement, "nous avons été saisis". Dieu nous a saisis, c'est-à-dire, pris en, mais, son amour est venu au-devant de nous, Il nous a emportés avec Lui. Il ne nous emporte pas comme un objet inerte, Il nous introduit dans cette dynamique, dans cet élan, dans ce mouvement, afin que ayant été saisis par sa main saisis dans ses bras, saisis dans tout l'élan de sa vie, nous nous efforçons de saisir à notre tour, de nous emparer en quelque sorte du Christ, de sa vie, de sa Résurrection, car saint Paul le dit : "Je m'efforce de saisir, de le connaître Lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, devenant conforme à Lui dans sa mort, pour parvenir si possible à ressusciter d'entre les morts". Saisir le Christ, être saisis par Lui, c'est être pris dans ce mouvement de la Pâque du Christ, ce mouvement qui nous arrache à une vie qui ne peut que mourir, pour nous entraîner jusqu'à sa Résurrection. "Non, frères, je ne me flatte point d'avoir déjà saisi, je dis seulement ceci, oubliant le chemin parcouru je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir là-haut, dans le Christ Jésus". Ce prix, c'est la participation la Résurrection du Christ, à la vie du Christ, à la vie du Père, du Fils et de l'Esprit, c'est poursuivre notre course jusqu'à cet accomplissement de tout notre être. Pour cela, il faut nous dit Paul, oublier le chemin parcouru, accepter de communier aux souffrances du Christ, de mourir avec Lui, de mourir à toutes choses, de nous détacher, saint Paul va jusqu'à dire : "tout considérer comme rebut, comme déchet", pour gagner le Christ. Non pas le gagner par nos propres forces, mais être trouvé en Lui, non pas en vertu de notre propre justice, nos propres mérites, de nos propres efforts, non pas selon la sainteté qui viendrait de l'observance de la loi, mais par cette foi au Christ qui nous fait adhérer à Lui et recevoir de lui, toute grâce.

Frères et sœurs, cet élan de notre vie chrétienne ne vient pas de nous, il vient de Dieu qui nous a saisis, qui nous attire, qui nous prend par la main, qui nous conduit jusqu'à sa propre vie, qui nous conduit jusqu'à l'accomplissement de ce que nous sommes, devenir participants de la vie divine, du bonheur de Dieu. Cela devrait être l'élan suffisant qui traverse toute notre vie, qui la transforme de fond en comble, qui fait que toute chose, non pas disparaisse, mais perde de leur valeur en fonction de ce gain suréminent qui est celui de la vie et de la participation à Dieu et à son bonheur.

Que nous acceptions ainsi de perdre toutes choses, de nous laisser emporter par Dieu vers ce que nous ne connaissons pas encore, afin que nous puisions parvenir à l'accomplissement de son dessein qui est aussi l'accomplissement de tout nous-mêmes, devenir participants du bonheur et de la vie de Dieu et de la Résurrection du Christ.

 

AMEN