PAUL, LE DOUANIER - CONTREBANDIER !
Ph 3, 1-7 ; Mc 8, 1-10
(27 mai 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

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lusieurs fois saint Paul dans le Nouveau Testament, dans les Actes des apôtres deux fois, dans l'épître aux Philippiens encore aujourd'hui, nous place devant son expérience de Dieu, nous place devant ce qui lui est arrivé. Quand il s'agit de défendre la grâce, quand il s'agit de se poser en apologète de la grâce, il est toujours là pour rappeler qu'il a tellement mis sa confiance dans la Loi, qu'il a été tellement loin dans l'amour de cette Loi, qu'aujourd'hui, il peut vraiment être témoin de la grâce. Paul, il est arrivé un peu tard dans cette affaire. C'est comme s'il avait loupé le train parce qu'il n'a pas suivi ce noviciat avec Jésus pendant la vie publique, il n'a pas partagé cette expérience absolument unique et radicale de vivre ainsi avec le Christ sur terre, de monter dans la barque avec Lui, de recueillir les moindres paroles qu'Il pouvait dire, les moindres gestes qu'il pouvait partager. Et Paul s'il a loupé le train a été rejoint, il a été saisi, comme s'il avait pris son cheval, et désarçonné de son cheval.
La sagesse populaire dit que c'est avec les contrebandiers que l'on fait les meilleurs douaniers. C'est avec ceux qui connaissent les derniers replis de la montagne, ceux qui connaissent les dernières criques cachées pour pouvoir se faufiler entre les bateaux des douaniers, c'est ceux qui ont cette audace, c'est ceux qui ont cette espèce d'intelligence pour savoir jouer au chat et à la souris, ce sont les contrebandiers les plus performants qui ont fait les meilleurs douaniers, parce qu'ils connaissent justement tous ces trucs pour passer en fraude de la marchandise. C'est la sagesse populaire qui dit cela.
Mais l'histoire d'un converti comme saint Paul, qui a été retourné comme on retourne un gant, vraiment retourné comme un crêpe, renverse aussi cette proposition de la sagesse populaire, comme en fait souvent, les convertis renversent un peu les choses qui seraient simplement de l'ordre d'un sagesse humaine, parce qu'ils ont été eux-mêmes renversés. Donc, c'est avec les douaniers qu'on fait les meilleurs contrebandiers. Paul était le type même du douanier, le type même dans sa foi, persécuteur de l'Église, il n'y a pas seulement un intégriste qui se bat pour des questions de latin ou de dentelles, mais vraiment un persécuteur, c'est-à-dire quelqu'un qui avait des lettres de mission pour aller torturer les chrétiens. C'est donc quelqu'un qui avait dans toute sa structure psychologique, une espèce de frontière entre ceux qui devaient recevoir la grâce puisqu'ils obéissaient à la Loi, et les autres. Donc, c'était un persécuteur, qui avait dans toute sa vie, marqué très fortement : là on ne passe pas, parce qu'on ne passera que par la Loi, on ne passera que par la circoncision. C'est vraiment le douanier du ciel, celui qui marque les frontières nettes et tranchées. Quand Dieu touche son cœur, quand Dieu le renverse sur son chemin de Damas, quand Dieu lui fait perdre les pédales ou le désarçonne, il devient le contrebandier. Donc, c'est la conversion du douanier qui devient contrebandier ! Conversion de celui qui a tellement marqué les frontières que maintenant, il peut les sauter avec beaucoup plus d'aisance. Voilà ce que Dieu a opéré, puisque saint Paul est vraiment le chantre de la grâce, le chantre de l'abolition des frontières, "il n'y a plus ni juifs, ni grecs, " c'est la grâce qui opère tout en tous, c'est le chantre de la grâce et celui qui a reçu dans sa vie, comme mission, d'abattre les frontières, lui qui de douanier qu'il était, est devenu contrebandier de la grâce.
Nous qui sommes des contrebandiers, nous qui avons tout reçu par grâce, ne commençons pas à remettre des frontières, ne faisons pas le chemin inverse que celui que Dieu a fait pour Paul, lui qui, circoncis dès le huitième jour, persécuteur de l'Église, mais tous ces avantages qu'il tient pour des désavantages à cause de la connaissance du Christ.
AMEN