LA TOUTE PUISSANCE
Ph 1, 20-25 ; Mc 6, 45-56
(23 mai 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Asphodèle : force et puissance
|
D |
ieu est-Il tout-puissant ? Ou l'est-Il simplement pour Lui ? Dans l'histoire de notre foi, un moment important est celui où nous continuerons à penser que Dieu est tout-puissant et que cependant, nous ne sommes pas totalement protégés, à cause de la maladie, les évènements, la vieillesse, tout ce qui par ses formes les plus sournoises et les plus habituelles et ordinaires de la vie humaine, la souffrance et la mort s'approchent de nous. L'enfant s'appuie avec une totale confiance, un aveuglement, sur la toute-puissance de ses parents. De même notre foi, dans sa jeunesse, dans sa genèse, s'est appuyée sur la toute-puissance de Dieu jusqu'au jour où elle s'est trouvée mise à l'épreuve par un évènement où nous avons eu l'impression que Dieu s'était absenté et qu'il n'avait pas exercé la toute-puissance que nous lui pensions.
Je ne sais pas si vous étiez comme moi, je pensais, et je le pense toujours un petit peu d'ailleurs, parce que nous avons toujours des résidus de croyances infantiles qui fonctionnent à l'intérieur, qui sont des sortes de petits paravents, je pensais que j'avais une étoile dans le ciel, (je le pense toujours, en vieillissant, je ne pense pas que j'aurai vraiment une star), au fond, nous avons tous des petites croyances comme ça, je vous dis la mienne pour vous éviter de vous confesser la vôtre, qui est tout aussi mesquine et petite que la mienne. Quelqu'un qui est petit me disait ce matin, je suis petit, parce que je suis tellement méchant, si j'étais grand, je serais très violent et très dangereux, c'est un monsieur d'un certain âge. Donc, nous avons tous en nous des petites croyances qui sont comme un réseau de superstitions qui ne sont pas travaillées, et qui reposent sur ces anciens principes de toute puissance de l'autre ou de nous.
En fait, dans notre foi avec Dieu, nous avons à quitter Dieu pour Dieu, ou à accuser Dieu pour changer de Dieu, non pas pour le quitter, mais pour changer de foi en Lui. Il nous faut à la fois croire en sa toute puissance et croire que nous ne sommes pas pour autant invincibles dans notre manière à nous. Les évènements peuvent se déchaîner à l'extérieur de notre vie, comme la mer qui se déchaîne sous la barque des apôtres ou à l'intérieur même de la barque. Et Jésus vint vers eux, mais Il est confondu avec quelque chose qui ajoute à l'effroi, Il est confondu avec un fantôme. Au fond, quand Dieu s'avance, Il ne vient pas d'abord comme une force rassurante, Il ajoute à l'effroi des apôtres. Ils ont de plus en plus peur, parce que non seulement ils rament contre le courant et ils n'y arrivent pas, et en plus dans ce déchaînement d'eau et de faiblesse, vient un fantôme qui marche sur les eaux. L'évangile n'est jamais sécurisant, il n'est pas rassurant. Jésus monte dans la barque, mais entre le moment où Il est monté et le moment où ils commencent à l'apercevoir à la cime des vagues, il y a eu un moment de transformation. Je crois que ce moment est à l'image de notre propre foi en Dieu, elle n'est pas une garantie totale, que rien de mauvais nous arrivera. C'est pour cela que lorsqu'on dit : "Je crois en Dieu le Père tout-puissant", ce sont des mots difficiles et que nous investissons d'une croyance un peu infantile et qu'il nous fait retravailler ce "tout-puissant" pour comprendre à quel point nous pourrions tellement être déçus de Dieu.
Frères et sœurs, notre foi où Dieu Lui-même ne garantit pas une sorte de vie sans épreuve, et Dieu Lui-même nous apparaissant comme un élément d'effroi, au fond, Il est présent à l'intérieur de notre vie d'une manière peut-être plus cachée, plus voilée. C'est vrai qu'il réserve cette épreuve aux apôtres, ce n'est pas une épreuve qu'il a offerte aux autres, à qui Il avait proposé la multiplication des pains et des poissons. C'est ainsi ! C'est ainsi que le Seigneur nous fait travailler notre relation avec Lui, pour que nous ne soyons pas démissionnaires de nous-mêmes. La relation avec Dieu ne se conjugue pas avec la démission de nous-mêmes.
AMEN