L'ÉCOUTE DE LA PAROLE DE DIEU

Ep 3, 14-21 ; Jn 15-21

(1er juin 1985)

Homélie de Jean BOLOMEY

Lecture de la Parole

D

 

e bien des manières, ce temps de Pâques est le temps de la surabondance de Dieu. C'est vrai particulièrement aujourd'hui, à propos des textes bibliques qui nous ont été servis à la table de la Parole. Saint Jean est ce disciple bien-aimé qui s'est abreuvé à la source du Seigneur lorsqu'il reposait sa tête sur son sein. Et ce qu'il a reçu, il l'a médité durant toute sa vie, de sorte que lorsqu'il nous parle de l'amour de Dieu, il nous fait des ouvertures dans ce qu'il y a de plus profond du cœur de Dieu.

Et l'apôtre Paul, n'est-il pas cet homme passionné pour Dieu et pour son Eglise, dont la passion n'a d'égale que la pressante invitation qu'il nous fait d'entrer dans ce mouvement de conversion ? On regrette de n'avoir que quelques minutes pour méditer ces paroles, et combien nous devrions les reprendre longuement pour les faire entrer en nous, et peut-être les prendre un peu au pied de la lettre, de sorte que notre vie en soit dynamisée.

Rassemblés ici, qui que nous soyons, nous sommes des gens ordinaires, du moins tout le laisse croire. Chacun de nous sûrement a son tempérament personnel, ses talents et ses faiblesses propres. Néanmoins on peut dire, sans risque de se tromper beaucoup que personne d'entre nous ne restera longtemps dans la mémoire des hommes. A réfléchir sur cela, on risquerait de conclure que, puisque nous sommes des gens ordinaires, nous avons à calquer notre vie sur ce qui se fait autour de nous et que nous n'avons pas à chercher après tout à mener une vie plus remarquable que les autres. Nous sommes des gens ordinaires, certes, et pourtant, chacun de nous personnellement et ensemble, nous sommes invités à entrer dans une destinée exceptionnelle. Et c'est peut-être bien, précisément parce que nous perdons de vue, parce que les chrétiens perdent de vue la grandeur de leur vocation, que notre vie, la vie de l'Église devient terne, fade, médiocre, et que nous ne pouvons plus être ce sel de la terre et cette lumière du monde que le Seigneur attend que nous soyons.

Écoutons saint Paul demander à Dieu de nous faire entrer dans une vie qui pulvérise nos limites, nos faiblesses, nos peurs. Il nous souhaite rien de moins que d'être les hôtes de Dieu, les hôtes aux deux sens du terme, c'est-à-dire que nous allons recevoir, en nous, Dieu avec tout son amour et toute sa puissance, et que nous-mêmes, nous allons être transportés, en esprit, dans ce cœur de Dieu où, si l'on peut dire, la Trinité s'enracine elle même. Si nous entrons dans cette perspective que nous propose saint Paul nous devons être convaincus que, quelle que soit notre faiblesse naturelle et notre inclination au péché, nous devons être convaincus que nous détenons en nous, quelque chose de la puissance de Dieu. Cette puissance de Dieu, en nous, dit saint Paul, est capable de réaliser bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer ou concevoir, bien au-delà.

Mais comment prendre un peu la mesure de cette puissance ? Vous avez remarqué peut-être que la passation des pouvoirs entre l'ancien et le nouveau président de la république a consisté essentiellement dans la transmission du code atomique, du dispositif de mise à feu des ogives nucléaires. Il paraît que le président doit porter ce dispositif constamment sur lui autour du cou. Belle médaille en vérité qui lui permet de déclencher un embrasement général qui par ricochet serait capable de faire sauter la planète.

Si la puissance de Dieu est capable de réaliser en nous bien au-delà de ce que nous pourrions concevoir, nous devons croire que, dans chaque baptisé, la puissance de Dieu est capable de s'opposer victorieusement à toutes ces forces terrifiantes du mal, en action ou encore endormies.

Voilà, frères et sœurs, quelle est notre vocation, quelle est notre grandeur, quelle est notre dignité ? Combien il est important que chacun de nous, et tous ensemble, nous nous sachions investis, dans notre humilité d'une telle responsabilité et d'un tel pouvoir, service de l'amour. De nous-mêmes, nous sommes incapables de faire quoi que ce soit. Mais voici que Jésus a répandu sur nous son Esprit, dans lequel Il nous a fondés et Il nous a justifiés. Et nous pouvons nous écrier avec Saint Paul : "Je puis tout, en Celui qui me justifie".

Après avoir été nourris à la table de la Parole, voici que se présente un autre signe, un autre geste, une autre démarche de notre justification puisque nous sommes invités à la table du festin des Noces de l'Agneau, à la table de la louange, à la table de l'eucharistie. De même que nos pauvres mots humains n'ont pas été jugés indignes par Dieu, d'être porteurs de sa Bonne Nouvelle, de même les humbles produits de notre terre et de notre labeur, sont rendus capables de nous signifier et de nous rendre présent Dieu dans tout Lui-même, dans toute sa puissance et dans tout son amour. Empressons-nous de répondre à cette invitation, de sorte que la joie soit dans le cœur de Dieu.

 

AMEN