DES FRUITS DE CHARITÉ
Ga 2, 1-14; Lc 13, 1-9
(3 août 2009)
Homélie du Frère Serge JAUNET

Pierre et Paul
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n écoutant la lecture de cette lettre de saint Paul aux Galates, on se rend compte combien dans l'Église primitive, sitôt le départ du Seigneur à l'Ascension, combien les querelles sont nées, des oppositions se sont manifestées entre les apôtres eux-mêmes pour savoir comment il fallait vivre au mieux cet évangile que le Seigneur leur avait laissé. Fallait-il, puisque le Christ était juif et qu'Il avait été donné au monde par le peuple juif, fallait-il que tous ceux qui le suivraient désormais pratiquent, eux aussi, les rites juifs ? Fallait-il que les hommes se fassent circoncire, entrer dans ce rite essentiel de la religion et de la foi juive qui manifeste, au plus intime du corps d'un homme, cette alliance que Dieu a scellée avec l'humanité ? Et Pierre, Paul et Jacques de s'opposer et de n'être pas d'accord. Dans la lettre aux Galates, Paul dit qu'il a dû déclarer ouvertement à Pierre qu'il avait eu tort de vouloir imposer les pratiques juives aux grecs qui se convertissaient.
Cela nous rassure, d'ailleurs, pour notre propre Église quand des chrétiens, des prêtres s'opposent ou que les évêques s'opposent. Tout cela peut quelquefois être légitime car la voie à suivre n'est pas toujours aussi claire en matière rituelle ou en matière de pratique. Et pourtant, en ne retenant de cette opposition entre Pierre et Paul que ces querelles, nous oublions la plupart du temps une toute petite phrase que nous dit saint Paul et qui est d'une importance capitale, à la suite du Christ, pour la vie de son Église, pour la venue de son Royaume en ce monde. Paul dit : "Il fut conclu qu'on n'imposerait pas le rituel juif à ceux qui se convertiraient. On nous demandait simplement de songer aux pauvres, ce que j'ai toujours eu à cœur de faire."
Dans notre Église d'aujourd'hui, comme dans celle de Pierre et de Paul, tout n'est pas affaire de pratiques extérieures, et rituelles et liturgiques, choses fort importantes du reste, mais ce n'est pas le tout. Le plus important, à la demande même du Seigneur, c'est l'attention aux pauvres, c'est l'attention à l'autre, c'est l'amour vécu concrètement, avec ceux qui sont proches de nous comme ceux qui sont loin. Vous le savez, la pauvreté a bien des visages. Ce ne sont pas seulement ces images stéréotypées du misérable qui demande un morceau de pain ou quelque aide financière, ce que, après tout, on a vite fait de lui donner. Mais il y a tant de pauvres tout proches de nous, assis auprès de vous en cette église peut-être, pauvres de cœur, pauvres de l'esprit, pauvres de maladies cachées. Oui, frères et sœurs, nous sommes tous, les uns pour les autres, des pauvres. Et nous devons, selon la parole de saint Paul, songer aux pauvres. Nous devons avoir à cœur, comme lui-même a eu à cœur cette attention, cet amour porté à celui qui est tout prés de nous, comme à celui qui est plus loin. Car les pauvres sont nombreux et tous nous sommes des pauvres.
Saint Ambroise de Milan, commentant cet évangile que nous avons entendu, cette histoire de ce figuier qui ne porte pas de fruit et que le maître demande de couper puisqu'il ne sert à rien, saint Ambroise dit que ce figuier c'est chacun d'entre nous, c'est l'Église tout entière qui ne porte pas un fruit de charité. Car ce que le Seigneur veut cueillir sur les branches de l'arbre de l'Église, ce que le Seigneur veut cueillir dans chacun de nos cœurs, ce sont des fruits de charité. Il ne veut que ces fruits-là. Et c'est parce que le figuier ne porte pas de fruits de charité que le Seigneur le trouve inutile et dit qu'il faut le couper. Et saint Ambroise continue : "Le vigneron qui s'occupe de ce figuier dit au maître de patienter une année encore et il va bêcher autour des racines de l'arbre, et mettre du fumier". Et saint Ambroise dit que ce que le paysan va mettre au pied de l'arbre, "ce n'est rien d'autre que la charité." L'Église ne peut s'enraciner que dans la charité et n'a d'autres fruits à donner que ceux de la charité, que ceux de l'amour.
Frères et sœurs, que cette parole du Seigneur, tant de fois adressée, que ce commandement, car c'est un commandement, d'aimer d'abord et avant toute chose, soit entendu de nos oreilles mais surtout soit entendu de nos cœurs et que très concrètement nous nous mettions à aimer, à songer au pauvre qui est auprès de nous. Car l'amour ne se vit pas dans de belles idées, dans de beaux plans préparés à l'avance. Il se vit concrètement, au jour le jour, tout petitement.
AMEN