L'ÉVANGILE FAIT L'UNITÉ
Ga 2, 17-21
(13 octobre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Campagne autour de Corinthe
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ous commençons aujourd'hui la lecture de l'épître la lecture courante de la lettre de saint Paul aux Galates. Hier nous avons lu l'en-tête mais c'est aujourd'hui que saint Paul aborde vraiment le problème qu'il veut traiter. Cette lettre aux Galates est sans doute parmi les plus anciens écrits de Paul. Il a évangélisé vers les années 47, une communauté de Galates, c'est-à-dire de Gaulois, des gens de la même famille de tribu que celle qui est allée en France pour devenir les Gaulois, mais en grec Gaulois se dit Galate. Ces Galates s'étaient établis dans la région actuelle d'Ankara. On peut donc dire que cette épître est la lettre aux Gaulois d'Ankara.
On ne sait pas pourquoi ces Gaulois qui avaient dû garder une partie de leur langue maternelle mais qui devaient être bilingues comme tout le monde dans l'empire romain, pour la partie d'Orient, la partie grecque, on ne sait pas pourquoi cette communauté de Galates s'était convertie plus facilement au christianisme, en réalité, le récit des Actes ne nous en dit pas grand-chose. Toujours est-il que cette petite communauté avait vraiment accueilli l'évangile et Paul dans son deuxième voyage, une ou deux années plus tard, n'avait même pas jugé bon de repasser par la Galatie. Il avait essayé de continuer tout droit vers la ville actuelle qui s'appelle Troie, Troas, et de passer en Europe. Au cours de ses pérégrinations, il a quelques échos de ce qui se passe chez les Galates, ce qui est pour lui source d'une très grande amertume et d'une très grande tristesse. Pourquoi ? Parce que Paul annonce son évangile et il s'aperçoit petit à petit qu'il y a derrière lui, qui le suit d'assez près, une autre mission chrétienne plutôt inspirée par un christianisme qu'on appellerait aujourd'hui conservateur, qui veut que les païens passent par la Loi juive et soient donc circoncis, ce qui démolit tout le travail de saint Paul.
Saint Paul considère qu'il a été choisi par Dieu pour enseigner l'évangile aux païens, que peu avant, il s'est mis d'accord avec Pierre pour dire que la mission auprès des juifs c'est Pierre qui s'en occupera et Paul ira vers les païens, mais ce contrat était un contrat de respect des deux domaines. Il ne fallait pas que les gens de Pierre, ou que les gens de Jacques qui était plus conservateurs, aillent prêcher sur le territoire de Paul. Donc Paul est ulcéré d'une part parce qu'on n'a pas respecté les choses, et deuxièmement, et c'est cela qui le blesse le plus, c'est qu'on porte le soupçon sur la qualité de son évangélisation. On dit, oui, vous savez, Paul, bien sûr, il prêche le Christ, mais il ne l'a pas connu de son vivant, et puis il s'est converti tardivement, au début on a eu des ennuis avec lui parce qu'il nous persécutait, est-ce qu'il est vraiment monté à Jérusalem ? ce n'est pas sûr. Donc, on insinue que l'évangile de Paul n'est pas sûr. Pour Paul c'est un motif suffisant pour rompre des lances et pour faire valoir la vérité même de son évangile. Donc il écrit cette lettre à ses chrétiens de Galatie, à ses chrétiens d'Ankara pour leur dire : cela ne peut pas continuer comme ça, vous tourbillonnez au moindre vent de doctrine, vous ne savez pas ce que vous voulez, vous avez reçu un évangile, moi, je vais vous expliquer pourquoi je vous ai enseigné cela.
Paul dans cette épître procède en trois temps. Après avoir fait la petite introduction que nous avons lu hier, il va dire : premièrement, mon évangile est tout à fait le label de ma propre conversion, donc de l'appel du Seigneur, deuxièmement de la communauté de Jérusalem, et troisièmement même de Pierre à qui à certains moments, j'ai fait remarquer qu'il était incohérent. Par conséquent, Paul n'y va pas de main morte, il certifie que l'évangile qu'il a apporté aux Galates est bien authentique. Dans un deuxième temps il expliquera ce qui est la base de son évangile, c'est-à-dire que tout homme est justifié, est sauvé par Jésus-Christ seul, et dans un troisième temps, il donnera un certain nombre d'indications pratiques à la communauté pour rester dans la vérité de la foi.
C'est donc cet itinéraire-là que nous verrons ces jours-ci pendant la lecture. Je rappelle simplement que pour le texte d'aujourd'hui, Paul explique qu'il n'y a pas deux évangiles. Il n'y a pas l'évangile que Paul explique et puis un autre évangile que les gens de Jacques ou peut-être de Pierre qui le suivraient, qui viennent semer le trouble et la zizanie et qui serait différent. Il n'y a qu'un seul évangile. C'est pour cela qu'il dit cette chose qui est toujours assez frappante : "Même si un ange venu du ciel enseignait un autre évangile que le mien, ce serait faux, il ne faudrait pas l'entendre". Autrement dit Paul, là, est absolument sûr de ce qu'il défend et de ce qu'il annonce, explique que l'évangile est un et qu'on ne peut pas diviser les chrétiens à cause de la Parole de Dieu. L'évangile non seulement est unique, mais il fait l'unité et par conséquent, il reproche à ses adversaires d'utiliser l'évangile pour semer la division à l'intérieur des communautés. Il semble bien que ce problème ne se soit pas reproduit uniquement à Ankara, mais aussi dans d'autres villes notamment autour de la région d'Éphèse.
Je crois que ce que nous pouvons en retenir c'est essentiellement ceci : c'est à cause de cette intuition que Paul développe ici, que l'évangile fait l'unité, que les chrétiens, chaque fois qu'ils se réunissent se rassemblent d'abord devant la Parole de Dieu. On ne s'en rend plus compte maintenant parce que c'est devenu une habitude, une routine, mais quand on commence l'assemblée eucharistique, quand on commence un quelconque temps de prière, c'est parce que l'évangile fait l'unité qu'on lit l'Écriture. On ne lit pas l'Écriture simplement pour son épanouissement spirituel ou sa culture biblique, on lit l'Écriture parce que la Parole de Dieu a la puissance de faire l'unité de la communauté dans laquelle on se trouve. Donc, depuis que la liturgie existe, on applique strictement ce principe que saint Paul énonce là, quand on se rassemble, la première chose qui doit faire notre unité, c'est l'évangile tel que les apôtres l'ont reçu, tel qu'ils l'enseignent et cet évangile doit créer l'unité. Nous ne devons en aucun cas utiliser l'évangile pour créer des oppositions ou des divisions.
C'est cela le mystère de la Parole de Dieu, c'est comme cela que vit l'Église. Le nerf de son unité, de la dynamique quotidienne de son unité, c'est précisément la Parole de Dieu et c'est pour cela que chaque fois que nous nous réunissons nous nous laissons d'abord former dans l'unité du Corps du Christ par cette Parole.
AMEN