VASES FRAGILES
2 Co 4, 6-14 ; Lc 12, 35-40
(13 novembre 1980)
Homélie de Jean BOLOMEY

Herculanum : fragilité des jarres
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'apôtre Paul, en plus d'un grand témoin de Dieu est, à sa manière, une espèce de génie de la littérature. Il possède l'art de souligner par un simple détour de phrase que ce qui fait notre allégresse fait aussi notre tourment. Nous portons, dit-il dans nos cœurs, la connaissance de la gloire de Dieu qui est sur la face du Christ, et c'est là notre allégresse.Mais, ajoute-t-il, nous portons ce trésor comme en des vases d'argile, et c'est là notre tourment."Celui dont la maladie s'appelle Jésus disait le mystique Ion Ben Arabi, celui-là ne peut pas guérir." Et c'est vrai que, malgré nos distractions, nos tentations, nos fatigues, nos péchés, sans cesse nous revenons à Jésus pour contempler son visage écouter sa parole, obéir à ses commandements, le servir dans nos frères. Il y a en nous comme un attachement viscéral dont nous ne pouvons pas nous défaire. Et nous sentons bien que, quelle que soit la sécheresse de notre cœur, cette relation avec le Christ est le plus beau, le plus joyeux, le meilleur de notre vie.
Cette relation sans cesse reprise et approfondie, parfois presque à notre insu, créé une osmose entre le visage de Jésus et le nôtre, entre son cœur et le nôtre, entre sa volonté et la nôtre. Quelque chose de sa vie, et donc quelque chose de sa résurrection passe dans notre vie. Le plus souvent cela passe inaperçu à nos propres yeux, mais de temps à autre une réflexion d'un frère ou d'une sœur nous fait comprendre, à notre joie, que Jésus est vivant en nous et que sa gloire transparaît sur notre visage.
Mais c'est bien vrai aussi que nous sommes des vases d'argile, c'est-à-dire ordinaires, sans éclat et fragiles. Nous comprenons bien que lorsque Dieu touche quelqu'un par notre intermédiaire, c'est parce qu'Il vaut bien user de notre apparence en quelque sorte. Nous savons bien que nous serions irrémédiablement perdus si Jésus n'était pas sans cesse à notre recherche pour nous ramener avec tendresse. Nous sentons bien notre incapacité à accomplir notre tâche de témoin, s'Il n'était là pour témoigner de Lui-même en nous. Notre ambition est de lui venir en aide à porter sa croix, mais en vérité, c'est plutôt Lui qui nous aide à porter la nôtre.
Que ces réflexions ne ruinent pas notre espérance. Elles visent seulement à nous mettre en face du vrai. Les disciples ont dû cheminer longtemps avec Lui pour reconnaître dans la faiblesse de l'homme Jésus, sur sa face humiliée, la puissance et la gloire de Dieu. De même il nous faut un long compagnonnage avec nous-mêmes et avec l'Église pour reconnaître dans la fragilité la puissance et dans l'ordinaire l'extraordinaire de Dieu.
Que la faiblesse et la fragilité ne nous effraient pas, car quand elles sont acceptées et vécues avec amour, elles deviennent signes même de la présence de Dieu. Ce que nous disons de chacun de nous est vrai, aussi, de l'Église tout entière qui est loin de faire belle figure, en apparence, avec ses tensions, ses divisions, ses hésitations ses erreurs.
AMEN