AMEN
2 Co 1, 18-22 ;Mrc 10, 13-16
(12 juin 1997)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Oui
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outes les promesses de Dieu n'ont été que "Oui" dans le Christ." Je sais qu'il est beaucoup plus facile de dire non, mais la plupart du temps, nous ne nous rendons pas compte de ce que signifie exactement le mot "Oui". C'est un mot spécifiquement caractéristique de l'intelligence humaine. Lorsque nous disons oui nous voulons dire que nous ne sommes pas simplement des espèces de miroirs qui accueillent les diverses image du monde ou simplement des espèces de réceptacles qui accueillent toutes les opinions qui circulent dans le monde. Nous ne sommes pas simplement, dans notre intelligence et dans notre nature spirituelle, des vases dans lesquels se déposeraient toutes les traces de ce qui existe autour de nous. C'est vrai que la plupart du temps nous pensons que l'homme est capable de recevoir un certain nombre d'opinions, d'images, de réflexes, et c'est pour cela qu'il y a parfois une sorte de prise de pouvoir dans les moyens d'information, ce qu'on appelle les médias. Cela suppose toujours de la part de l'homme une sorte de réceptivité passive : il avale un peu n'importe quoi, comme si, au fond, notre intelligence n'était qu'un tube digestif.
En réalité, à partir du moment où nous disons oui, c'est de tout autre chose qu'il s'agit, car pour dire oui il faut que nous puissions juger, c'est-à-dire voir personnellement ce dont il s'agit. Ce qui suppose qu'au lieu de l'assimiler comme les intestins assimilent les lipides ou les glucides que nous avalons tous les jours, cela suppose que notre intelligence reconnaisse la vérité même de ce qui nous est proposé. C'est là une opération absolument irremplaçable que, en l'être humain, seule l'intelligence est capable d'accomplir. C'est la grande différence entre notre intelligence et notre estomac, notre estomac avale tout ce qu'on lui donne, tandis que notre intelligence accueille ou en tout cas peut accueillir avec discernement la vérité qui lui est proposée, parce que, précisément à partir de ce moment-là elle est capable de dire oui, c'est-à-dire, oui, c'est vrai. Et c'est la grandeur de l'homme que d'être capable de la vérité.
Or saint Paul, précisément lorsqu'il parle aux Corinthiens, dont il a un peu l'impression qu'ils avalaient certaines formes un peu déviantes de l'évangile comme l'estomac avale n'importe quoi, pense que cette communauté est livrée "à tous les vents de doctrine" qui pouvaient souffler alors. Il leur dit : Réfléchissez un peu. Ce qui fait votre foi, c'est une certaine capacité de dire oui. Or comment pouvez-vous dire oui dans la foi ? C'est déjà bien difficile de dire oui dans l'expérience humaine, de reconnaître, en conscience, que quelque chose est vrai. Sur beaucoup de choses, nous avons des convictions que nous appelons vraies, mais si on grattait un tout petit peu, ce ne serait pas très satisfaisant. Mais sur le problème même de la foi, comment pouvons-nous dire oui au mystère de Dieu ? Comment avons-nous cette certitude que c'est vrai ce qui nous est ainsi proposé ?
Saint Paul nous l'explique : "Il faut dire oui comme le Christ a dit oui". Et même : "Le Christ est Celui en qui toutes les promesses, tout ce que Dieu avait dit auparavant, a trouvé son oui, c'est-à-dire sa vérité." Et il continue : "C'est par Lui que nous disons Amen à Dieu pour sa gloire." Dire Amen n'a rien à voir avec l'expression dans le sens courant où nous l'utilisons. Dire Amen c'est précisément reconnaître la vérité même de ce qui nous est proposé de la part de Dieu. Or comment pouvons-nous dire cela ? Uniquement dans le fait que le Christ a été Oui au Père c'est-à-dire qu'Il a dit la vérité même de l'amour de Dieu et surtout que maintenant le Christ est le "Oui" au Père dans lequel nous nous reconnaissons comme appartenant au Père. C'est cela le grand mystère. Quand nous disons oui à Dieu, ce qui est la réponse de la foi, en réalité Celui qui dit vraiment oui en nous, c'est l'Esprit de Jésus-Christ parce que Jésus-Christ a été le premier à dire oui. Et nous ne sommes pas capables par nous-mêmes, uniquement par nos moyens humains de juger de la vérité même de la foi. Nous pouvons tout au plus reconnaître que c'est à peu près cohérent, mais dire oui à Dieu, reconnaître que nous sommes pour Dieu et que lorsque nous sommes tournés vers Dieu, selon les paroles de Jésus, nous sommes tout entiers à la vérité de Dieu, ce oui là il n'y a que le Christ qui peut le dire en nous par son Esprit Saint. De même que la vérité qui nous est proposée nous dépasse, de même le oui, l'assentiment que nous donnons à cette vérité nous dépasse aussi. Le Christ, parce qu'Il est oui au Père nous entraîne par la force même de sa mort et de sa résurrection, par la force même et la puissance de sa divinité à pouvoir dire oui à notre tour, en Lui et par Lui.
Au cours de la messe, nous répondons une bonne dizaine de fois "AMEN". Nous ne savons pas toujours ce que cela veut dire. Si nous comprenions que c'est la vérité du Christ qui s'empare de chacun de nos cœurs et lui donne de dire oui au mystère de Dieu qui est là présent, à ce moment-là peut-être que nous découvririons beaucoup plus profondément le sens de nos assemblées eucharistiques. Lorsque nous professons, lorsque nous proclamons "Amen", ce n'est pas quelque chose que nous murmurons entre nos dents parce que nous sommes d'accord, mais c'est le oui de tout nous-mêmes, emporté par le oui du Christ mort et ressuscité qui nous fait atteindre vraiment la vérité du Père. C'est cela la grandeur de notre vie chrétienne en ce monde. C'est pour cela qu'il y a une Église, c'est pour cela qu'il y a des chrétiens. C'est la seule raison pour laquelle nous existons. Alors que notre cœur et que notre vie soient vraiment "Oui".
AMEN