LE PREMIER CREDO
1 Co 15, 1-11 ; Mt 12, 9-21
(28 juillet 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Paul écrivant …
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rères et sœurs, nous poursuivons donc la lecture de cette première épître de Paul aux Corinthiens, et après le long développement que Paul avait fait sur les dons et les charismes dans la communauté chrétienne, il en vient à la dernière question qui va occuper la fin de son épître. Ceci nous explique que les épîtres de Paul ne sont pas des grands traités théoriques sur un exposé de la foi comme le catéchisme de l'Église catholique. Les épîtres de Paul, celles aux Corinthiens comme la plupart des écrits évangéliques sont nées de circonstances bien précises, de difficultés auxquelles les gens étaient affrontés, de problèmes qu'il fallait résoudre, et ces problèmes n'avaient pas toujours un rapport les uns avec les autres.
Ici, le problème de la résurrection est intéressant puisque c'est le premier grand texte de témoignage sur la résurrection. Nous pensons nous, que les évangiles étant avant dans le Nouveau Testament sont antérieurs aux épîtres de Paul. Mais non, les évangiles sont écrits autour des années soixante-dix, les Actes des Apôtres un peu après, tandis que ce que Paul écrit et nous venons d'entendre la dernière partie de son épître sur la Résurrection, date de 54, au maximum vingt-deux, vingt-trois ans après la résurrection du Christ. Si peu de temps après la mort de Jésus, il faut déjà faire des mises au point. Quand aujourd'hui, les gens disent que c'est difficile de croire à la résurrection, si on avait vécu à cette époque-là on aurait cru plus facilement, ce n'est pas vrai ! Jésus meurt vers les années trente et un, donc vingt ans après, Paul a fait ses deux premiers grands voyages, il a annoncé la résurrection aux Corinthiens, et il y a déjà des problèmes.
Frères et soeurs, ne vous étonnez pas si vous avez des problèmes vingt siècles après, cela fait partie des choses tout à fait normales. La résurrection est quand même le point le plus difficile, profondément lié à la proclamation du salut mais aussi le plus compliqué à comprendre, et Dieu sait que les Corinthiens n'étaient pas de mauvaise volonté sur ce sujet-là, ils voulaient comprendre, mais … cela leur échappait. Donc, il faut que Paul leur donne les bases de la foi. Ce chapitre quinzième est le "basique" de la résurrection.
Paul prend des précautions. Il leur dit : "Je vous rappelle ce que je vous ai dit et ce que je tiens moi-même des témoins fondamentaux". Peut-être était-il à Jérusalem au moment de la résurrection de Jésus, nous n'en savons rien. Mais Paul sait très bien qu'il n'a pas été un témoin exactement du même ordre que les apôtres. Il n'a pas couru le matin au tombeau, et c'est peut-être pour cela qu'il y a des problèmes. Quand Paul évangélise à Corinthe, et qu'un certain nombre d'évangélisateurs sont passés derrière lui, comme ils n'étaient pas toujours d'une bienveillance absolue, ils ont pu dire que ce que Paul avait raconté de la résurrection ce n'est pas tout à fait valable, car il n'y était pas, il n'était pas témoin direct de l'événement. Paul répond à cette objection en disant : je ne suis peut-être pas témoin de première main, mais ce que je vous ai dit, c'est le témoignage des premiers disciples. C'est d'autant plus intéressant que quand il dit cela, ensuite, il récite une formule. Ce texte est la proclamation de la foi dans le salut en Jésus-Christ et est déjà l'objet d'une formule. Si vous y regardez de très près, c'est le premier Credo. C'est le premier symbole de l'apôtre Paul, et je dirais même le premier symbole de l'Église de Jérusalem parce que Paul le rapporte comme quelque chose que lui-même a reçu comme déjà formulé pour pouvoir le retenir et dire l'essentiel.
Quand on y réfléchit un instant, c'est un texte qui est peut-être le plus vénérable de tout le Nouveau Testament. C'est le premier grand texte du Nouveau Testament sur le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus. "Je vous ai donc transmis ce que j'avais moi-même reçu", donc Paul dit : ce n'est pas moi qui vais inventer la formule que je vous rappelle ici par écrit et que je vous ai annoncé oralement, mais cela remonte encore avant. Sur vingt-trois ans, ce n'est pas loin des événements.
"A savoir le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures,
Il a été mis au tombeau
Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. Il est apparu à Céphas, etc … "
Voilà un premier Credo. Le Credo est une collection d'articles, de sentences très brèves et ramassées, commençant toujours de la même façon : il a fait ceci, il a fait cela, il, il … ici, c'est le tout premier texte. "Il a été mis à mort pour nos péchés selon les Écritures", il a été mis au tombeau. "Il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures", il a été vu. Qu'est-ce que cela veut dire ? Les deux choses essentielles sont annoncées "selon les Écritures". Pour Paul, "Il est mort selon les Écritures", cela veut dire selon le dessein que Dieu avait préparé. Sa mort s'inscrit dans le plan de salut de Dieu. Et sa résurrection s'inclut aussi dans le plan du salut de Dieu, puisque c'est "selon les Écritures". Les deux choses sont essentielles. Les deux autres intermédiaires sont des conséquences. Moi, je sais qu'il est mort selon les Écritures, quelle est la preuve qu'il est mort (pardonnez-moi ce n'est pas le mot exact) ? Il est mis au tombeau, donc ce n'est pas une fausse mort. Quelle est la preuve de la vérité de la résurrection ? il a été vu, donc ce n'est pas le fruit des imaginations.
C'est là tout le nœud de la question. Paul dit : si vous voulez comprendre notre témoignage, il faut savoir qu'il se base sur deux choses. La première essentielle et fondamentale, c'est "Selon les Écritures il est mort, et selon les Écritures, il est ressuscité". Cela relève directement du plan de Dieu, c'et Dieu qui a accepté que son Fils meure pour nos péchés. C'est Dieu qui a voulu ressusciter son Fils d'entre les morts, pour que nous aussi nous soyons ressuscités. C'est le cœur du cœur, la volonté de Dieu exprimée dans l'événement de la mort et de la résurrection de Jésus. Mais cette chose-là n'échappe pas à l'histoire et à la communauté humaine pour deux raisons : la communauté humaine des disciples peut témoigner premièrement, qu'il a été mis au tombeau, qu'il est mort dans son corps, et deuxièmement, qu'il est ressuscité dans sa chair, et qu'il a été vu. Pour Paul, les deux choses : être mis au tombeau et être vu sont le constat humain de l'œuvre de Dieu.
C'est notre condition de croyant aujourd'hui. Aujourd'hui encore quand nous disons Christ est mort pour nos péchés, apparemment, c'est plus facile pour nous de dire qu'il est mort parce qu'on peut faire un constat de décès, nous croyons que c'est une sorte de vérité historique. Mais non. C'est le dessein de Dieu qui a été mis en œuvre. La résurrection, de la même façon, c'est le même dessein de Dieu qui a été mis en œuvre pour la vie. Donc le Christ est passé par la mort parce que c'est le dessein de son Père, c'est le projet du Père, nous sauver en passant par la mort, et le Christ nous a conduit à la vie parce que c'est le projet de son Père de nous faire entrer dans son salut par la vie de Jésus-Christ ressuscité. Cela a deux répercussions : il est vraiment mort, et nous les témoins nous sommes là pour dire qu'il est vraiment mort, et nous sommes là aussi pour dire qu'il est vraiment ressuscité. C'est là où Paul est très habile, car normalement je pense que la petite formule devait s'arrêter à "il est apparu aux frères", mais Paul prend bien soin de développer davantage la formule pour dire : "Il est apparu à Céphas, il est apparu à Jacques, à cinq cents frères à la fois, et finalement à moi !" C'est la suprême habileté parce que Paul dit : quand je vous dis que je suis témoin, c'est vrai que c'est un témoignage un peu différent parce que ce n'était pas dans la suite immédiate des jours qui ont suivi la résurrection du Christ, mais c'est du même ordre et je fais partie de ce même témoignage apostolique.
Ceci peut quand même nous aider à mettre les choses au clair sur tout ce qu'on dit ou ce qu'on croit sur le problème de la mort et de la résurrection du Christ. Ce qui compte d'abord c'est l'affirmation de ce que le Père a voulu par l'œuvre du Christ. Ensuite, nous, l'Église, nous sommes là pour attester que nous portons ce témoignage à travers un geste qui est infiniment pauvre et dérisoire, car entre "Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures" et la mise au tombeau, il n'y a presque pas de proportion, sinon le constat des hommes de ce décès. De la même façon on l'a vu ressuscité, c'est le constat des premiers témoins par rapport à ce qui s'est vraiment passé. Mais les quatre réalités ne sont pas exactement à mettre au même niveau. Elles disent chaque fois quelque chose de différent. Une au plan du niveau du salut de Dieu, et de son désir de nous sauver, l'autre au plan du témoignage humain qui apporte sa pierre pour conforter en nous la foi en Jésus-Christ mort et ressuscité.
AMEN