LE CÉLIBAT
1 Co 7, 7-11 ; Lc 13, 10-17
(21 octobre 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e chapitre septième de la première épître aux Corinthiens est consacré à la morale conjugale et au célibat pour Dieu. saint Paul y affirme l'importance, la valeur extrême de la virginité pour Dieu. "J'affirme aux célibataires et aux veuves qu'il leur est bon de demeurer comme moi !" Et plus loin, il dira "c'est une bonne chose de rester dans la virginité." Saint Paul affirme donc qu'il est bon de garder toutes ses forces spirituelles, affectives, toutes les forces de sa nature profonde pour Dieu. C'est le sens de la virginité : une consécration de tout notre être à Dieu seul, en acceptant d'être privé d'un certain nombre de joies et de grandeurs légitimes de l'homme. Par ailleurs, saint Paul ne met pas en doute la légitimité du mariage qu'il considère comme une voie qui, elle aussi, est conforme à la volonté du Seigneur. Cependant, parce que lui-même était appelé à la virginité, il a parfois tendance dans cette comparaison entre le célibat et le mariage à minimiser ce dernier. "Si vous ne pouvez pas vous contenir, il vaut mieux se marier que brûler !" Ce n'est pas là un idéal très élevé du mariage qu'il présente là. Il faut mettre cela d'une part sur le compte du tempérament passionné de saint Paul qui ne fait pas toujours dans la juste mesure, et d'autre part sur le fait que lui-même ayant reçu cette vocation à la virginité avait tendance à la valoriser, d'autant plus que les mœurs de son époque n'allaient pas dans ce sens-là. La virginité n'était pas une valeur reconnue ni par les grecs ni d'ailleurs par les juifs. Pour les juifs, la suprême bénédiction était d'avoir des enfants. Pour les grecs les plaisirs de la chair était une des meilleures choses de la vie. Il fallait donc donner à la virginité ses lettres de noblesse et saint Paul s'y emploie avec fougue.
Toutefois, il reconnaît lui-même qu'il s'emporte un peu au-delà des limites de ce qui est normal, car après avoir valorisé ainsi la virginité, au risque de dévaloriser un peu le mariage, il dira : "Mais chacun reçoit de Dieu le don qui lui est particulier." Donc si la virginité est un don de Dieu, le mariage aussi est un don de Dieu, et nous n'avons pas à juger de la valeur respective de ces différents dons. D'ailleurs, en parlant du mariage il dira "vous vous sanctifiez l'un par l'autre" et "les enfants sont sanctifiés par leurs parents". Le mariage est donc présenté comme une source de sainteté par la communion qui s'établit entre les époux. C'est dire déjà toute la grâce de Dieu qui est contenue dans ce sacrement.
Je crois que ce qui est important à retenir c'est que chacun reçoit de Dieu un don et ce don n'est pas à comparer avec les autres dons, ni pour vouloir à toute force qu'il soit supérieur, ni au contraire pour le minimiser et en réduire la valeur. Chaque don a sa signification particulière. La virginité ou le célibat, c'est se garder pour Dieu seul Le mariage c'est devenir un chemin de sanctification non seulement pour soi mais aussi pour le conjoint, c'est donc participer à cette communion sanctifiante qui est celle des personnes divines entre elles. Chacune des vocations est donc d'une immense grandeur. Saint Paul reviendra sur le mariage comme l'union du Christ et de l'Église et dira: "Ce mystère, ce sacrement est grand !" Nous ne devons donc pas lire seulement un verset et en tirer toutes sortes de conséquences plus ou moins excessives. Il faut tout prendre ensemble et rendre grâces à Dieu pour cette diversité de vocations qui s'éclairent mutuellement.
Je crois que c'est là le point le plus important à retenir. Ceux qui sont appelés au célibat doivent vénérer la grâce du mariage dans leurs frères et leurs sœurs qui ont reçu cette grâce, cette grâce de communion, cette grâce de sanctification mutuelle. Ceux qui sont dans le mariage doivent vénérer la grâce particulière de leurs frères ou de leurs sœurs qui sont appelés au célibat, cette grâce de se garder pour Dieu seul, car la grâce du célibat doit être aussi participée par ceux qui vivent dans le mariage qui, eux aussi, doivent avoir au fond d'eux-mêmes une part qui est pour Dieu seul. De même la grâce du mariage doit être participée par ceux qui vivent dans le célibat car se garder pour Dieu seul ce n'est pas renoncer à la communion, mais au contraire rechercher une forme de communion plus profonde encore et se donner les uns aux autres a un niveau spirituel plus intense encore que ne l'est le don mutuel que se font les époux les uns aux autres.
Rendons grâce à Dieu pour la vocation qui est la nôtre et aussi pour la vocation de nos frères et de nos sœurs, différente mais complémentaire.
AMEN