VOTRE APPEL

1 Co 1, 26-31, Lc 12,1-12

(10 octobre 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Crépy-en-Valois : Deux évangélistes

L

 

es deux textes que nous venons d'entendre décrivent le témoignage du chrétien en ce monde. La première phrase de l'épître aux Corinthiens commençait ainsi :"Considérez votre appel !" et tout au long de l'évangile vous avez entendu l'appel, l'exhortation à la transparence, à la méfiance face à l'hypocrisie qui lève comme du levain dans une pâte, et aussi cet appel insistant et pressant que le Christ nous adresse de témoigner en faveur du Fils de l'homme. Témoigner sous l'action même de l'Esprit Saint car celui qui se refusera à répondre à l'invitation de l'Esprit Saint, celui-là blasphème contre le Fils de l'homme et sera renié à la face des anges ou à la face de Dieu.

       Ces deux textes nous invitent donc au témoignage et qu'est-ce que témoigner sinon prendre conscience que nous avons été choisis bien malgré nous pour être les dépositaires, les réceptacles de la révélation. Dieu s'est incarné, nous l'avons reçu, nous en vivons et nous devons le porter en mission vers ceux qui ne l'ont pas encore entendu. Voilà ce qu'est fondamentalement la vocation du chrétien : se faire l'écho de ce que nous avons nous-mêmes entendu, de ce que nous touchons et dont nous vivons, comme le dit saint Jean dans son épître.

       Le problème est plutôt la façon dont nous procédons pour ce témoignage. La façon hautaine de considérer que nous avons la vérité, ce qui est vrai, et que tout autre vérité est mauvaise, n'induirait pas le cœur de celui que nous voulons convertir à suivre celui qui nous a séduits, Dieu par son amour. Et cette différence qui est la nôtre puisque nous avons été appelés à cause du Christ, cette différence est une mission, est une mission de serviteur. Nous avons été choisis comme élus pour porter au monde, là où nous sommes, ce message de salut offert à tous les hommes. Mais ce message ne nous met pas au-dessus de ceux auxquels nous sommes envoyés, il nous met en dessous car nous servons la vérité dont nous à témoigner. J'aimerais mettre ensemble deux figures pour vous prouver comment le service humble est un témoignage réel et évangélique.

       Gandhi, que nous ne pouvons pas soupçonner d'étroitesse d'esprit ou de fermeture quant aux différentes religions, Gandhi écrivait en parlant à des chrétiens : "Que venez-vous faire parmi nous ? Pourquoi voulez-vous changer nos modes de pensée ou de vivre ? Nous respectons votre christianisme et votre forme d'adorer Dieu. Nous sommes d'accord quand il s'agit de vous, mais pourquoi venez-vous nous apporter ce dont nous n'avons pas besoin ? Car nous aussi nous avons nos modes de penser, nos modes de croire, nos modes de vivre. Nous en sommes contents. Mettons-nous d'accord pour respecter chacun nos frontières. Entendons-nous pour ne pas empiéter sur les convictions les uns des autres, mais restons-en là." Et Gandhi, qui lisait l'évangile et qui ne refusait pas de prier selon l'évangile, refusait simplement que l'Inde ait besoin de se convertir au christianisme car il voyait dans le christianisme, une option possible pour un hindou, mais à aucun titre une obligation.

       Mais quelle a été la meilleure réponse, à la fois à la crainte de Gandhi et à sa demande, si ce n'est Mère Térésa ? Mère Térésa qui est venue non pas du haut de ses convictions profondes annoncer l'évangile, vrai, du salut, mais qui est venue servir les plus pauvres parmi les Hindous, parmi ces gens qui mouraient, pour dire, dans ce service, la puissance de l'évangile. Et ces deux figures, l'une à côté de l'autre, nous disent ce qu'est réellement l'action et la mission du chrétien: le service dans l'humilité, la force et la puissance de l'évangile.

       Frères et sœurs, mettons-nous en route.

       AMEN