LA FRAGILITÉ, LA FAIBLESSE, LA MORT

1 Co 1, 26-31 ; Mt 19, 3-12

(5 février 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Delphes : symboles chrétiens

C

 

e qu'il y a de fou dans le monde, ce qu'il y a de petit, ce qui est faible et sans naissance voilà ce que Dieu a choisi". Voilà ce que nous avons entendu dans l'épître de saint Paul. L'expérience humaine la plus fragile, la plus délicate et finalement la dernière des limites de toute fragilité humaine, c'est la mort. Et l'expérience de la mort, c'est l'expérience de tous ceux qui y passent, et qui fait que ce n'est jamais leur condition dont ils pourront se prévaloir de quelque chose auprès de Dieu, mais dans la faiblesse et la fragilité de la mort, c'est là que Dieu définitivement nous dit : "Je t'ai choisi pour être avec moi, pour être près de moi".

Aujourd'hui, où nous célébrons cette eucharistie pour Geneviève, et les défunts si proches, c'est cela que nous manifestons, que la mort est une expérience de fragilité et de limite, de faiblesse et d'impuissance. Dans la foi qui est la nôtre, Dieu y marque sa présence Il marque son union comme l'homme et la femme unis par Dieu ne peuvent être séparés, dans la Pâque des chrétiens, l'homme et la femme ne peuvent plus être séparés de Celui qui veut entrer en communion avec nous. "Ce qu'il y a de fou, ce qu'il y a de faible, ce qu'il y a de fragile, ce qui est sans naissance dans le monde, c'est ce que Dieu choisit". Autant dire que si nous sommes sincères avec nous-mêmes nous savons quelle est notre fragilité et quelle est notre faiblesse, nous savons quelle est notre petitesse, et quelle est notre limite. Aujourd'hui, dans cette eucharistie tout à fait particulière, en ce jour où Dieu nous propose à travers le Corps et le Sang qu'Il a donné sur la Croix, dans l'expérience même de la mort du Fils de Dieu, ce sacrifice qui est celui de la messe, c'est le même mystère de communion que Dieu nous propose. Saint Paul dira : "Que rien ne nous sépare désormais de l'Amour de Dieu". Et notre espérance et la foi chrétienne c'est qu'aujourd'hui Dieu, dans cette Eucharistie nous propose cette communion pour que dans l'éternité, dans la Pâque, dans ceux qui nous ont précédé dans cette Pâque, dans ce passage de la mort à la vie, la communion s'établisse et se vive.

C'est ce que nous professons tous les dimanches quand nous disons : "Je crois en la communion des saints". Cela n'enlève pas pour nous ce qui pourrait être de l'ordre de la peine ou de la tristesse, mais cela met un lumière dans notre nuit, cela met une espérance dans un monde désenchanté, cela met de la vie dans nos morts quotidiennes. C'est la Pâque du Seigneur et sa résurrection, c'est son éternité, mais tout cela est un mystère de communion qui s'il nous dépasse n'en est pas moins proche de nous par les signes du pain et du vin donnés, livrés et que Dieu nous propose aujourd'hui. Que cette espérance et cette lumière nous habite au-delà de nos ténèbres, au-delà de notre nuit, pour que nous vivions dans la foi, et qu'avec tous ceux que nous rencontrons, avec ceux avec qui nous vivons, la communion s'établisse comme elle se vit vraiment avec ceux qui nous ont quitté. Autant dire que ce qu'il y a de fragile, de petit et de faible, en nous comme dans les autres, c'est ce qui permet à Dieu de dire aussi la simplicité et la petitesse de son amour qui se propose au milieu même de notre fragilité, de notre limite, voire de notre mort, parce que pour Dieu, comme désormais pour Geneviève, pour tous ceux que nous connaissons et que nous aimons, c'est Dieu qui compte désormais dans l'éternité, c'est pour nous aussi Dieu qui compte parce qu'Il nous propose de vivre ce qui nous tient à cœur de vivre le plus profondément : le bonheur, l'amour et la communion.

 

AMEN