LA PAROLE EST PRÈS DE TOI
Rm 10, 1-12 ; Mt 1-, 1-12
(2 septembre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
C'est la foi au Christ mort et ressuscité qui sauve
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rères et sœurs, nous sommes ramenés à cette question fondamentale : si la Loi ne sauve pas pourquoi Dieu a-t-il donné une Loi à Israël ? et pourquoi Israël s'obstine-t-il dans les meilleurs de ses éléments, à vouloir appliquer, exercer, intégralement toutes les prescriptions de la Loi ? Dans une première partie Paul avait expliqué que le seul moyen d'accueillir le salut c'était la foi et non pas la Loi, et maintenant, il se pose la question concrète : mais pour le peuple dans lequel il avait un très grand nombre d'amis et même d'ennemis anciens amis, il se pose la question de la destinée concrète du peuple d'Israël.
Dans cette dernière partie de l'exposé de Paul sur sa foi et qu'il adresse sans doute à une communauté romaine qui comporte pas mal de juifs convertis et aussi à une communauté juive extrêmement importante qui n'a pas cru que Jésus était le Messie, Paul marche sur des œufs pour essayer de faire comprendre quelle est sa manière à lui de considérer le problème. Il y a consacré trois longs chapitres de son épître pour dire : que va devenir Israël ?
Aujourd'hui, le petit passage que nous avons lu est intéressant, car Paul essaie d'abord d'expliquer que si Israël existe, ce n'est pas pour rien. Paul leur rend témoignage en disant : si Israël existe c'est parce qu'ils ont du zèle pour Dieu. On ne peut pas reprocher au peuple juif dont parle Paul à ce moment-là, une sorte de mauvaise volonté qui aurait renâclé devant les obligations de la Loi. Au contraire, ils ont du zèle, mais il ajoute aussitôt : ils ont du zèle pour Dieu, mais c'est un zèle mal éclairé. Il ne dit pas que c'est un zèle qui serait de la mauvaise volonté, mais le zèle qu'ils mettent à observer la Loi ce serait mieux de le mettre à observer autre chose. Il ajoute aussitôt en reprenant sa thèse fondamentale : "ils ne reconnaissent pas que la justice de Dieu ne peut être que donnée, mais ils croient que cette justice de Dieu doit être accomplie par les œuvres des hommes". Ici, Paul pose une nouvelle instance : si le peuple juif existe encore, c'est dramatique de devoir exister alors que le salut a été donné, mais ils veulent encore obtenir le salut part les procédés que le Christ par sa venue, sa mort et sa résurrection a rendu caduques.
Pour montrer le contraste entre les deux, il met en opposition deux textes de l'Écriture. Le premier, c'est un texte qui vient de Moïse qui affirme qu'en accomplissant la Loi, l'homme vivra par elle. Le catéchisme que Moïse a enseigné au peuple juif dit que si ce peuple vit par la Loi, il vivra par cette Loi. Paul qui est un très bon rabbin, connaît toutes les citations antérieures du Deutéronome ou dans les différents livres du Pentateuque, où l'on dit : si tu suis la Loi, tu vivras ! Paul ajoute aussitôt : la justice naît de la foi, c'est le régime de la vie et l'existence chrétienne maintenant, et cela ne s'appuie pas sur le même texte, mais elle s'appuie sur un texte qui dit : "ne dis pas qui montera au ciel ou qui descendra dans l'abîme, car la Parole est tout près de toi". Autrement dit, il veut dire que si d'après Moïse on accomplit la Loi on sera sauvé. Ce n'est pas faux, mais ce que Paul ajoute, c'est qu'on n'accomplit jamais la Loi. On a beau essayer de s'obstiner, c'est comme si on voulait monter sur la planète Mars en avion ou en hélicoptère. On ne peut pas accomplir toutes les exigences de la Loi car la Loi dit ce qu'on doit être pour Dieu et l'on ne sera jamais par nos propres ressources capables d'y satisfaire.
Par contre, il y a un autre passage de l'Écriture qui visait le Christ : "Qui montera dans les hauteurs (pour aller chercher le Christ), ou qui descendra dans les profondeurs pour aller rencontrer le Christ surgissant de la mort et des enfers", là, la réponse est claire : "La Parole est près de toi". Cela veut dire que vivre dans la justice de Dieu et dans l'amour de Dieu, ce n'est pas essayer de se surpasser pour y arriver par ses propres forces, c'est découvrir que la Parole est près de nous, c'est-à-dire que le salut a été donné. C'est une considération qui dépasse très profondément la tradition juive de la tradition chrétienne. De deux choses l'une, ou bien la relation avec Dieu est conquise à la force du poignet, c'est la Loi, ou bien elle est donnée par pure grâce, la Parole est près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, c'est le salut donné par le Christ par sa mort et sa résurrection. Paul resitue concrètement pour Israël au moment où il écrit, l'enjeu de la foi. C'est extrêmement subtil car il ne dit pas qu'il faut que les juifs se convertissent (le mot conversion est d'ailleurs inadéquat), de même que nous les chrétiens quand on parle de la conversion de saint Paul, je ne crois pas que ce soit le mot juste pour désigner la démarche du chemin de Damas. Paul ne dit pas que les juifs doivent se convertir, il découvre que le moyen d'être en justice avec Dieu, en amitié avec Dieu et de gagner le salut, que cela ne se gagne pas par la force et la volonté de puissance, mais que cela se reçoit et se donne par la grâce du Christ. Ce n'est pas exactement une conversion. Ce n'est pas comme les païens qui ne connaissent pas le salut, les juifs cherchent le salut, ce qui change, c'est l'économie du salut soit pour les juifs par la Loi, soit pour les chrétiens par la foi. Il ne dit pas que le peuple juif doit changer, mais il dit que leur zèle mal éclairé doit découvrir la racine même de ce qu'est le salut, l'aspiration qu'ils ont au salut par la Loi qui leur donne l'inspiration, le désir du salut, mais elle ne leur donne pas le salut. Le salut est donné par la foi, la Parole est près de toi, sur tes lèvres et dans ton cœur, le Christ par sa mort et sa résurrection se rend présent et proche de l'humanité qu'il veut sauver.
Frères et sœurs, je crois que cette attitude de saint Paul est encore tout à fait utile à appliquer aujourd'hui, il y a encore beaucoup trop de chrétiens qui croient que le salut se fait par l'accomplissement de préceptes, non plus de la Loi, mais des commandements de l'Église ou de tout ce que vous voudrez, ce n'est pas vrai. La Parole, le salut s'accomplit par le don gratuit de la mort et de la résurrection du Christ, il n'y a pas d'autre moyen d'être sauvé.
Que nous sachions dans notre propre foi redécouvrir toutes les exigences de la foi, car faire confiance en Dieu de façon absolue et savoir que c'est lui qui sauve et pas nous qui nous sauvons, cela demande aussi une certaine révision déchirante. Que nous sachions y faire face et essayer de les accueillir comme un don de Dieu.
AMEN