LE PLAN DE MISÉRICORDE DE DIEU
Rm 9, 15-18 ; Mt 16, 12
(30 août 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Paul recevant la Loi (Arvord)
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rères et sœurs, nous entrons maintenant dans la dernière partie de l'analyse de Paul sur la situation. Paul a expliqué que ce qui rétablit la confiance et le salut avec Dieu, ce n'est pas l'observance des œuvres de la Loi que nous ne sommes jamais capables d'accomplir entièrement, que nous soyons païens et que nous suivions la loi naturelle ou que nous soyons juifs et que nous suivions la Loi de Moïse, c'est-à-dire les dix commandements, dans les deux cas, nous ne sommes jamais capables de satisfaire aux exigences de la Loi. Pour Paul c'est un principe fondamental et par conséquent, devant Dieu, nous sommes responsables du fait de ne pas répondre à cet appel de la Loi surtout dans la Loi de Moïse qui dénonce l'attitude d'un certain pharisaïsme qui croit qu'on peut régler ses affaires avec Dieu da façon cohérente et suffisante.
Pour Paul, c'est la base de sa conversion, de son itinéraire personnel, de sa découverte du salut en Jésus-Christ, les premiers chapitres de l'épître aux Romains, c'est fondamental. Mais ensuite, il se pose une question beaucoup plus concrète et plus terrible : Dieu a-t-il voulu qu'il y ait un peuple qui vive selon la Loi ? Non seulement on se trouve devant un peuple qui a mis toute sa fierté dans le fait d'obéir à la Loi, mais on se trouve devant un peuple qui normalement maintenant devrait "accepter" que la Loi sur laquelle il a été extrêmement rigoureux et fidèle, ne compte plus, ne suffise plus pour le salut. La question pour saint Paul est terrible : pour mes coreligionnaires que deviennent-ils ? C'est le chapitre de Romains 9 à 11 qui traite de cette question cruciale de la destinée d'Israël. C'est très bien de dire que la Loi ne suffit pas, mais qu'en est-il de ceux qui continuent à faire comme si la Loi suffisait ? Paul est très vigoureux et rigoureux dans son langage, mais il avait sans doute des amis et des connaissances qui continuaient à vivre selon la Loi juive, et même dans les communautés chrétiennes. Alors, ceux qui croient que la Loi est nécessaire, pour Paul, ils sont à la limite du blasphème parce qu'ils continuent à poser des conditions pour que la gratuité du salut puisse être efficace. Pourquoi Dieu a-t-il pu vouloir une chose aussi terrible ? Paul est très lucide, et il voit bien que le ralliement massif du peuple d'Israël à l'annonce du salut par le groupe des disciples de Jésus ne va pas réussir.
Paul va s'interroger sur la destinée du peuple juif. Heureusement, nous avons lu aujourd'hui un tout petit passage dans lequel Paul va traiter le problème : dans la Loi de Moïse, il est écrit que Dieu fait miséricorde à qui il fait miséricorde. Cette formule typiquement hébraïque que lorsque Dieu fait miséricorde, c'est sans demi mesure. Paul rapporte le caractère absolu de la miséricorde de Dieu, ce qui est d'un grand espoir. Tout ce qu'il va traiter par la suite est déjà sous ce leitmotiv. Tout ce qui peut arriver à Israël adviendra sans être en dehors du plan de miséricorde de Dieu. Cela ne veut pas dire qu'il ne leur arrivera que des choses bonnes, l'histoire a montré que c'était loin d'être le cas, mais quoi qu'il arrive, Israël ne sortira jamais du plan miséricordieux de Dieu.
Après, Paul ajoute un passage plus délicat et difficile : et réciproquement, Dieu endurcit le cœur de pharaon. Dans l'élection, c'est Moïse, dans l'endurcissement, c'est le pharaon comme l'ennemi qui persécute le peuple en Égypte. Du point de vue théologique, ce genre de réflexion a donné toute la théologie de la prédestination, comme si Dieu avait prévu des gens qui bénéficieront de la miséricorde et d'autres qui auront le cœur endurci. Ce n'est pas l'idée que Paul veut développer ici. Mais il veut dire qu'en dernier recours chaque fois que l'on essaie de comprendre ce qui se passe dans l'histoire des hommes, que ce soit le peuple juif que ce soit le peuple des païens, ultimement, que ce soit la miséricorde ou l'endurcissement, cela ne sort pas du plan de Dieu. Cela ne veut pas dire qu'immédiatement Dieu endurcit le cœur du pharaon en disant qu'il allait le damner, le rejeter, mais cela veut dire que même cet endurcissement n'est pas en dehors de la vision fondamentale du plan miséricordieux de Dieu.
C'est exprimé selon un vocabulaire qui ne tient pas beaucoup des causes secondes, le problème du peuple juif actuellement ne peut pas être traité en dehors du plan de salut de Dieu. C'est la grande erreur qui s'est passée par la suite dans certaines traditions, c'est d'avoir considéré qu'Israël était rejeté du plan de Dieu. Paul n'a jamais dit cela. Il a dit que ce soit pour la miséricorde ou que ce soit pour l'endurcissement, tout cela reste mystérieusement le plan de Dieu. Cela sera finalement ce qui va animer et conduire tout le fil de sa réflexion jusqu'à dire que même le malheur d'Israël sera source de réconciliation et d'accomplissement universel du plan de Dieu.
Nous entrons là dans un passage extrêmement compliqué et délicat, mais ce qu'il faut bien comprendre dès le premier moment de la méditation de Paul sur la destinée du peuple juif, c'est qu'à aucun moment il n'a parlé du rejet d'Israël au sens où nous l'entendons habituellement. Pour lui, ce n'est pas un rejet, cela reste toujours dans le plan de ce que Moïse avait dit : quand je fais miséricorde, je fais miséricorde et le peuple juif n'est pas exclu de ce plan de salut.
AMEN