LA FOI SUPÉRIEURE À LA LOI
Rm 4, 13-17 ; Mt 8, 5-17
(24 juillet 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Abraham - Saint Jean de Malte
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rères et sœurs, nous avons lu attentivement pendant plus de quinze jours les premiers chapitres de l'épître aux Romains et malheureusement l'organisation des lectures liturgiques va nous amener petit à petit à relâcher le suivi de cette épître et là nous sommes arrivés à la fin de la première partie de l'épître, avec une présentation du personnage d'Abraham.
Je vous rappelle les éléments fondamentaux de ce discours de saint Paul qui est une sorte de diatribe, de polémique assez forte avec ceux qu'il suppose être les juifs de la communauté de Rome qui se sont convertis à la foi au Christ mais qui sans doute ont encore une assez forte tendance à valoriser la Loi. Le ressort de l'argumentation de saint Paul est de dire que les juifs peuvent être fiers d'avoir la Loi, parce que la Loi indique ce qu'il faut faire, parce qu'elle donne une sorte d'indication sur la manière de se comporter vis-à-vis de Dieu, mais elle ne donne que des indications. La Loi présente des normes, des repères pour pouvoir avancer dans la vie mais il faut autre chose que la Loi pour avancer. Pour saint Paul, le moteur qui permet d'avancer n'est pas la Loi, mais c'est la foi.
Il montre que si la Loi est incapable de faire faire le bien, mais de l'indiquer, cela veut donc dire qu'il y a autre chose qui nous permet de renouer notre relation avec Dieu et c'est ce qu'il appelle la foi. Pour lui la foi commence non pas avec Jésus-Christ, mais avec Abraham. Beaucoup de gens ont cru que Paul méprisait l'Ancien Testament, c'est tout à fait faux ! Il ne méprise pas l'Ancien Testament, il considère simplement à juste titre que le cœur de l'Ancien Testament n'est pas la Loi, mais la foi. Il explique que la première grande figure de l'Alliance, et c'est irréfutable, c'est Abraham, le père du peuple qui a cru. Quand il a cru, il a cru non pas par obéissance à une Loi, car la foi est au-dessus de la Loi, mais il a cru parce qu'il a eu confiance en la promesse de Dieu.
La Loi ne promet pas grand-chose. Dans la tête de Paul, la Loi c'est quelque chose qui donne des indications, une sorte de balisage, mais elle ne donne rien. Tandis que la foi comme réponse à la promesse, c'est parce que Dieu promet à Abraham une descendance qu'il va y avoir quelque chose qui va positionner Abraham comme père des croyants et qui est une position unique. C'est ce qu'on vient de voir dans ce dernier aspect de l'évocation de la figure d'Abraham. Paul dit que Dieu a promis à Abraham et il a cru, et il a cru quoi ? Il a promis surtout une descendance, et elle a été faite quand ? Avant le don de la Loi. La promesse de la descendance d'Abraham est antérieure à la Loi, par conséquent il y a un lien entre la foi d'Abraham, Alliance, grâce, don de l'amour de Dieu, descendance. A l'intérieur de cela vient comme une modalité particulière, se greffer l'obéissance à la Loi, mais ce n'est qu'une modalité particulière depuis Moïse seulement.
C'est là que saint Paul joue sur du velours. Si c'est la promesse de Dieu qui fait la descendance, ce qui compte c'est que lorsqu'on promet quelque chose établit la descendance, et que cela continue, et ce qui fait que cela continue, c'est la promesse et non la Loi. Quand on bénit le père Abraham, c'est parce qu'il est fécond dans sa foi. Même la fécondité d'Abraham ne s'explique pas simplement parce qu'il est obéissant, ce n'est pas une récompense, même si cette fécondité est paradoxale. Cette fécondité est l'œuvre même de la pure grâce, qui dit fécondité, dit la première forme de continuité du salut. Le salut est fait pour partir d'une source et pour se répandre de plus en plus. C'est tout le problème de l'origine du christianisme. Il part de la foi des apôtres, mais il faut que cela se propage de génération en génération. Paul dit que c'est déjà comme cela pour Abraham, ce qui a promis la génération et la fécondité du peuple juif, ce n'est pas l'observance de la Loi, mais c'est la promesse à Abraham qui l'a accueillie dans la foi.
Nous avons là une des premières grandes réflexions sur le statut de l'existence chrétienne qui se réfère bien sûr à la foi des apôtres, mais pour Paul qui est de la toute première génération que même cette foi des apôtres a un enracinement radical et nécessaire dans l'Ancien Testament. C'est parce que les apôtres eux-mêmes ont hérité de la foi d'Abraham, et il faudrait voir cela par la suite, Paul explique que la descendance en réalité c'est d'abord le Christ avant même d'être les nombreux descendants. Le principe de fécondité de la promesse est tellement actif que cela donnera le Messie.
Frères et sœurs, cela nous invite toujours à réfléchir sur la manière même dont nous concevons notre agir de chrétien et dont on peut concevoir aujourd'hui l'existence religieuse. C'est toujours le même problème, si l'existence religieuse est uniquement une observation de codes, de conventions de manières d'être, de choses à faire, de dû à Dieu, c'est inutile et cela ne sert à rien. Ce qui compte d'abord c'est le mystère de la relation personnelle de Dieu avec l'homme qui répond par la foi à la promesse de Dieu. Tout le reste entre dans ce cadre-là, mais ne remplace pas ce support fondamental de la relation avec Dieu par la foi.
AMEN