LE RÔLE DE LA LOI

Rm 2, 17-24 ; Mt 6, 16-23

(13 juillet 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'homme de la Loi (Chateaumeillant)

F

rères et sœurs, nous voici plongés avec saint Paul dans le cœur de son débat au sujet du salut. Paul écrit à la communauté de Rome dans laquelle il sait qu'il y a à la fois des chrétiens issus du paganisme, il en avait l'habitude puisque lui-même avait fondé de nombreuses communautés, mais il y avait aussi des chrétiens issus du judaïsme et sans doute ont-ils été présents à Rome pendant plusieurs siècles.

Paul quand il envoie cette lettre pour annoncer son évangile, c'est-à-dire pour proposer sa manière d'annoncer le salut, sait qu'il touche dans la communauté un problème qui est à vif : quel est le rôle, la place de la Loi dans l'économie du salut. Ce que Paul essaie de montrer dans le premier temps d'un exposé sur le salut que tout le monde est sous la colère de Dieu, cet amour rentré, que Dieu voudrait donner au monde, à l'homme mais que l'humanité enfermée dans le péché a refusé et n'accueille pas. Il veut montrer comment cette colère de Dieu se traduit au niveau de la structure profonde de l'existence humaine. Cet effet de la colère de Dieu se déploie dans toute l'humanité à travers le problème de la conscience morale. Paul dit que tous les hommes sont pécheurs parce qu'il y a au fond de la racine même de leur jugement une sorte de contradiction, ils sont faits pour juger le bien et le mal, mais la plupart du temps l'homme agit contre sa conscience. Cette contradiction au plus intime du cœur de l'homme et qui pour Paul est la manifestation de ce qu'on appellera plus tard les conséquences du péché originel, ce trouble profond d'incapacité à adhérer totalement dans la conscience humaine au bien et au refus du mal et sans doute hallucine les plus battants de cette colère de Dieu, de cet amour de Dieu refusé.

Aujourd'hui, on franchit un degré. Paul qui devient plus incisif dans son argumentation, au lieu de rester dans des généralités sur l'humanité, interpelle ses lecteurs : toi qui es-tu ? toi qui juges ? etc … Toute cette partie-là est rédigée en "tu", comme si Paul voulait vraiment acculer le lecteur au constat de cette colère de Dieu qui s'est manifestée du haut des cieux. Il répond à l'objection qu'il voyait comme possible de la part de ses lecteurs, c'est l'objection des juifs eux-mêmes pratiquants qui obéissent à la Loi. Il disent : oui, mais notre conscience, notre jugement moral est intègre parce que nous avons la Loi. Dieu nous a révélé la Loi et nous savons juger de nos propres actions et des actions des autres. Paul se dit (c'est un procédé rhétorique), ils pourraient me dire eux, tu es juif, toi qui arbore la Loi et qui te repose sur elle, et suit alors l'énumération de toutes les prérogatives du juif fier de s'appuyer sur la Loi et à juste titre, Paul dit alors : toi qui t'appuies sur la Loi et qui te réclames de la Loi, tu ne te rends pas compte que tu vis le même drame. Tu as beau dire que tu lis dans la Loi qu'il ne faut pas dérober, mais toi, tu dérobes, qu'il faut honorer Dieu seul mais tu es complice d'une certaine idolâtrie.

C'est là que les choses commencent à se corser dans l'argumentation de Paul. Il commence à laisser entendre que même si elle a été révélée, la Loi n'est pas capable de corriger cette faille profonde du jugement humain qui devant le mal et le bien est trop souvent défaillant. Paul commence à mettre en cause la puissance de la Loi à accorder le salut. Il va le développer plus tard, il va dire que la Loi est bonne parce qu'elle montre ce qui est bien et ce qui est mal, mais précisément la Loi ne permet pas, elle n'a pas en elle le pouvoir de faire accomplir par la conscience humaine ce qu'elle prescrit. Oui, la Loi te dit de ne pas dérober, mais tu dérobes, elle te dit exactement ce que tu devrais être pour entrer dans la justification, la justice de Dieu, la réconciliation mais la véritable plénitude de la relation avec Dieu la Loi ne t'en donne pas les moyens.

Frères et sœurs, c'est sûr que lorsque Paul écrit ce passage-là, il s'adresse à ce que l'on a appelé plus tard les judéo-chrétiens, c'est-à-dire les juifs qui sont entrés dans la communauté chrétienne à Rome, mais le problème reste toujours présent. Comme le dit Paul, maintenant, nous sommes sous le régime de la grâce et non plus de la Loi, mais il y a toujours en nous quelque chose de ce vieil homme qui connaît la Loi, ce qu'il faut faire mais qui ne le fait pas. Ces textes restent toujours d'une actualité brûlante pour notre propre existence. Même si nous n'appartenons pas à la Loi, nous ne pouvons pas nous réclamer d'une appartenance stricte au peuple juif, en réalité, nous portons quand même dans notre corps et dans notre être, dans notre cœur et notre jugement, les difficultés auxquelles Paul fait allusion et qui pèsent lourdement sur notre vie spirituelle et notre recherche de Dieu.

 

AMEN