LA LOI ET LA GRÂCE
Rm 7, 6-13 ; Mt 12, 22-32
(17 août 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

S'ouvrir à la grâce
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rères et sœurs, nous avons deux textes bien difficiles qui nous ont été proposés par la liturgie. Commençons par l'épître de saint Paul aux Romains. Ce texte a l'air difficile, mais en réalité, saint Paul ne fait que reprendre ce qu'il dit depuis le début de cette lettre aux Romains, dans laquelle il essaie de situer la Loi et puis la grâce. La pensée de saint Paul qui est tout à fait fondamentale, c'est que la Loi est bonne parce qu'elle nous dit en vérité ce qui est bien et ce qui est mal, mais il ne suffit pas de savoir ce qui est bien et ce qui et mal pour choisir et accomplir le bien et éviter le mal. En effet, il y a dans l'homme une tentation permanente d'être séduit par ce qui est mal. Depuis le péché originel, et c'est cela sans doute en nous la trace de ce péché origine, il y a une complicité en nous avec le mal. Savoir où est le mal ne suffit pas pour l'éviter, et à la limite comme nous le dit saint Paul aujourd'hui, la Loi en nous révélant où est le mal, sert en quelque sorte de moyen de tentation pour que nous accomplissions le mal pour faire le mal, pas simplement par hasard, pas simplement par ignorance, pas simplement par une sorte de propension à ce qui nous plaît, ce qui nous séduit, mais pour chercher le mal. C'est là que le mal devient pleinement péché.
Donc, la Loi en nous révélant le bien et le mal peut contre son but, car elle n'est pas faite pour cela, servir de moyen au péché pour nous séduire et nous conduire à pécher de façon plus profonde, plus perverse, plus consciente, plus mauvaise. Pécher par simple faiblesse est une chose, pécher pour faire le mal c'est tout autre chose. Et ainsi, la Loi, d 'une certaine manière, tout en étant bonne parce qu'elle nous révèle ce qui est vrai, est notoirement insuffisante. Tout le but de Paul dans cette épître aux Romains c'est de nous montrer qu'il n'y a pas d'autre moyen d'arriver au salut que la grâce, c'est-à-dire le don de Dieu. Il faut nous ouvrir à la force de Dieu comme à un don gratuit pour pouvoir faire le bien, ce n'est pas en retroussant nos manches, ce n'est pas en nous acharnant à l'observance des commandements que nous ferons le bien, c'est uniquement en nous ouvrant à la grâce toute-puissante de l'amour de Dieu. Ou bien nous acceptons d'être aimés et de nous abandonner à cet amour, et alors, cet amour en nous va fructifier et nous sauver, ou bien nous nous replions sur nos efforts, nos qualités, nos capacités, ce que nous croyons être aptes à faire, et alors, nous sommes fichus, parce qu'il n'y a pas en nous de force pour le bien. Il y a en nous une sorte de chaos dans lequel la Loi en mettant de l'ordre, en nous révélant ce qui est mal et ce qui est bien, en quelque sorte finit par accroître notre concupiscence, car non seulement nous désirons le mal parce qu'il nous plaît, mais finalement, parce qu'il est mal, et que nous sommes assez pervers pour vouloir le mal pour le mal. En tout cas, beaucoup d'hommes en sont capables, et si nous sommes un peu lucides, nous le trouverons dans notre propre cœur à nous aussi.
Je ne vais pas recommencer un deuxième sermon, mais peut-être est-ce cela le péché contre l'Esprit. Le péché contre l'Esprit c'est de nous fermer à cette seule et unique force capable de nous conduire au bien et au bonheur, et qui est la grâce de Dieu, c'est-à-dire l'Esprit de Dieu, car saint Paul le dit ailleurs, ce qui à la différence de la Loi peut nous conduire au bien, c'est l'Esprit de Dieu. Toute la suite de l'épître aux Romains, nous avons lu aujourd'hui une partie du chapitre septième, et nous allons bientôt entamer le chapitre huitième qui est consacré à cette victoire de l'Esprit sur le mal. Pécher contre l'Esprit, c'est refuser de recevoir la grâce, c'est se fermer à la grâce, c'est vouloir se replier sur soi-même.
AMEN