SAUVÉS PAR PURE MISÉRICORDE
Rm 11, 25-32 ; Mt 21, 33-46
(7 septembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Acropole : Pierres à l'abandon
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rères et sœurs, ces deux textes nous parlent du même mystère, c'est le mystère de la destinée d'Israël. La parabole des vignerons homicides est bien connue, elle est d'ailleurs pratiquement transparente, et les pharisiens et les grands-prêtres ne s'y sont pas trompés, ils ont bien compris que ces vignerons qui ont refusé les serviteurs de Dieu, c'est-à-dire les prophètes, pensons à Jérémie jeté au fond de sa citerne, ces vignerons qui finissent par refuser le Fils lui-même, le jetant hors de la ville, hors de Jérusalem pour le mettre à mort, c'est donc Israël en tant qu'il a refusé le Seigneur. La conséquence, ils la tirent eux-mêmes : "Le maître de la vigne retirera cette vigne aux vignerons pour la donner à d'autres qui eux, en feront produire du fruit". C'est ce que saint Paul n'a cessé de prêcher : "Puis, il dit aux juifs, puisque vous ne voulez pas écouter, nous irons aux païens, et eux, ils écouteront la Parole". De fait, l'Église s'est développée jusqu'aux extrémités du monde païen, et l'immense majorité des chrétiens sont d'origine païenne.
Qu'en est-il donc d'Israël ? Le mystère s'arrête-t-il là ? Le mystère d'un peuple que Dieu avait choisi pour être non pas son peuple à l'exclusion des autres, mais le peuple témoin, le peuple type, le symbole de l'amitié de Dieu pour les hommes, qui dès l'origine avait mission de s'étendre à tous les hommes, puisqu'à Abraham il était dit "qu'en lui seraient bénies toutes les nations", Israël qui n'a pas su reconnaître le Messie qu'il attendait, Israël dont les chefs et les grands-prêtres ont manigancé la mort de Jésus le livrant aux païens pour toutes sortes de prétextes pour que Pilate soit contraint de le crucifier, Israël donc, qui n'a pas su répondre à l'attente de Dieu, à la mission que Dieu lui avait confiée, est-il donc définitivement rayé du salut, pour que les païens le remplacent ?
Saint Paul va nous dire beaucoup de choses extrêmement importantes. La première qui est au centre de son texte, c'est que les dons de Dieu sont sans repentance. Quand Dieu donne, Il donne pour toujours. Il ne retire pas ce qu'il a donné, quelle que soit notre réponse. C'est extrêmement important, et bien peu d'entre nous le croit. Nous nous imaginons que selon notre manière de nous comporter, Dieu maintient ce qu'il nous a proposé, ou bien Dieu se repent et nous retire le don qu'Il nous avait fait. saint Paul nous dit : "les dons de Dieu sont sans repentance". Et c'est pour cela que l'élection, le choix d'Israël comme peuple élu, comme peuple type de l'humanité sauvée est sans repentance. Donc saint Paul conclut :"Israël ne peut pas ne pas être sauvé". Il n'est pas possible que cette histoire d'amour entre Dieu et le peuple qu'Il avait choisi, se termine par un échec, nécessairement, ce peuple sera sauvé comme Dieu le lui a promis. A cause de leurs Pères, nous dit saint Paul, à cause d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, que Dieu n'a pas aimé pour rire et à la légère, mais qu'Il a aimé d'amour comme des amis intimes, les descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob seront sauvés.
Mais alors, comment ? saint Paul interprète l'histoire de la manière suivante : Israël a trébuché ; il a perdu pied, il n'a pas su reconnaître l'achèvement, l'accomplissement de la mission qui lui avait été confiée. Israël s'est lui-même retiré de l'histoire du salut, il s'est mis en contradiction. Par le fait même de cette déchéance d'Israël, ou plus exactement, comme nous le dit à juste titre saint Paul, "d'une partie d'Israël", car si les grands-prêtres, les scribes, les pharisiens, les chefs du peuple et même la foule ont crié : "Crucifie-le", nous ne devons pas oublier que les apôtres aussi font partie d'Israël et que la première Église de Jérusalem est constituée d'israélites, de juifs. Par conséquent, ce n'est pas tout Israël qui a refusé Jésus, mais il est vrai que c'est une part notable, c'est l'Israël en chef, les responsables du peuple, et c'est aussi des siècles et des siècles qu'Israël ne reconnaît pas en Jésus, son sauveur.
Donc, Israël a trébuché, mais en trébuchant, il a été la cause de l'appel des païens pour venir en quelque sorte remplir le vide laissé par le refus d'Israël, les païens ont été appelés à être l'Israël nouveau. Ainsi, à ceux qui ne connaissaient pas Dieu, à ceux qui n'avaient pas été choisis, qui n'avaient pas été appelés, non pas qu'ils aient été rejetés, mais ils n'étaient pas le peuple élu, à ceux-là il a été fait miséricorde. C'est-à-dire que sans mérite aucun de leur part, ils ont été appelés au salut à la faveur de ce moment où Israël a défailli. Mais alors, dit saint Paul, si la défaillance d'Israël a été la cause de la miséricorde de Dieu pour toute cette infinité de païens qui ne connaissaient rien, qui n'avaient en aucune manière jusque-là participé à l'histoire du salut, (nous tous, frères et sœurs), si nous avons tous été sauvés par pure miséricorde, comment cette miséricorde ne rejaillirait-elle pas sur ceux qui ont défailli, qui ont trébuché ? Dieu s'est engagé : "Voici quelle sera mon Alliance avec eux, j'enlèverai leur péché". C'est une citation du prophète Isaïe. "J'enlèverai leur péché". - "Je ferai avec eux une Alliance nouvelle", dira Jérémie, "une Alliance parce que je ne me souviendrai plus de leur péché".
Il y a donc une promesse de réconciliation, et elle se fera de la même manière que s'est fait l'appel des païens, par pure miséricorde. Et c'est la conclusion de saint Paul qui est valable pour la vie de chacun d'entre nous parce que c'est le cœur même de l'évangile : "Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance". Tous nous sommes pécheurs, non pas que Dieu ait voulu que nous le soyons, mais Dieu constate que nous sommes tous pécheurs, Il nous a laissés enfermés dans la désobéissance, pour faire à tous miséricorde. Que nous soyons païens, comme vous et moi, ou que nous soyons juifs comme les héritiers de la Promesse, tous nous sommes l'objet de la miséricorde de Dieu, et il n'y a de salut que par miséricorde gratuite et aucunement en vertu des mérites que nous aurions acquis.
Si Israël a trébuché, si nous, nous sommes les héritiers des païens qui ignoraient Dieu, peu importe, de toute façon, Dieu est un Dieu de miséricorde et le salut, c'est la miséricorde de Dieu. Il n'y a qu'un moyen de salut, c'est d'ouvrir un jour enfin, notre cœur, à cet appel de miséricorde, à cet appel passionné de Dieu qui veut notre bonheur.
AMEN