LE PRIVILÈGE DE LA FOI
Rm 4, 1-8 ; Mt 7, 13-20
(19 juillet 2002)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Scruter l'Écriture
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ans le passage de l'épître aux Romains d'aujourd'hui, saint Paul va développer le sens de l'Ancienne Alliance, alors que lui-même était pharisien et héritier de toutes les traditions des Pères. Ce qui fait le génie de saint Paul dans les textes que nous allons entendre dans les jours qui viennent, c'est précisément de retourner la situation. Il va dire qu'effectivement la Loi ne sert de rien, nos œuvres ne servent de rien, mais pour autant, ce que Dieu a fait pendant quinze siècles avec son peuple, le choix, l'élection, l'Alliance, eux servent à quelque chose. Encore faut-il comprendre de quoi il s'agit.
Si comme la plupart des juifs de l'époque de Paul, on comprend la figure d'Abraham comme le père de ceux qui par la circoncision entrent dans l'Alliance, comme tous ceux qui sont marqués par un signe dans leur chair, et qui peuvent se prévaloir de l'Alliance, effectivement dit Paul, dans cette interprétation et cette compréhension-là de l'Ancien Testament, on fait fausse route. Mais si, à l'inverse, on relit comme le fait saint Paul, avec beaucoup de subtilité j'en conviens, mais cela a beaucoup d'importance, si on essaie de comprendre ce qui fait qu'Abraham est juif, Paul va dire cette chose énorme, et qui reste énorme aujourd'hui, ce qui fait d'Abraham un membre du peuple, le père du peuple juif, ce n'est pas la circoncision, mais c'est déjà la foi. Autrement dit, Paul retourne complètement la situation. Tous ceux qui croient qu'on peut se réclamer d'Abraham comme une sorte de privilège et de distinction des juifs contre les païens, se trompent. La seule chose qu'on peut lire en Abraham c'est : "Abraham crut à Dieu, et cela lui fut compté comme justice". Or dit Paul, ceci s'est passé avant qu'Abraham ne reçoive le signe de la circoncision, et même d'une certaine manière avant qu'il ne reçoive les promesses. Le privilège d'Israël, c'est d'avoir cru et espéré par avance. Le privilège d'Israël n'est rien d'autre que l'anticipation du privilège de tous les croyants en Jésus-Christ, c'est le privilège de la foi.
On retrouve ici une des données qui me paraît de plus en plus fondamentale pour comprendre les relations entre le monde juif et le monde chrétien. Trop souvent, on les a opposés comme si les chrétiens apportaient quelque chose que les juifs n'avaient pas compris ou ne voulaient pas comprendre, en réalité, Paul, prend exactement le contre-pied. Paul dit que déjà dans la tradition juive, ce qui était le fondement même de l'existence, c'était la foi. C'était déjà vrai de celui qui était le premier de tous, Abraham, que pour cette raison il appelle le père des croyants.
Comme vous le voyez, ce genre de texte est d'une actualité brûlante. Aujourd'hui encore la question de la relation entre les chrétiens et les juifs reste toujours une question difficile, et il n'est pas sûr que les vingt siècles d'histoire qui se sont écoulés depuis la prédication de Paul ait beaucoup arrangé les affaires. Pourtant, si nous y regardons de très près, on comprend effectivement que ce que Paul voulait dire, c'était que ce qui était offert aux païens était en réalité la stricte continuation et le strict développement de ce qui avait déjà été offert historiquement, par anticipation, à Israël. Cela, évidemment, change toute la perspective, c'est pour cela qu'on peut parler d'Israël comme d'un frère aîné dans la foi, et c'est pour cela que saint Paul va pouvoir développer par la suite l'idée que lorsque les païens entrent dans l'Eglise, ils le font parce qu'en réalité, ils sont greffés comme un greffon d'olivier est branché sur le tronc principal de l'olivier, c'est-à-dire greffé sur la tradition d'Abraham et du peuple élu.
AMEN