LE CULTE SPIRITUEL

Rm 12, 14-21 ; Mt 8, 23-27

(27 juillet 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Saint Jean de Malte : Un seul peuple

C

 

es versets de l'épître de saint Paul aux Romains sont une succession de conseils et de recommandations qui donnent les orientations fondamentales de la vie chrétienne. Paul a commencé par cette vision fondamentale de la vie baptismale qu'il appelle le culte spirituel. Le culte c'est-à-dire non pas une activité telle qu'on la pratique maintenant dans une assemblée chrétienne mais c'est toute notre vie, toute notre existence qui, par et dans le Christ mort et Ressuscité, devient un culte spirituel ce qui veut dire notre manière de vivre pour Dieu, dans la puissance de l'Esprit. C'est cela que signifie précisément l'expression "culte spirituel".

Ensuite, Paul expliquant les différentes dimensions de ce culte spirituel que les chrétiens de Rome doivent avoir et exercer dans leur vie pour Dieu, leur montre que la première manière de le réaliser c'est de vivre la charité dans. Effectivement la première manière dont nous vivons le culte spirituel c'est d'être baptisé, c'est l'acte fondamental par lequel nous entrons dans l'activité cultuelle chrétienne en entrant dans le Christ. Par conséquent nous recevons le baptême pour vivre dans une communauté où il n'y a pas des ministres pour "faire quelque chose" et des spectateurs qui regarderaient ce qui se passe, mais tous, nous somme participants du culte spirituel et ceci dans ou en dehors de l'église. Donc Paul précise que cette notion fondamentale prend en compte toute la vie de tout chrétien. L'existence baptismale est cultuelle ou elle n'est pas spirituelle. Paul donne alors un certain nombre de recommandations en ce qui concerne les devoirs fondamentaux de la charité en dehors et à l'intérieur de l'église et ensuite très logiquement, il en vient à l'acte cultuel envers tous les hommes, ceux qui ne sont pas dans l'Église.

Comme vous le savez, il est plus facile d'être plein de charité envers ceux qui pensent comme vous, mais quand les gens ne nous aiment pas ou quand il y a des dissensions, de la méfiance, du soupçon, là Paul donne des indications concernant la manière cultuelle de vivre dans ces conditions. Autrement dit, pour Paul l'existence cultuelle n'est pas simplement à usage interne pour les membres de l'Église, mais elle doit agir aussi à l'extérieur. C'est-à-dire que, vis-à-vis du monde, nous exerçons, en tant que chrétiens, un véritable sacerdoce. Nous sommes le signe de la présence de Dieu et, à travers cette attitude cultuelle, vis-à-vis de nos frères nous manifestons notre existence de chrétiens. Ce qui nous montre, entre nous soit dit, qu'il n'y a pas d'opposition entre l'existence cultuelle telle que nous la vivons à l'intérieur de l'Église comme corps organisé et la mission, car la mission est aussi une activité cultuelle. Etre apôtre, être missionnaire, annoncer l'évangile c'est encore rendre le culte spirituel à Dieu. Mais alors comment ?

A l'intérieur de l'Église, Paul demande la charité car il suppose quand même que l'on s'aime, mais en dehors de l'Église il dit : "Même si les gens ne vous aiment pas, bénissez et ne maudissez pas !" Autrement la manière d'exercer le sacerdoce ministériel ou baptismal c'est de bénir ceux qui vous persécutent, de bénir et de ne jamais maudire, de se réjouir avec qui est dans la joie, de pleurer avec ceux qui pleurent et finalement, toujours de vaincre le mal qui nous est fait par le bien. Autrement dit un des aspects fondamentaux de notre sacerdoce de baptisé, de notre existence cultuelle au milieu de ce monde, c'est d'être des témoins de l'amour débordant de Dieu. Je crois que c'est cela qui est au fond la vision fondamentale de Paul. L'amour, communion de charité vécue à l'intérieur de l'Église, pour Paul cela va de soi. Lorsque cela ne va pas comme à Corinthe Paul sait prendre la plume pour montrer aux Corinthiens qu'ils ne portent pas dignement le nom de baptisés. Mais, vis-à-vis de ce monde, le culte spirituel c'est de vaincre le mal par le bien.

Et ici Paul reprend un thème qui était déjà dans l'Ancien Testament, un petit passage des Proverbes : "Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire, car c'est amasser des charbons sur sa tête et le Seigneur te le rendra" Contrairement à ce que l'on pourrait croire ceci ne signifie pas que c'est une façon d'attirer la vengeance sur l'ennemi, utiliser le bien comme un moyen de vengeance car alors ce serait "la perversion du bien". Mais c'est commencer par faire brûler sur lui l'amour de Dieu, c'est commencer le processus de conversion pour l'ennemi par le fait que par le bien que nous lui faisons nous lui manifestons la surabondance du bien et la victoire du bien que Dieu fait par nous pour lui sur le mal qu'il cherche à faire à Dieu ou à nos frères C'est donc le processus global de la conversion de ce monde tout entier qui est ainsi demandé par le culte spirituel. C'est pratiquer la certitude de la victoire de l'amour de Dieu et du bien que le Christ est venu accomplir sur la terre. C'est cela que le Seigneur nous demande et c'est cela notre véritable culte spirituel de baptisés. Qu'Il nous accorde d'être de vrais témoins de son amour indéfectible pour le monde.

 

AMEN