JE NE ROUGIS PAS DE L'ÉVANGILE
Rm 1,16-25 ; Lc 12, 32-38
(11 octobre 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

Pompéi : rue de la ville
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e voudrais réfléchir avec vous ce matin sur le premier verset de l'épître de saint Paul aux chrétiens de Rome :"Je ne rougis pas de l'évangile; il est une force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d'abord, puis du Grec, car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : Le juste vivra de la foi."
L'apôtre affirme que l'évangile est une puissance, une force de salut, et il s'explique en disant "c'est parce que la justice de Dieu s'est révélée par l'évangile". Ceci signifie que le salut de Dieu est lié profondément, intimement à l'évangile quand il est proclamé, parce que cette proclamation de l'évangile manifeste la justice de Dieu, la puissance de Dieu. Et ceci montre que cette puissance et cette force de Dieu n'est pas inscrite uniquement dans le passé, au moment où la révélation a été donnée aux hommes qui ont reçu l'évangile, mais que c'est une force actuelle, c'est une action qui se déroule à chaque instant, et dont les moments forts sont la proclamation de l'évangile par la voix du ministre, par la voix de l'apôtre ou de ses successeurs.
Cette annonce de l'évangile, cette proclamation de la Parole de Dieu révèle donc, aujourd'hui, la justice de Dieu comme étant agissante, comme étant féconde, comme étant efficace, c'est-à-dire elle sauve. Cette justice n'a rien à voir avec ce que l'on peut connaître de l'esprit juridique des rabbins du temps de saint Paul, ni de la conception des pharisiens qui se faisaient juges et censeurs de la vie de leurs frères. Cette justice que l'évangile proclame et qu'il féconde, c'est l'œuvre de la bonté de Dieu, c'est l'œuvre de sa fidélité, c'est l'œuvre de cette permanence de l'Alliance que Dieu a scellée et qu'Il veut continuellement re-sceller et accomplir dans le cœur des hommes, dans le cœur du peuple.
Et cette Alliance, déjà, avait été annoncée par le psalmiste en un psaume qui ressemble fort à ce verset de Paul et cela permet de penser que Paul a dû s'inspirer de ces quelques versets du psaume 98 : "Le Seigneur a fait connaître son salut aux yeux des païens (pas simplement des Juifs), Il a révélé sa justice, se rappelant son amour et sa fidélité pour la maison d'Israël." L'amour et la fidélité pour la maison d'Israël s'étend, par la révélation du salut, à tous les païens, c'est exactement ce que l'apôtre Paul dit : "le salut de tout croyant, du juif d'abord, puis du grec," c'est-à-dire du païen. Et le psalmiste continue : "Tous les lointains de la terre ont vu le Salut de notre Dieu ! Acclamez le Seigneur toute la terre ! Éclatez en cris de joie !"
Le psalmiste et l'apôtre affirment donc que ce salut a été proclamé et que ce salut réalise la justice même de Dieu. C'est l'initiative pure et gratuite de Dieu qui manifeste ce salut dans le cœur des hommes. Les juifs ont connaissance de cette initiative, mais ils n'y ont pas répondu. Les païens n'en ont pas connaissance, mais dès qu'elle s'est manifestée, ils y ont répondu par la foi. Et cette foi a été le terrain de leur salut. Car l'apôtre dit : "La justice de Dieu se révèle de la foi à la foi.". Cette justice qui est proclamée par l'évangile, est donc en relation profonde, intime et directe avec notre foi. Cette justice s'obtient dans la foi, s'obtient par la foi. Elle est donnée à ceux qui croient, à tout croyant, sans faire acception de personnes, sans considération de race, sans considération d'élection divine, sans considération de culture ou d'autres religions. Ce salut est destiné à tout homme, et ce sera l'œuvre de Paul de l'annoncer à toutes les nations, à commencer par les païens.
Il n'y a donc aucune considération ni aucune condition de notre part, pas même l'application de la Loi, pas même la connaissance des Écritures, comme condition préalable pour recevoir ce salut. Nous le recevons dans la foi et il doit engendrer en nous la foi. C'est parce que Paul est sûr, c'est parce qu'il est fort de cette foi et de ce salut que sa propre prédication va engendrer la foi dans le cœur des autres qu'ils soient juifs ou païens. Et c'est pour cela qu'il dit : "Je ne rougis pas de l'évangile." Si cet évangile n'avait adressé qu'aux juifs, il pourrait en rougir et avoir honte de le proclamer aux païens, il dilapiderait, pour ainsi dire, le trésor donné par Dieu à un peuple. Mais il n'a pas honte de le proclamer parce que, dans la force de cette foi il sait que cet évangile de la justice de Dieu doit s'accomplir et doit être donné pour que tout homme soit intégré dans le mystère rédempteur du Christ.
Cette parole de l'évangile s'adresse également à nous qui avons, comme Paul, reçu cette foi universelle, cette foi pour tout homme, et dans cette foi, nous recevons le salut, nous recevons l'œuvre efficace, féconde, permanente de la miséricorde et de la fidélité de Dieu, et, forts de cette foi, nous devons la proclamer, nous devons ne pas en rougir. Si notre foi n'engendre pas la foi, c'est qu'elle est devenue stérile, c'est qu'il n'y a plus en elle ce principe vital, ce principe de débordement, cette maternité qui doit engendrer, dans le cœur des autres, cela même que nous avons reçu, ce dont nous vivons. Ou alors l'évangile n'est fait que pour les juifs, et pas pour les païens, que pour l'Église et pas pour les incroyants.
Que ce verset de l'apôtre Paul réveille un peu notre foi et que nous puissions, à travers notre vie simple, pauvre et quotidienne, la manifester pour qu'elle puisse être dans le cœur des autres, le terrain favorable qui va leur permettre de recevoir le salut de Dieu et de chanter, comme le psalmiste, "sa fidélité au long des âges".
AMEN