L'AMOUR VIENT DE DIEU
Dt 7, 6-11; 1 Jn 4, 7-16; Mt 11, 25-30
Fête du Coeur du Christ
(7 juin 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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imons-nous les uns les autres, puisque l'amour vient de Dieu". C'est le mystère de cette fête d'aujourd'hui qui a souvent été entendu comme deux phrases séparées : "l'amour vient de Dieu... aimons-nous les uns les autres !" Mais, c'est "puisque" l'amour vient de Dieu que nous nous aimons les uns les autres. Le message est si bien intégré qu'on a oublié la seconde partie de cette affirmation et qu'on a ouvert la porte à de folles caricatures, qui s'inscrivent dans nos instincts psychiques les plus archaïques : il nous semble bon d'aimer, mais au fond, nous n'avons pas les moyens de cet amour. D'ailleurs la phrase le dit : "puisque l'amour vient de Dieu".
Une des caricatures les plus répandues au sens que chacun de nous la traverse, doit sans cesse la retravailler, c'est que nous confondons l'amour avec le sentiment, que nous vérifions l'amour que nous éprouvons pour les autres à ce que nous ressentons les uns pour les autres. C'est une des métamorphoses à laquelle est invité tout couple qui se prépare au mariage, et toute vie commune. A un moment donné, la vie commune n'est pas vérifiable par le sentiment et par les sensations que j'en éprouve. Avec Dieu, c'est encore pire, (même si l'expression n'est pas française), il y a de fortes chances que nous ne puissions jamais vérifier sur le plan sentimental ce qu'il éprouve pour nous. Je ne dis pas encore ce que nous éprouvons pour Lui. Dieu nous privant de cette vérification, nous donne en échange un bien beaucoup plus grand, c'est la liberté. Il est certain que de temps en temps nous préférerions avoir quelques vérifications sensibles, quitte à nous priver un peu de liberté, mais Dieu a une plus haute idée de l'homme à ce moment-là. Effectivement, Il a une telle haute idée qu'Il maintient contre nous-mêmes cette liberté.
Ce que nous fêtons aujourd'hui c'est la première naissance de cet amour qui vient du cœur de Dieu. Ce que nous fêtons aujourd'hui, ce n'est pas une sorte de message universalisé, dont nous les chrétiens serions les garants dans un monde de violence et de fureur, et qu'en étant au cœur de la messe nous serions là, un peu comme l'élite choisie, chérie, comme une bonbonnière. Ce serait horrible de penser cela. Nous sommes là, exposés en plein vent, exposés au manque d'amour des hommes, nous sommes là comme ceux qui effectivement doivent tirer de ce que nous venons faire ici, la manière de témoigner que l'amour vient de Dieu, ce Dieu qui a envoyé son Fils, qui a tellement aimé le monde qu'il a envoyé son Fils. Cette contemplation première de cet amour si ancien, qui a le goût du premier moment de la création, qui a le bruit des océans dans la tête, qui a les cris de l'agonie du Christ en croix, voilà, c'est cela l'amour de Dieu. Ce n'est pas du sentiment. Nous devons être pénétrés par cet effroyable amour de Dieu, qui pour l'instant contient ses digues de la puissance de salut qu'Il veut offrir à chaque homme, à chaque cœur, sans en oublier aucun. Cette puissance que nous célébrons, que nous contemplons, d'ailleurs, nous devrions avoir les yeux de l'âme écarquillés, éblouis, émerveillés, presque effrayés, par la puissance de l'amour de Dieu. Au fond, l'amour chez Dieu, ce n'est pas du tout un sentiment, c'est de l'être, c'est une manière d'être qui est de sauver. Nous sommes invités à nous laisser sculpter, ameublir par cet amour de Dieu qui dépasse l'idée d'un sentiment, mais notre être doit se conformer à cette manière d'être de Dieu.
Frères et sœurs, en cette fête du Sacré-cœur, fête puissante, fête de lumière, nous sommes autorisés à la fréquenter puisque nous sommes venus ici au cœur de ce jour pour la célébrer, laissons-nous saisir pour que d'autres après nous, à travers nous, découvrent non pas nous, les aimants, mais Dieu nous aimant, les aimant définitivement.
AMEN