AGGÉE, PROPHÈTE DE LA CONSOLATION
Ag 1, 1-8
(28 septembre 1983)
Homélie du Frère Michel MORIN
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a semaine dernière nous avons lu le livre d'Esdras qui relate les événements historiques, sous le règne de Cyrus, du retour des exilés vers la terre de Palestine. Aujourd'hui nous avons lu un passage du prophète Aggée. Il se situe vers l'an 520, c'est-à-dire dans les années immédiates qui ont suivi l'arrivée des premiers contingents d'exilés à Jérusalem et dans l'ancien royaume de Juda. Dans la tradition de l'Église, le prophète Aggée fait partie de ces douze petits prophètes qui ne sont pas petits parce que leur message serait de moindre importance, mais tout simplement parce que leurs textes sont très courts par rapport à Isaïe, Ezéchiel ou Jérémie dont les textes sont très longs.
Il y a trois grandes périodes dans l'histoire prophétique d'Israël. La première se situe avant l'exil : c'est la période de l'annonce du châtiment, de la punition.
Nous lisons, par exemple, dans le prophète Isaïe, dans Amos, cet appel très fort que si le peuple ne se convertit pas il sera châtié, si le peuple ne retourne pas de tout son cœur, de toute sa foi au Dieu unique et véritable d'Israël, s'il ne rompt pas ses alliances politiques ou religieuses avec d'autres fois, d'autres religions, il sera puni : le peuple sera détruit, le temple abattu et la terre désertée. Cette période sera suivie par le châtiment puisque le peuple et le roi le premier qui n'ont pas voulu se convertir, écouter la parole des prophètes, seront emmenés en exil dans les terres de Babylone. La deuxième période correspond à ce demi-siècle où le peuple est en captivité : c'est le temps de la prophétie de la consolation avec Jérémie, Ezéchiel qui annoncent un retour, un reprise en main de Dieu, une miséricorde. Il faut que le peuple, au cœur même de son épreuve, puise dans cette miséricorde, toute sa force, toute son espérance pour vivre cet exil sans se laisser contaminer par le pays où il vit, en gardant la foi au Dieu vivant, comme si parfois nos péchés les plus graves nous faisaient découvrir, en définitive, cette présence de Dieu, cet appel de Dieu au cœur de nos vies. Et la troisième période est celle de l'après exil dont fait partie le prophète Aggée : c'est la période de la restauration, le moment où le peuple, par la grâce de Cyrus, peut revenir sur sa terre, reconstruire le Temple, cette maison du Seigneur dont parlait Aggée, et reprendre sa vie religieuse, sa vie spirituelle, là même où Dieu l'avait d'abord installé, sur la terre promise à Abraham.
Le prophète Aggée est le premier prophète de la restauration, celui qui annonce que "toute peine est passée, toute punition est abolie, Dieu va rendre la robe d'Israël aussi blanche que la neige", depuis cette couleur d'écarlate dont elle avait été trempée pendant l'exil. Et vous avez entendu, dans l'évangile que le Christ est venu comme pour réaliser cette espérance d'une restauration définitive, non plus simplement dans les pierres du Temple ou sur la terre d'Israël, mais dans le cœur de tout homme. C'est Lui qui est venu comme pasteur, chercher cette brebis égarée qu'est l'humanité tout entière et chacune de nous-mêmes, pour la reprendre, pour laver sa robe de laine de ses blessures et du sang de son péché. Et retrouver, avec le Christ, le cœur même de Dieu dans la joie, cela nous introduit dans l'Église comme retrouver la terre, après l'exil, a introduit le peuple dans une nouvelle liturgie, dans une nouvelle célébration, dans un temple nouveau, ce second temple rebâti après la destruction de celui de Salomon.
Et cette Église, saint Matthieu nous le dit après ce passage de la brebis perdue que le Christ vient rechercher, cette Église a deux caractéristiques : celle de la charité fraternelle, de la correction fraternelle, du pardon, de la reprise des autres et celle de la prière, la prière au nom du Christ, prière des uns et des autres. Pendant cette prière, la présence même du Christ se réalise de façon efficace dans leur cœur et au milieu d'eux. Il y a donc plus qu'un parallèle ou une analogie, il y a une fécondité entre la prophétie d'Aggée et l'évangile du Christ rapporté aujourd'hui par saint Matthieu. C'est le Christ, dans sa chair, qui vient restaurer le véritable Israël, c'est Lui qui est la pierre de fondation de l'Église, dans laquelle désormais peuvent se réunir tous les exilés que le Christ est venu chercher à l'image de la brebis perdue. Cette Église vit de la charité cette Église vit de la prière. Alors nous prierons pour que nous qui sommes l'Église, les pécheurs pardonnés, les exilés retrouvés, nous puissions vraiment célébrer, dans le temple nouveau du corps du Christ, cette liturgie de la miséricorde, de l'amour de Dieu qui ne retient pas nos fautes.
Nous prierons tout particulièrement pour tous les pécheurs qui, aujourd'hui, après une longue absence et un long exil, après un long temps de ténèbre ou de mal, retrouvent cette miséricorde de Dieu, disent oui à ce pasteur qui est venu les chercher là même où ils s'étaient égarés. Il y a souvent, même dans cette église, des hommes, des femmes, des jeunes qui retrouvent cette miséricorde de Dieu et qui ont besoin, pour vivre leur conversion, pour vivre cette restauration de la grâce en eux, de la prière, de la charité de leurs frères. Cette prière et cette charité, nous les leur devons par la communion des saints.
AMEN