UN PREMIER CATÉCHISME

Ne 9, 23-27 ; Lc 14, 7-14

(19 octobre 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

F

 

rères et sœurs, dans le livre de Néhémie, nous lisons actuellement ce qu'on appelle habituellement le Cantique de Néhémie et qui est une sorte de premier catéchisme. Les exilés sont rentrés, ils ont essayé de se réinstaller, on ne peut pas dire que leurs premières préoccupations aient été des préoccupations religieuses, et lorsque Néhémie revient pour constater la situation, il se rend compte de la gravité de ce qu'on appellerait aujourd'hui la déchristianisation ou la sécularisation et il se demande comment faire. Nous avons lu dans les semaines précédentes les premières actions de Néhémie : il rebâtit le mur de Jérusalem, avec toute cette ambiguïté d'enfermer la ville de Jérusalem dans ses mors, de lui donner une sorte de position de force vis-à-vis d'assaillants et surtout de lui donner la possibilité de s'enfermer sur elle-même. Ce n'est sans doute pas la vocation réelle et profonde de la ville, et c'est encore le même problème aujourd'hui.

Après cette tentative de reconstruction des murs, Néhémie a le bon sens de s'apercevoir que le peuple n'est plus formé. On rassemble alors le peuple, et on lui fait une catéchèse. En quoi consiste-t-elle ? On lui raconte les merveilles de Dieu. On reprend tout ce que Dieu a fait depuis la création jusqu'au jour de Néhémie, c'est la fidélité de Dieu et le fait que Dieu n'a jamais abandonné son peuple. C'est ce qui va donner le visage définitif à cette époque-là aux cinq livres de la Loi, c'est-à-dire une vision à la fois historique et théologique. On va rassembler tous les événements de l'histoire d'Israël et les illuminer par le regard que Dieu porte sur cette histoire.

C'est ce texte de Néhémie qui est le prototype ou le modèle et dans cette sorte d'hymne de louange. Néhémie explique tout ce qui s'est passé depuis la création, l'appel d'Abraham, le don de la Loi, la désobéissance du peuple, la royauté, la déportation, l'exil et le pardon. C'est en fait la première théologie de l'histoire. C'est la première fois que de façon synthétique on explique au peuple d'Israël que la Loi, qui est pourtant la règle profonde de conduite, s'inscrit dans une histoire parce que Dieu est le Seigneur de l'histoire d'Israël.

Vous le savez, que ce soit chez les juifs, que ce soit chez les chrétiens, très souvent la tendance lorsqu'il s'agit de résumer la foi c'est d'énoncer un certain nombre de principes et de vérités, soit du point de vue de la dogmatique, l'affirmation de l'existence de Dieu, le pouvoir créateur de Dieu, etc … soit du point de vue éthique avec les dix commandements. Or, dans le texte de Néhémie, ce n'est pas exactement la même perspective. Ce qui préoccupe l'écrivain et ce qu'il veut inculquer à son peuple, c'est ce qu'on appelle "l'histoire du salut". Avant tout, un juif comme un chrétien c'est celui qui est inscrit dans une histoire. Qu'est-ce que l'histoire pour Néhémie et pour nous ? C'est le projet que Dieu a sur nous.

La religion n'est pas un ensemble de vérités à croire ni un ensemble de choses à faire, de commandements à exécuter. Le véritable comportement des juifs et des chrétiens, c'est de se laisser insérer, guider, conduire par le Dieu qui est le maître de l'histoire.

 

AMEN