LE PROJET THÉOLOGIQUE DE NÉHÉMIE
Ne 1, 1-11 ; Lc 11, 27-32
(28 septembre 2009)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, peut-être que vous ne vous en doutez pas, mais le livre de Néhémie dont nous commençons aujourd'hui la lecture est d'une redoutable actualité. En effet, le livre de Néhémie raconte à peu près dans une version évidemment adaptée à son temps, quatre cent cinquante ans avant Jésus-Christ, ce qui se passe dans le pays d'Israël et de Palestine actuellement depuis une vingtaine d'années. C'est le problème de l'implantation des colonies et de la récupération des territoires. C'est d'ailleurs pour cela que, même si c'est choquant, que je comprends très bien que les israéliens (que je ne confonds pas avec les israélites), puissent avoir le livre de Néhémie comme référence pour justifier quelque chose qui, je crois, est profondément choquant : la récupération du terrain. Je crois qu'un certain nombre qui sont religieux le vivent à peu près de cette façon.
En effet, nous sommes en quatre cent cinquante à peu près et il y a déjà plus de quatre-vingts ans que le roi Cyrus, roi des Perses, avait libéré le statut des juifs dans l'empire Perse. A cette époque-là, l'empire Perse était pratiquement plus grand que l'empire Ottoman avant la guerre de 1914, et que le rois des Perses, ceux qu'on a appris dans les livres de Mallet-Isaac, dominaient tout le Proche-Orient. Par une inspiration qui a paru divine aux hébreux, il avait décidé qu'ils pouvaient retrouver non seulement un statut d'hommes libres, car à Babylone, ils étaient des étrangers, mais aussi qu'ils pouvaient retourner sur leurs terres. Comme en général la population juive est très débrouillarde et que depuis ce moment-là elle s'est habituée à vivre en diaspora, c'est-à-dire dans un milieu qui n'est pas de leur nationalité, il n'y avait pas eu beaucoup de juifs qui ont choisi de rentrer au pays. Quand on chante : "Quand le Seigneur ramena nos captifs, notre bouche était pleine de rires et nos lèvres de chansons, ramène Seigneur les captifs comme torrents au désert", en réalité, ce n'était pas des torrents au désert, c'étaient de maigres petites caravanes de sionistes convaincus avant la lettre, qui étaient repartis pour Jérusalem par piété et dévotion. Il faut bien le dire, cela n'avait pas tellement réussi.
C'est exactement la situation actuelle, quand ces gens-là sont revenus, les territoires étaient à d'autres populations : les samaritains, différentes personnes qui avaient été déplacées par le pouvoir assyrien, les territoires étaient dévastés, les propriétés complètement anarchiques et l'on ne pouvait plus identifier, ni déterminer quel champ était à qui et quel olivier était à qui. Petit à petit, pendant les quatre-vingts ans, deux ou trois générations, non seulement la réforme politique avait échoué, Zorobabel n'avait pas pu reprendre le pouvoir, non seulement l'essai d'une réhabilitation religieuse avait été très moyenne puisqu'on n'avait même pas réussi à rebâtir le temple. Mais en même temps, c'était ce qui était à l'époque pour eux, une horreur, les mariages mixtes avec les cananéennes, c'est-à-dire qu'on ne maintenait plus les critères de la judaïté, on n'était plus circoncis, vous imaginez la décadence totale qui régnait dans le pays.
Néhémie fait partie des gens qui vivent à la cour de Perse à Babylone, et régulièrement, il demande des nouvelles des cousins qui sont repartis à Jérusalem et on lui dit que cela va de plus en plus mal. Néhémie pense que ce n'est pas normal, si on a une petite équipe de juifs qui retournent sur la terre, il faudrait que cela marche. Il est profondément scandalisé, et alors qu'il est échanson du roi, avec toute la responsabilité qui lui incombe (il verse le vin dans la coupe du roi, c'est un métier de confiance, cela dépend de lui qu'il y ait de l'arsenic ou pas dans le vin !), il demande au roi un congé sans solde, pour partir à Jérusalem et se rendre compte sur place de ce qui se passe.
Le livre que nous allons lire au fil des jours qui vont suivre, c'est l'histoire d'un homme qui se rend compte de la déchéance et de l'impossibilité d'une véritable restauration et qui, comme une sorte de Sharon moderne, va mettre sur pied un projet de réoccupation de la terre. Mais il y a quand même une différence, c'est la différence théologique. A cette époque-là, l'idée de vivre sur une terre, de partager la même foi et la même communauté de croyance était quand même un peu plus profonde et vitale que ce que nous voyons aujourd'hui, où il faut bien reconnaître que les valeurs religieuses de l'Israël moderne ne sont pas beaucoup plus prisées que les valeurs chrétiennes dans le monde occidental.
C'est là ce qui fait toute la différence. Si Néhémie a entrepris ce projet, c'est pour des raisons religieuses précises. Nous avons entendu cette très belle prière au début de son livre : c'est l'interprétation de la situation à partir du péché et de l'infidélité d'Israël. C'est sûr qu'aujourd'hui, les gouvernants israéliens ne prennent pas du tout le même ton, ils ne vont pas se lamenter tous les soirs au Mur des Lamentations ! mais cela a une certain importance car ce que Néhémie a réalisé, il ne l'a pas fait par le pouvoir de sa main, de sa force militaire, mais il l'a réalisé parce qu'il a travaillé dans une optique prophétique. Il fallait retrouver pour son peuple une identité et dans ce cas-là, cela ne pouvait pas se faire autrement qu'en recevant une terre, en ressuscitant le culte au Temple qui va renaître grâce à l'action de Néhémie.
Comment cela va-t-il se passer ? C'est ce que vous découvrirez dans les prochains épisodes !
AMEN