ESDRAS ET NÉHÉMIE

Ne 2, 1-9

(6 octobre 1981)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Capharnaüm : étoile de David 

C

ertains d'entre vous ont sans doute remarqué que, depuis quelque temps, nous lisons au moment de l'épître, deux livres de livres de la Bible qui sont très méconnus. On comprend assez cela car toutes les histoires qui y sont racontées nous paraissent bien étranges, bien obscures et difficiles : ce sont les livres d'Esdras et Néhémie. Voici quelques clés de compréhension de ces livres, afin que ces pages nous soient profitables car si cette Écriture a été consignée dans l'histoire d'Israël, c'est que cela a été voulu par Dieu, afin que nous en tirions profit, même si le premier abord est un peu déconcertant.

       De quoi s'agit-il ? Ces livres portent les noms de deux personnages importants de la Tradition biblique, qui ont vécu entre 530 et 480, c'est-à-dire au moment où le peuple d'Israël est rentré sur sa terre après l'épreuve de l'exil à Babylone. Or ces deux hommes ont reçu mission de Dieu, à deux moments séparés, successivement, Esdras d'abord puis Néhémie, pour aider à la reconstruction et au redémarrage de la vie du peuple sur sa terre. Ceci est généralement considéré par les historiens comme le début de ce qu'on appelle le Judaïsme comme s'il y avait eu une époque importante de l'histoire d'Israël, depuis Moïse jusqu'au moment de la fin de la royauté quand le peuple a été détruit, et qu'ensuite, il n'y aurait eu qu'une simple survivance. En réalité, cette expérience du retour et de la réimplantation du peuple dans sa terre et particulièrement à Jérusalem, n'est pas quelque chose de facultatif, de secondaire, mais tout à fait central.

       En effet, c'est la première fois que le peuple d'Israël, le peuple de Juda, fait l'expérience d'une résurrection. C'est exactement dans cette optique-là qu'il faut lire ces textes, et je crois que c'est pour cela qu'ils nous ont été donnés et transmis par l'histoire. C'est le moment où Dieu a préparé le cœur de son peuple à vivre un mystère de résurrection qu'il vivait seulement en figure, mais en vue de la résurrection définitive et totale qui serait inaugurée par celle de Jésus-Christ au matin de Pâques En effet, le peuple avait vraiment connu la mort dans l'exil. La ville était morte, le peuple était mort, décimé, réduit en esclavage, dispersé. La vie du peuple juif lui-même et ses coutumes et ses traditions avait été à plusieurs reprises dangereusement mise à l'épreuve. Souvenez-vous surtout de l'épisode d'Esther et de Mardochée où l'un des conseillers du roi de Perse veut détruire tous les juifs et les empêcher de vivre selon leurs coutumes et selon leurs lois. Quand ces hommes reviennent à Jérusalem, ils font une première expérience, d'un premier pressentiment de la résurrection.

       Or cette résurrection ne s'accomplit qu'à certaines conditions. La première, c'est de reconstruire le Temple. Car le sens de la résurrection, c'est Dieu présent au milieu de l'humanité et au milieu de l'humanité en ruines. C'est parce que Jérusalem est délabrée, désolée, abandonnée, que Dieu veut d'abord qu'on reconstruise le Temple. Il veut affirmer sa présence au milieu des murs ruinés, de Jérusalem dévastée. C'est pour cela qu'Esdras puis Néhémie devront commencer par là.

       La deuxième condition c'est la fidélité. Vous vous souvenez de ce texte qu'on a lu récemment où un des personnages d'Israël demande que l'on n'épouse pas les filles des étrangers, ou que l'on rompe avec celles que l'on a prises déjà pour épouses. Ce n'est pas une loi de ségrégation raciale, c'est une épreuve de fidélité. Si Israël doit aimer son Dieu et doit ressusciter par la force de son Dieu, ce ne peut être que dans un unique amour, par conséquent par un amour qui reste à l'intérieur de l'élection. Ce n'est pas par mépris pour les autres peuples, mais c'est parce que le peuple doit rester ce qu'il est, dans son identité que Dieu lui a donnée par le choix qu'il a fait de ce peuple d'Israël. Par conséquent, il doit rester dans cette fidélité et cette obéissance à l'élection. S'il n'y a pas obéissance, il n'y aura jamais résurrection.

       Il y a ensuite une troisième chose qui a été moins bien appliquée. C'est le problème du statut de Jérusalem. Plusieurs fois lorsque les prophètes dans l'exil ont dit que Jérusalem allait être rebâtie, ils disaient que Jérusalem devait être une ville ouverte, que ses portes seraient toujours ouvertes. Or, nous le verrons dans ces textes, lorsque Néhémie revient, il a peur, et parce qu'il a peur des voisins, soit de Samarie, soit d'Edom, il fait refermer Jérusalem. Ainsi, Jérusalem ne ressuscite pas vraiment parce qu'elle continue à s'enfermer dans ses murs. Or ce que le Seigneur voulait c'est que Jérusalem soit rebâtie comme une ville ouverte, pour qu'elle soit signe de l'accueil de toutes les nations, puisque c'étaient des rois païens qui avaient organisé et permis la reconstruction.

       Ceci c'est déjà une prophétie de ce que nous devons être, nous, l'Église. Pour ressusciter, il faut que nous soyons une ville ouverte, une assemblée ouverte, accueillante, prête à recevoir quiconque veut participer au don de Dieu. Qu'en relisant ces textes, qui apparemment nous semblent si obscurs, nous sachions y déchiffrer la ligne fondamentale par laquelle Dieu agit dans la résurrection, la présence de Dieu au milieu de nous, la fidélité de notre cœur et l'ouverture de notre communauté à tous ceux qui cherchent le visage de Dieu.

 

       AMEN