CÉLÉBRATION D'UNE LIBERTÉ RETROUVÉE

Esd 6, 15-22 ; Lc 11, 27-32

(11 octobre 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Entrée du temple

F

rères et sœurs, ce petit récit d'Esdras conclut le récit de la réinstallation du peuple juif autour de Jérusalem. Ce mouvement commencé en 538 trouve son étape décisive par la célébration relatée dans le texte de ce jour qui se situe en 515. Ce n'est pas tous les jours que l'on a un synchronisme absolument concordant entre l'histoire profane et l'histoire du peuple de Dieu.

Pourquoi insiste-t-on tellement sur cette célébration de la Pâque ? Dans la mémoire d'Israël, plus encore que dans l'histoire au sens objectif du terme, la Pâque était vraiment l'élément central de la prière du culte public d'Israël. C'était la célébration de la liberté donnée par la fuite de l'Égypte, la traversée de la Mer Rouge et le don de la Loi au désert. Donc, fêter la Pâque, c'était nécessairement être juif et montrer que Dieu avait réussi à desserrer l'étau dans lequel le peuple était prisonnier en Égypte pour lui donner une véritable liberté et se retrouver comme peuple délivré de tout ce qui pouvait l'empêcher de vivre dans une véritable liberté. C'est l'idée qu'un peuple trouve une liberté qu'il considère comme un cadeau, un don de Dieu.

C'est cela qui a fait retenir la Pâque comme un événement inaugural de la seconde phase de l'histoire juive, ce que Dieu avait fait quand il a libéré le peuple de l'Égypte, il l'a renouvelé quand il offre une véritable liberté cultuelle au temple modeste de Néhémie.

Cela donne ici une des dimensions fondamentales du culte juif et qui sera reprise par les chrétiens. Le rite n'est pas uniquement la répétition mémorielle d'un événement dans le temps, mais il peut assumer le présent. C'est ce qui se passe quand les juifs célèbrent la première Pâque avec l'autorisation des autorités de Babylonie, ils savent que Dieu leur a rendu une forme nouvelle de liberté qui n'est certes pas celle qu'ils connaissaient auparavant à l'époque des rois, mais c'est quand même une forme de liberté. Pour eux, c'est la Pâque réactualisée, c'est-à-dire, pas simplement l'aspect mémoriel mais l'aspect actualisé d'un peuple qui retrouve sa liberté, qui peut la célébrer et en rendre grâces à travers le sacrifice pascal.

Frères et sœurs, ce que nous faisons chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, c'est cela, ce n'est pas le mémorial au sens classique de la récollection dans la mémoire de ce qui s'est passé auparavant, mais c'est le mémorial aujourd'hui par la mort et la résurrection du Christ dans sa Pâque par laquelle il nous redonne sans cesse une nouvelle liberté. Ici, à travers la restauration du culte au temple de Jérusalem, c'est déjà cette intuition d'une sorte de renouvellement incessant de la présence et de l'action de Dieu qui est ainsi mentionnée.

 

AMEN