VIE POLITIQUE ET RELIGIEUSE
Esd 6, 1-10+13-14 ; Lc 11, 1-13
(10 octobre 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
A la recherche des racines …
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rères et sœurs, dans cette histoire extrêmement compliquée du rétablissement de la tradition cultuelle et aussi, si possible politique, de la vie juive dans Jérusalem et ses environs, la théorie d'Esdras, est qu'il y a sans doute eu une autorisation émanant du roi Cyrus qui venait de conquérir Babylone, pour laisser les juifs de Babylone qui le souhaitaient et c'est un tout petit nombre, de revenir à Jérusalem.
Jérusalem et la Judée n'étaient plus un pays, mais une bande de terre le long de la Méditerranée. Le retour de ces quelques juifs a suscité quelques malveillances de la part des populations environnantes et il y a eu des dénonciations en haut lieu.
Or, il y a peu de chance que ce petit épisode ait été consigné dans les archives de l'époque, et il s'agirait sans doute d'un document faux, édité pour la circonstance ! Ainsi serait né l'Édit de Cyrus autorisant la restauration du temple. Sur place, les juifs ont donc essayé de faire une restauration à la fois religieuse et politique. Mais la lettre de Cyrus est très prudente : il faut réhabiliter le culte. Les juifs se rendent compte qu'ils n'arriveront pas à la restauration politique, et ils se cantonnent donc dans l'édit à mentionner le temple. C'est encore ce problème des origines du judaïsme, maintenant qu'il n'y a plus d'autorité politique, qu'il n'y a plus de temple ni de capitale, qu'il n'y a plus de roi ni d'armée, sur quoi peut-on s'appuyer ? On se replie sur la vie religieuse et le temple. Là encore, cela va induire un questionnement permanent : faut-il que la tradition qui donne l'identité juive soit uniquement religieuse, ou bien, religieuse et politique ? Pendant cinq siècles, le débat restera ouvert. Beaucoup de juifs pensaient qu'il fallait retrouver un minimum d'organisation politique, malheureusement, ils ont toujours été sous occupation étrangère jusqu'à la destruction du temple mais ils ont toujours obtenu de faire valoir leur identité juive comme identité religieuse.
Cela fait partie des préparations de l'évangile. Pour nous aujourd'hui, notre identité de chrétien est religieuse. Cela n'empêche pas nécessairement certaines options politiques, sociales ou culturelles. C'est une sorte de purification qui a été effective dans la tradition juive à ce moment-là, peut-être pas pour aboutir à des résultats nets et définitifs, mais au moins pour que ce soit posé à l'état de question. Le fait d'avoir mûri pendant cinq siècles la possibilité que l'identité soit d'abord religieuse, c'est ce qui a préparé l'avènement du christianisme. Nous sommes un peu les héritiers de ces textes-là et c'est un pas assez décisif dans la maturation de la conscience religieuse de l'humanité, car jusque-là on considérait que religion et politique allaient absolument de soi. C'est le moment où le peuple juif est appelé à se poser la question de l'imbrication du politique dans le religieux et inversement. Si le christianisme a parfois des difficultés à se situer dans nos sociétés modernes, c'est parce qu'il cherche à maintenir sa spécificité d'abord religieuse. Le livre d'Esdras est le début des enjeux presque les plus modernes de notre situation de chrétien dans la société et dans la vie politique.
AMEN