LAISSER LA PLACE A DIEU

Esd 8, 31-36

(22 octobre 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Pontarlier : Le sacerdoce

F

rères et sœurs, Comme je le disais au début, si les sauterelles, les grillons, les dauphins et les étoiles trouvent d'instinct leur place dans la grande louange, qui chaque matin réveille les douces oreilles de Dieu, puisque c'est ainsi que Dieu entend le grand chant de la création à travers cette symphonie incroyable, toujours nouvelle, légèrement dissonante, afin que ce qu'Il a créé, ce qui est bon, et qui est en place remonte vers Dieu comme un chant de reconnaissance, de louange. 

       Il n'en est pas de même pour les humains et pour les hommes que nous sommes. Pour nous, la place est privilégiée, elle est non pas à conquérir, mais à retrouver. C'est comme sur une photo, si on voit nettement les insectes et les dauphins, l'homme est toujours un peu flou. La place de l'homme dans la création est une place privilégiée, active, et il doit retrouver cette place de gardien que Dieu lui avait réservé au début de ce monde. Gardien du monde, gardien de la création, il est l'acteur qui va permettre à cette création de se retourner définitivement et de se déposer en Dieu. 

       Mais l'homme ne peut pas y aller seul. Quand l'homme entend cette invitation à revenir vers Dieu, il l'entend d'abord tout seul. Mais il ne peut avancer seul, et l'évangile que nous avons entendu, qui tout à la fois, précise que ceux qui ont vécu des injustices, des accidents ne sont pas plus pécheurs que les autres, Jésus invite quand même au repentir et à la pénitence. Le salut est proposé à tous ou à personne. Si nous sommes nous, en position de pratiquants, d'intercesseurs plus fréquents, plus réguliers, nous le sommes au nom de tous les hommes et notre place à nous est d'activer cette intercession pour tous les hommes. Nous n'avancerons pas si cette chaîne de grâce ne touche pas tous les hommes. Nous avons l'air non pas d'être un peu plus avancés, mais en position privilégiée de croyants, ou de priants, mais cette position nous oblige à des devoirs de solidarité spirituelle les uns envers les autres.

       Il est vrai, et le Christ le dit, qu'il n'y a pas que la justice, que le malheur ne tombe pas forcément sur le pécheur. Il tombe par hasard, et ce mal touche tous les hommes de même que le bien qui est proposé doit toucher tous les hommes. Il y a une sorte de solidarité obligatoire et le rituel de la messe dont nous sommes des participants, des acteurs, est un rituel d'entrée, de demande pour qu'au nom de tous les hommes, pour le salut du peuple, nous demandions, supplions, la conversion de tous les hommes et leur entrée dans le Royaume. 

       Evidemment, avec ce genre de discours, cela a justifié les siècles précédents dans l'histoire de l'Église, bon nombre de violences, ou prenant conscience de cette solidarité obligatoire, on s'est cru obligé de forcer les hommes à croire, à pratiquer, à venir vers Dieu. La chose est plus délicate et complexe maintenant que nous avons essayé un peu de penser cette conversion de tous les hommes obligatoirement. Il n'est pas possible de forcer les hommes, il y a simplement cette prière possible en chacun de nous, qui est à la fois de nous prêter à cette intercession commune et en même temps de laisser à Dieu la manière et le soin d'aller plus loin. A la fois, un don de nous-mêmes comme nous le faisons ici, et en même temps un laisser aller, un abandon pour que Dieu invente à sa manière la façon dont il rejoindra tel ou tel dans sa vie. 

       Que notre prière à nous soit donc active, fervente, et que nous laissions aussi laisser la place à Dieu pour qu'Il invente la façon dont Il peut frapper à la porte des cœurs des hommes, pour que tout homme se reconnaisse aimé de Lui.

 

       AMEN