ÉDIFICATION DU TEMPLE
Esd 3, 7-12
(5 octobre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT

Jérusalem : Fouilles autour des murs du Temple
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a première lecture, c'est un véritable chantier, par le tailleur de pierres, le charpentier, on parle d'acheminer des bois, on parle d'architectes, de fondations. Ce qui se passe, c'est que Cyrus, le roi de Perse a dans son édit, autorisé les juifs, à retourner sur leur terre. L'Esprit du Seigneur a éveillé son intelligence, il a publié et affiché un décret, maintenant, on ne peut plus empêcher les juifs de partir, et tout le livre d'Esdras raconte comment on va d'abord célébrer un culte pour que tout parte du Seigneur, on va construire un temple, on va se focaliser aussi sur la ville de Jérusalem, et surtout, on va façonner un peuple.
Je trouve que cela tombe très bien avec quelque chose qui m'a toujours bouleversé dans la vie de Marc et Anne, ce sont ces treize années qu'ils ont passé au Bénin avec leurs compétences d'ingénieurs, et leur amour à tous les deux, pour aller construire un puits, une citerne, faire un service de pédiatrie. Je trouve cela génial, parce que c'était votre travail de construire un temple pour le Seigneur, de construire ce merveilleux hôpital de Tanguéta, où l'on se sent bien, un hôpital de brousse, mais où il y avait plein d'enfants qui pouvaient trouver des soins. Cela a été votre rôle à vous deux. Vous n'êtes pas médecins, mais vous avez d'autres compétences, et cela me parlait beaucoup cette expérience de treize années, une fois la retraite venue. Pendant treize ans, on part tous les hivers, construire, acheminer l'eau, construire un temple pour le Seigneur, un temple où le corps du Seigneur puisse être soigné, guéri, soulagé, consolé. Ce n'était pas du bois de cèdre, mais c'était du béton, les fers qu'il fallait aller chercher sur l'océan. C'était exactement cela et j'y ai pensé.
Autre chose m'a touché aussi dans ce texte, il y a des lévites et des chefs de famille déjà âgés qui avaient vu le premier temple et qui pleuraient très fort lorsqu'on posait les fondations sous leurs yeux. Ils pleurent sans doute parce que le second temple n'est pas aussi beau. Je crois que ces treize années que vous avez passé là-bas, cela vous a profondément marqués, mais je crois aussi que vous n'êtes pas en train de pleurer et de regretter ce temple qui s'est construit à Tanguéta et dans ce nord Bénin que vous aimez tellement. Vous avez souhaité continuer à vous engager vraiment pour le Bénin, et pour le diocèse avec lequel nous sommes jumelés, mais vous êtes aussi plutôt du côté de l'action de grâces. Plusieurs fois, nous en avons parlé, et c'est vraiment cette action de grâces pour tout ce travail que vous avez pu faire là-bas. Vous n'êtes pas comme ces lévites déjà âgés qui pleurent très fort, mais vous élevez la voix en joyeuse clameur.
L'évangile qui parle de guérison, qui parle encore de ces frères de Saint Jean de Dieu qui vous ont accueilli là-bas, l'évangile est très marquant, parce qu'on a l'impression que Jésus nous jette complètement dans l'imprévoyance : "Ne portez ni bâton, ni besace, rien pour la route". Est-ce que c'est de la mesquinerie de sa part ? Je ne crois pas. Est-ce que c'est pour être plus disponible ? Sans doute. Mais il y a quelque chose de plus profond que Jésus veut faire passer à son Église, épouse fidèle, parce qu'elle doit vivre aussi de cet aujourd'hui de Dieu, qui n'est pas l'air du temps. Elle n'est pas là pour pleurer et se lamenter sur le premier temps, elle est là pour vivre de cet aujourd'hui de Dieu. Cet appel à l'imprévoyance, cet appel à se laisser faire un peu comme les oiseaux du ciel, à ne pas s'inquiéter, c'est un appel à accueillir cet aujourd'hui, à se dire que ce n'est pas en un jour qu'on va réformer toute sa vie. Mais c'est dans cet aujourd'hui-là qu'on va s'accrocher. J'ai douze heures de jour, même si je suis un gros dormeur, je peux sans me préoccuper sans savoir ce que je vais faire le lendemain, donner vraiment ces douze heures. Et si je me lamente en me demandant ce que je vais faire de ma vie, je n'avancerai jamais. De vivre dans cet état de disponibilité qui est voulu par le Sauveur, pour son Église, il y a aujourd'hui pour faire un peu de bien et avancer.
C'est quelque chose que je dis souvent aux fiancés. Ils voient bien qu'ils s'engagent pour toute la vie, et c'est chaque jour qu'ils auront à se choisir et à construire. Ils ne vont pas tous les jours se demander s'ils sont faits l'un pour l'autre. Quand on fête cinquante ans de fidélité, ou vingt-huit ans pour Marc et Nicole, on ne fête pas une sorte de gros gâteau qu'on a avalé d'un coup, mais on fête cinquante fois 365 jours dans lesquels on a donné le meilleur de nous-mêmes, on a essayé de construire sans trop s'inquiéter de savoir si c'était bien ou non, on a avancé ainsi.
Entrons dans cette eucharistie qui est le mouvement de l'action de grâces, qui met nos pendules à l'heure de l'action de grâces pour remercier le Seigneur pour toutes ces fidélités.
AMEN