INVISIBLE ET TELLEMENT PRÉSENT !

1 R 8, 1-9

(7 février 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

L

e premier texte tourne autour de cette difficulté : il s'agit de donner une demeure à Dieu sans pour autant tomber dans la manière dont les peuples et les civilisations qui entourent Israël le font et ce, pour la simple raison qu'il faut pouvoir affirmer que Dieu est absolument invisible, insaisissable, et qu'on ne peut pas le capter ni le figurer. Dans les temples anciens, il y avait au centre certainement une statue, ou au moins une figure complexe qui était censée représenter Dieu, non pas comme on peut souvent l'entendre dans les textes d'Isaïe ou les autres textes prophétiques que les gens confondaient, cette statue en tant que telle, faite de pierre d'or, avec les dieux eux-mêmes, mais on pouvait le figurer. Les figurations servaient à prendre conscience des différentes forces, des différentes caractéristiques de ces dieux : les têtes, les cornes, les figures d'animaux, la stature, la position, etc, c'est un registre d'imagerie religieuse qu'on trouve d'ailleurs dans toutes les démarches de religion à travers le monde, à travers les figures de Bouddha jusqu'aux dieux qui étaient au Parthénon ou autres temples grecs, d'Asie mineure où l'on représentait les dieux. 

       Ici, il s'agit de faire un temple et au fond, de ne rien y mettre. Tout le problème est là. C'est assez compliqué, parce qu'on se demande à quoi sert le temple si ce n'est pour y mettre cette nuée puisque c'est ainsi qu'à l'inauguration du temple, Dieu va prendre possession du lieu, par cette nuée. C'est cette même nuée qui a précédé le peuple des israélites dans leur voyage dans le désert, nuée lumineuse la nuit, et fumée le jour. Il y a trois vestibules dans ce fameux temple et le dernier, le débir dont on a parlé, qui est le nom en hébreu de ce lieu le plus sacré, le plus intime, le saint des saints, et dans le monde de Celui dans lequel on ne pénètre pas, puisqu'il est le lieu du piédestal de la transcendance divine, transcendance inaccessible soulignée par le fait que c'est à la fois tellement vide, que c'en est rempli. 

       A l'inauguration de ce temple, on va y placer l'Arche. C'est pour cela que vous avez entendu ce petit verset qui a l'air anodin, où l'on signale que les barres de l'Arche étaient assez longues pour qu'on voie leurs extrémités depuis le saint, mais pas en-dehors de là. Il faut donc qu'il y ait une sorte de première vision de ce qu'est Dieu, sans pour autant qu'on puisse le confondre avec ce qu'on voit et croire que ce qui est figuré ici est visible. 

       Cela n'a l'air de rien, mais cela inaugure cette difficulté et la manière dont les israélites l'ont détournée, ce problème de l'invisibilité et de l'accès à Dieu. Avant d'arriver à l'Incarnation qui est la manière dont Dieu a fait choix pour se rendre visible, et pour se cacher, car au fond, il n'y a pas plus ressemblant à un homme que Jésus lui-même, il n'y a rien qui trahit sa divinité, la meilleure façon de se cacher dans la foule, c'est d'être un homme. C'est la manière très originale que Dieu a choisi pour être parmi nous sans s'imposer. Nous, quand on pense Jésus-Christ et qu'on est bien croyant, on pense tout de suite à sa divinité, mais sa divinité n'était pas visible. Sa divinité demandait un acte de foi, de la reconnaître à travers ses paroles, à travers les signes, pour deviner une autre présence nichée à l'intérieur. Par l'Incarnation, le Verbe vient à la suite de l'Ancien Testament qui attendait de dire l'invisible de Dieu, pas exactement l'invisible, mais la manière dont Dieu se cache sans être absent, c'est cela tout le problème. Et cela a radicalement révolutionné la pensée religieuse qui est d'essayer de donner des traits à Dieu, non seulement pour qu'on puisse les repérer, mais pour avoir un lieu sacré où l'on puisse venir les voir, les prier, les adorer et avoir le commerce nécessaire pour que la vie humaine travers un tant soit peu, les malheurs. 

        Là, la frontière s'efface au profit et d'un invisible, et d'une dissimulation. Avec l'Incarnation, et plus encore avec l'Esprit Saint, c'est la cachette la plus totale puisque non seulement à la suite du Christ, nous sommes tous des christs, et Dieu s'est donc dissimulé en chacun de nous, et vous avez vu que déjà le temple se vide, puis ensuite Dieu vient dans l'homme, et ensuite, Il vient dans chaque homme. En venant dans chaque homme, et c'est là le génie de l'Esprit Saint, Il est de plus en plus caché et de plus en plus présent. Il fallait donc partir du déménagement des temples anciens et de leurs statues, pour commencer à cheminer, à tenter d'ouvrir ce que Dieu fera plus tard à travers le Christ et à travers l'Esprit Saint. 

       Que ce premier texte nous permette de deviner les trésors de pédagogie que Dieu a déployé pour que nous acceptions le fait que ce n'est pas parce que nous ne voyons pas qu'Il n'est pas là. 

 

       AMEN