LA SAGESSE, SOURCE DE L'ACCUEIL DE L'AUTRE

1 R 5, 15-21

(4 février 2004)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

J

e voudrais m'arrêter sur la première lecture, celle du livre des Rois, concernant le roi Salomon. Il s'agit d'un livre très intéressant qui nous éclaire d'une autre manière, d'une autre définition de la Sagesse. Que ce soit dans d'autres cultures, ou même dans la Bible, il y a une manière d'envisager la Sagesse qui est très simple, qui est de dire : pourvu qu'il ne m'arrive rien, c'est tant mieux. La Sagesse parfois pour nous, c'est un système de construction qui nous permet d'éviter les ennuis, d'éviter les souffrances, d'éviter les relations avec les autres, de nous construire une sorte de petite bulle dans laquelle nous pourrons vivre tranquillement notre vie. Certaines maximes assez courtes du style : fais le bien, évite le mal, qui permettent de vivre comme certains pays, au milieu d'autres pays, dans une certaine tranquillité. 

       Le maximum de protection serait donc devise de la sagesse. Or je crois que la manière dont Salomon vit la Sagesse est une manière totalement opposée. Pour Salomon, la sagesse n'est pas tant une protection contre les autres qui me permet de vivre le plus longtemps possible, dans ma petite tranquillité, mais la Sagesse est fondamentalement la capacité à traverser les choses, les autres, afin de faire surgir chez les autres, le meilleur d'eux-mêmes. Je trouve assez remarquable que cette histoire du Temple de Jérusalem qui déchaîne toutes les passions, et je me souviens, il y a quelques semaines d'un colloque qui réunissait entre autres, des archéologues, un archéologue israélien était venu parler de la construction du Temple et des fouilles archéologiques. Alors que ce colloque était plutôt très pro-juif et très pro-israélien, ce brave archéologue était tellement nationaliste et anti-palestinien, que même ses collègues ne pouvaient plus résister à la volonté de le remettre en place. 

       Donc ce temple qui pour nous, quelquefois, serait cette construction sur laquelle nous pourrions vivre en reclus, en vase clos, c'est assez intéressant de voir que le temple lui-même est le lieu de la rencontre avec les étrangers. Le temple, lieu du nationalisme, et en même temps le temple où l'on a besoin des autres. Ainsi, la sagesse de Salomon est de découvrir qu'on a besoin des autres, même s'ils ne sont pas israélites, même s'ils ne sont pas hébreux, même s'ils n'adorent pas le même Dieu que moi. Il y a ainsi cette petite phrase où Salomon fait appel au roi Hiram, parce que chez les voisins, on est beaucoup plus habile à couper et à sculpter le bois. 

       Frères et sœurs, gardons à l'esprit ce trait de la sagesse, une sagesse qui est partagée et dont le but est de découvrir les autres, leurs capacités, leur sagesse, leur habilité et découvrir alors que la sagesse n'est pas quelque chose qui coupe des autres, mais au contraire qui est un trait de Dieu qui permet de jeter des ponts, et de construire une vie ensemble. 

 

       AMEN