LE FEU QUI DÉRANGE
Jg 15, 9-16
(14 août 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Monreale : Samson combattant le lion
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e crois que l'évangile, comme la première lecture sur Samson nous disent quelque chose de très intéressant sur l'importance de la communauté. Le premier texte est assez amusant, mais je ne ferai aucune considération de politique internationale aujourd'hui, je ne ferai que reprendre le texte tel qu'il est. Ce texte nous montre le peuple d'Israël qui est soumis aux Philistins. Première chose. Deuxième chose, les israélites sont persuadés que leur condition est d'avoir comme maîtres les Philistins. Il y a le chien qui arrive dans le jeu de quilles, c'est Samson, qui décide, comme dans les autres épisodes auparavant de montrer qu'il est capable d'exercer sa propre liberté et qu'il n'a absolument pas envie d'être l'esclave de quelqu'un.
Ce que nous dit ce texte de manière très précise, c'est que nous avons souvent tendance à nous laisser devenir esclaves de nos propres ombres ou de ce que nous croyons que sont les autres personnes, esclaves de ce que pensent les israélites, pensent être les Philistins, c'est vrai qu'ils ne sont pas très gentils. Mais quand même on peut toujours trouver un terrain d'entente et aussi à ce moment-là, esclaves de la manière dont ils doivent être avec les Philistins Parfois, vis-à-vis de nos peurs, vis-à-vis de nos péchés, vis-à-vis des autres, nous pensons nous faire du bien et faire du bien aux autres en allant dans le même sens que le sens du vent. Alors, les israélites se disent : il y a quelqu'un qui nous contrarie, c'est Samson qui vient tout déranger. Donc, nous allons offrir à nos ennemis, celui qui nous empêche de vivre un modus vivendi avec eux : mieux vaut s'écraser un peu, plutôt que de faire front. Samson refuse de plier, et là, encore une fois, comme dans d'autres épisodes, c'est le thème du feu qui revient dans les épisodes de Samson, ce feu qui brûle et en même temps, ce geste de ces liens qui entravaient ses mains et qu'il va faire éclater.
Quand on reprend l'évangile, la Parole de Jésus-Christ qu'Il donnait à ses disciples, on trouve un petit peu la même chose, c'est-à-dire comment toute communauté, toute personne doit se laisser interroger par quelqu'un d'autre. La communauté d'Israël avait peut-être à se laisser interroger par celui qui était justement qualifié de juge ? Comme quelquefois aussi nous avons à nous laisser interroger par les autres. Je pense que cela nous dit quelque chose de très important sur notre vie spirituelle, notamment la fin de l'évangile où Jésus parle de l'importance d'être à plusieurs pour la prière : "Si vous êtes deux ou trois, je serai parmi vous". Pourquoi ? C'est vrai que lorsqu'on entend les gens très souvent, ils vous disent : nous on aime bien prier, mais tout seul. D'ailleurs, il n'y a pas besoin d'être dans un endroit à un moment donné avec d'autres personnes pour pouvoir s'adresser à Dieu. Certes ! Mais je crois que ce problème qui se pose et qui nous renvoie aussi à l'épisode de Samson, c'est que la prière trop intérieure, trop concentrée sur une prière silencieuse et personnelle nous empêche de nous laisser interroger par quelqu'un d'autre. Nous n'avons un lieu pour laisser un Samson venir nous déranger dans ce que nous pensons être notre prière. Je me souviens toujours de ce que disait un père blanc qui s'occupait des carmélites à Jérusalem, au carmel du Pater, il me disait : le premier ennemi des carmélites, c'est elles-mêmes, comment en ressassant, en priant uniquement dans son coin, on peut effectivement arriver à s'inventer des histoires, et d'une certaine manière, arriver à une vie spirituelle au minimum stérile, au pire, en inventant des choses qui n'existent pas. Ce que disait justement ce père, c'est qu'il était important qu'il y ait un facteur extérieur, un trublion, on pourrait le dire comme cela, qui vienne forcer le chrétien à se laisser interroger sur quelque chose qu'il n'accepte pas nécessairement.
Aussi je crois que dans la prière du chrétien, c'est un peu comme pour les poumons, il faut respirer, expirer et inspirer, il faut à la fois, cultiver sa prière intérieure, mais il faut aussi venir se couler dans une autre prière communautaire, qui nous est donnée à la fois avec l'eucharistie, mais aussi avec l'office de prière, les Laudes, les vêpres, etc … Samson est justement cette parole de feu, le feu de Dieu qui brûle, qui dérange, que nous n'acceptons pas toujours ou que nous voudrions apprivoiser pour faire nôtres, pour que ce feu de Dieu nous serve nous et nos petits dieu. Le feu de Dieu, la Parole de Dieu comme Samson, refuse d'être liée par des ligaments, la Parole de Dieu brûle en fait les liens avec lesquels nous l'attachons, afin que par cette brûlure nous puissions éprouver justement notre vie spirituelle, et la purifier.
AMEN