VICTOIRE DE L'HOMME ET VICTOIRE DE DIEU
Jg 7, 1-18
(1er juillet 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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e texte du livre des Juges que nous avons entendu en première lecture est d'une simplicité enfantine : un général qui sait faire la guerre et qui compte ses troupes, comme tous les généraux, comme le maçon ou l'entrepreneur qui doit aussi voir s'il a assez de matériaux pour achever sa tour, le général doit mesurer ses troupes pour voir s'il a les effectifs pour battre en brèche les ennemis.
Donc, on fait le compte : 22.000 hommes, mais c'est trop, et le Seigneur fait comprendre à Gédéon que c'est vraiment trop. Alors, on va couper, on va élaguer dans ces 22.000. On va passer de 22.000 à 10.000 expliquant que ceux qui ont peur peuvent s'en aller. Donc, il n'en reste plus que 10.000. On pourrait se dire que c'est logique, on enlève tous les couards et les peureux, on a alors une armée qui est plus restreinte, mais ce sont des gens beaucoup plus motivés. Donc, on est à 10.000 mais c'est encore trop. Et là on arrive à quelque chose d'extraordinaire, le Seigneur veut vraiment qu'il n'y ait que très peu de monde, et on fait descendre tout le monde à la rivière et ceux qui lapent l'eau comme les chiens vont rester dans l'armée, ceux qui s'agenouillent pour boire avec cette dignité d'hommes qui ne lapent pas comme le petit chien ou le petit chat, ceux-là sont éjectés. Donc, il reste trois cents hommes, mais de la plus vile extraction, trois cents hommes qui sont un peu comme des chiens, peut-être un peu bruts de décoffrage, des hommes qui sont vraiment nature. Ce n'est pas très glorieux, une armée de petits chiens qui lapent dans les ruisseaux, et pas une armée de fiers guerriers qui s'agenouillent pour boire comme de beaux chevaliers à la rose !
Pourquoi expliquer toute cette chose ? Pourquoi cet acharnement du Seigneur à vouloir restreindre au maximum l'armée de son juge préféré ? C'est qu'Il veut que la victoire soit la victoire de Dieu. C'est quelque chose d'un peu massif aussi, et que l'homme ne doit pas se glorifier de ses victoires, l'homme ne doit pas se glorifier de la grâce qu'il a reçue. L'homme ne doit pas se glorifier de ce qu'il est, mais il doit tout recevoir de Dieu, y compris cette victoire où Gédéon va s'en aller combattre avec trois cents hommes.
Cela rejoint les paroles du Nouveau Testament. Saint Paul dira : "C'est dans mes faiblesses que je me glorifie, je ne veux rien savoir d'autre que la sagesse du Christ crucifié. Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes". C'est donc quelque chose d'un peu massif d'une victoire qui doit être celle de Dieu. Pour nous, c'est aussi cette façon que nous avons à vivre notre vie de chrétien pour que la victoire que nos obtenons, nous ne l'obtenons pas par nos propres forces, nos propres moyens, nos qualités ou nos propres dons, mais dans cette faiblesse que Dieu nous donne et dans laquelle Il déploie toute sa force.
Dans l'évangile, il y a quelque chose aussi de particulier, c'est que Dieu se fait homme. Dieu prend la parole, dans ce texte du chapitre onzième de saint Matthieu. Il prend la parole, Il l'a reçue, c'est une Parole qui vient de beaucoup plus loin que Lui. C'est La Bruyère qui disait, je crois, que le métier de la parole était comme celui de la guerre parce qu'il y avait plus de risques qu'ailleurs et une fortune plus rapide. Jésus prend la Parole pour une Parole d'une audace incroyable qui proclame son égalité avec le Père, "tout m'a été remis par le Père", il prend un risque inouï qui va le mener à la croix, et sa fortune se fera en deux ans à peine de prédication.
Il y a une sorte de parenté avec la guerre, mais à la croix, le Christ, Dieu veut que la victoire soit celle de l'homme, à travers cette faiblesse extrême du crucifié sur le Golgotha, la victoire finale appartient à Dieu, mais Il veut que dans le don de Lui-même total à la croix, la victoire soit aussi celle de l'homme. C'est pour cela que le Christ se fait chair, Il veut partager notre chair pour partager sa victoire. Victoire de Dieu, victoire de l'homme, c'est peut-être là tout le débat dans nos vies chrétiennes, ce débat d'une vie qui, à la fois est remise à Dieu et en même temps d'une vie qui va dans le don comme Dieu jusqu'au bout.
AMEN